‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 103 sur 222 · LA ROBE DE RABELAIS · texte numérisé non relu

LA ROBE DE RABELAIS

On le passait avec une robe ordinaire. C'est à la fin de la séance qu'on endossait la fameuse robe de Rabelais.

Chacun sait que Rabelais avait pris le grade de docteur à la Faculté de Montpellier, et que son fameux Rondibilis n'est autre chose que que son ancien maître, le chancelier Rondelet. Quoiqu'il n'ait jamais exercé la médecine, son nom y est resté, et y reste encore dans une singulière vénération. La robe, en drap rouge, à grandes manches, surmontée d'un capuchon, était, au temps de Rabelais, le vêtement commun de tous les étudiants, et il n'eut jamais aucun titre pour en établir une particulière. Les usages qui s'y rattachent sont l'ouvrage de ses successeurs. c( Seulement, dit Astruc, on doit être étonné de l'entêtement des étudiants, qui coupent furtivement quelque lambeau de cette robe, pour l'emporter chez eux, ce qui oblige à faire une robe de temps en temps, à quoi on ne gagne rien. Car les étudiants conservent pour la robe qu'on vient de faire la même prévention qu'ils avaient pour l'autre. » Au temps qui nous occupe, la robe en vigueur était encore un présent de Ranchin. Et pour que nul n'en ignorât, le vaniteux chancelier y avait fait broder les trois lettres F. R. C, ce qui à la rigueur pouvait signifier : Franciscus Babelœsus, Chinonensis ; mais ce que les initiés lisaient : Franciscus Ranchifim^ Cancellarius.

Donc, l'acte du baccalauréat terminé, le président faisait avancer le candidat, lui donnait, en lui annonçant sa réception, une baie du laurier symbolique qui

devait être un jour la couronne du doctorat, et ajoutait î Indice purpuram, conscende cathedram^ et grates âgé quitus debes. Et le bachelier faisait son discours de remerclment, revêtu de cette robe, qu'il devait porter aux eiamens suivants, jusqu'à la licence inclusivement.

C'est alors qu'en retournant à sa place il recevait de ses condisciples, en guise de félicitations, une grêle de coups de poing. Frapper fort était considéré comme une marque d'amitié; ses meilleurs amis prenaient soin, au commencement de la séance, de se bien placer^ pour lui asséner les premiers ce gage de leur affection. La bizarrerie de cet usage, reconnu et sanctionné par la Faculté, en a fait encore attribuer l'origine à Rabelais. On a prétendu que de son temps c'était une marque de réjouissance, qu'on se donnait des coups de poing aux fiançailles*, en commençant par les fiancés, etc.; nous verrons bientôt si l'on n'en peut pas donner une meilleure explication.

Le nouveau bachelier, après sa réception, faisait pendant trois mois une série de leçons publiques, en présence de l'un des professeurs, sur un sujet désigné par le doyen. Puis venaient les quatre examens dits/?^ intentionem [adipiscendi licentiam).lh se faisaient de deux jours Tun. Le sujet en était indiqué la veille. Le lendemain on était tenu d'apporter une thèse, sur laquelle on était argumejité pendant une heure au moins.

I. Les érudits allèguent même à ce propos la description que donne Rabelais des noces de Basché. (Pantagruel, liv. IV, ch. 12, 44, 45.)

Page 1