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LA CHIMIE EN HONNEUR A MONTPELLIER

par Daquin, d'une chaire spéciale de chimie en 1673, n'était en quelque sorte qu'une consécration, depuis longtemps attendue, de ces tendances déjà anciennes. Aussi le cartésianisme y avait-il trouvé un terrain tout préparé. Presque aussitôt après leur apparition, et lorsqu'à Paris Descartes était encore sous le coup des censures de la Sorbonne et de la Faculté, les opinions nouvelles étaient ouvertement adoptées et pratiquées par Régis, Calmette, Barbeyrac*. Ainsi, pour résumer, au moment où nous prenons les choses, l'École de Montpellier se trouvait, par le concours des circonstances, représenter aux yeux des docteurs de Paris précisément les trois choses qui leur étaient le plus odieuses : la mécanique appliquée à la médecine, la chimie et le cartésianisme.

Heureuses les écoles, si les questions de science et de doctrine faisaient seules les frais de leurs rivalités ! Leur dignité y courrait peu de risque. Malheureusement il n'en fut pas ainsi. Ce fut sur le terrain de la pratique que Paris et Montpellier se rencontrèrent. Pendant de longs siècles, les deux Facultés avaient vécu en bonne intelligence. Séparées par une trop grande distance pour pouvoir se nuire mutuellement, elles n'avaient eu que des relations sympathiques, et leurs inimitiés passa-

1. Barbeyrac, qui a peu écrit, mais qui était, dit-on, un graud praticien, était un des oracles de la Faculté de Montpellier, quoiqu'il n'y fût pas professeur. Sa qualité de protestant Tavait seule empêché de le devenir. C'est de lui que Locke disait que^ par les traits du visage aussi bien que par la tournure de l'esprit, aucun homme ne lui avait jamais si bien rappelé Sydenham.

TENTATIVES D'iNVASION DANS PARIS. 243

gères s'étaient bornées à quelques injures échangées individuellement entre savants, ce qui ne tire point à conséquence. Vint un jour où, la centralisation ayant fait son œuvre, les communications étant devenues plus faciles et plus promptes, leurs intérêts respectifs se trouvèrent engagés. Après s'être librement développées l'une au nord, l'autre au midi, à force d'étendre le cercle de leurs influences, elles finirent par se trouver en présence, et se heurtèrent violemment.

Toutes deux, nous l'avons vu, regardaient comme la plus chère de leurs prérogatives le droit qu'elles prétendaient tenir des souverains pontifes, de pratiquer par toute la terre, en vertu de la formule hic et ubique ter^ rarum. Évidemment ces deux ubiquités étaient incompatibles. A vrai dire, il fallut même la Révolution française pour trancher la difficulté. Ce furent les docteurs de Montpellier qui affichèrent les premiers l'exorbitante prétention d'exercer la médecine à Paris. Leur premier et leur plus infatigable champion fut Théophraste Renaudot.

VI. C'est un fait assez généralement peu connu, que le journalisme, cette grande puissance des temps modernes, a été créé en France par un médecin, et cela en vue de la médecine. N'eùt-il que ce côté d'intéressant, le personnage historique auquel se rattache, par ses origines, une institution d'une portée aussi incalculable, mériterait bien de nous arrêter quelques instants *.

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