‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 102 sur 222 · Le pian de cet ouvrage m'oblige à passer rapidement sur · texte numérisé non relu

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SON ORGANISATION EN VUE DE l'eNSKIGNEMENT. 22Ô

IL La différence essentielle entre cette Faculté et celle de Paris, c'est qu'eUe formait un véritable corps enseignant, uniquement composé de professeurs, les-» quels étaient nommés à vie. Ce mode d'organisation n'existait que depuis le milieu du seizième siècle. Jusque-là elle s'était composée, comme les autres, de l'ensemble des docteurs exerçant dans la ville. Ce fut sans doute pour rehausser l'éclat de l'enseignement que cette mesure fut adoptée. Longtemps encore les jeunes docteurs continuèrent à assister leurs anciens maîtres dans les examens et même dans les cours. Au commencement du dix-septième siècle, le nombre de ces suppléants fut réduit à deux, sous le nom d'agrégés ; en sorte qu'au moment où nous abordons cette étude, nous trouvons là, ou peu s'en faut, tous les éléments de l'organisation actuelle des Facultés. Ce qui complète l'analogie , c'est que les places de professeurs devaient être données au concours. Ainsi dû moins le voulaient les règlements. Mais depuis un certain nombre d'années, on avait trouvé le moyen de les éluder, en nommant des professeurs en survivance^ sortes de coadjuteurs, qui héritaient naturellement de la chaire , lors de la mort du titulaire. Cet abus provoqua un arrêt du Conseil, daté de 1667, qui remit les choses en leur ancien état.

rhistoire et Torganisation intérieure de la Faculté de Montpellier. On trouvera des détails complets dans Touvrage d'Astruc : Mémoire pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Mont' pellier, publié par Lorry. Paris, 1767.

Le nombre de ces professeurs paraîtra sans doute bien peu de chose, en comparaison de ce qu'on s'attend à le trouver, en leur voyant d'aussi exorbitantes prétentions, et un orgueil collectif pour le moins égal à celui des plus grandes institutions de leur temps. Jusqu'au règne de Henri IV, ils n'avaient été que quatre. Ce prince créa deux nouvelles chaires : l'une d'anatomie et de botanique*, l'autre de chirurgie et de pharmacie. Eiî 1673 Daquin obtint de Louis XIV, au grand scandale de la Faculté de Paris, l'érection d'une chaire de chimie à Montpellier, ce qui porta en tout à sept le nombre des professeurs. Us n'atteignirent le chiffre de huit qu'en 1715. Quant au traitement qu'ils étaient si fiers de recevoir, en leur qualité de professeurs et conseillers royauXy il était également fort modeste, et faisait peu d'honneur à la munificence souveraine ; car il ne dépassait pas 600 livres. A Paris, où, bien au contraire, on tenait à honneur de ne rien recevoir d'autrui, a la gueuserie de cette superbe École » était un thème de plaisanteries inépuisables.

Mais contentement passe richesse : ils étaient heureux ainsi, et se consolaient de leur pauvreté, en se donnant à l'envi des titres pompeux. Sur les sept membres de la Faculté, quatre en étaient grands dignitaires.

Il y avait d'abord le chancelier : c'était le chef de la compagnie. Il veillait à la conservation des registres, à l'observation des statuts, signait les lettres de doctorat,

1 . Montpellier possédait depuis longtemps un jardin botanique, qui servit de modèle à notre Jardin des plantes.

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et les revêtait du sceau de la Faculté. C'était lui qui convoquait les réunions, nommait les chirurgiens et les apothicaires de la ville, inspectait l'exercice de ces professions. Il était juge des différends relatifs à l'École, recevait le serment des gradués et des étudiants, et indiquait le sujet des disputes. Cette charge était viagère. Jusqu'à 1664, elle futélective; à partir de cette époque, le roi s'attribua la nomination directe. L'un des derniers chanceliers élus fut Ranchin. Il avait obtenu sa nomination, en fournissant à ses frais un tapis pour recouvrir la table des délibérations. Il fit plus tard des libéralités plus coûteuses. La Faculté lui dut la reconstruction ou l'embellissement de plusieurs des édifices consacrés à son enseignement, et qui tombaient en ruine. Il ne demandait en échange que la reconnaissance, et il l'obtenait ; si bien que ses collègues lui laissèrent peu à peu prendre sur eux une préséance que les chanceliers n'avaient pu obtenir jusque-là, et qu'ils gardèrent depuis.

Le second personnage de la Faculté était le doyen. Il remplaçait le chancelier en son absence. Il avait en outre pour fonction spéciale de veiller à la direction des études, et de prescrire la matière des cours. Enfin, deux procureurs^ nommés tous les ans le jour de la Saint- Luc, se partageaient l'administration des biens et la tenue des archives de la compagnie. Plusieurs officiers subalternes complétaient ce personnel : syndic, trésorier, secrétaire, bedeaux, etc.

Ce qui, en réalité, faisait l'importance de cette Faculté, c'était le nombre considérable des écoliers qui la

fréquentaient. De tous temps, cette jeunesse tumultueuse avait fait la terreur des paisibles habitants de Montpellier : au moyen âge, elle constituait une sorte de petite république, ayant ses droits et ses franchises, gouvernée par un chef nommé par le suffrage universel, sous le nom à' Abbé des écoliers. C'était un personnage considérable, qui traitait avec le chancelier de puissance à puissance. Par le progrès des temps, on était parvenu à supprimer cette organisation par trop démocratique, en y substituant quatre conseillers^ désignés par les professeurs parmi les écoliers, et destinés à servir d'intermédiaires entre leurs camarades et les autorités universitaires ou municipales ^ Outre les écoliers libres, qui formaient la majorité, un certain nombre étaient casernes ; ils étaient répartis entre quatre collèges, fondés par la libéralité de divers bienfaiteurs, et ^ où ils recevaient l'éducation gratuite. Le plus important de ces établissements était le Collège des douze Médecins, fondé par le pape Urbain V.

m. Seize examens menaient les aspirants des premiers degrés scolastiques jusqu'au grade suprême, le doctorat. Le premier de ces examens, celui du baccalauréat, ne pouvait être subi qu'après trois ans d'études. Il durait de huit heures du matin jusqu'à midi.

1. On trouvera, dans l'ouvrage cité de M. Germain, de curieux détails sur cette organisation, et accessoirement sur la célèbre et licencieuse société des BéjauneSy principalement formée d'étudiants en droit.

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