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Mé le docteur Félix Roubaud a publié sur le compte de ce

244 TENTATIVES d'iNVASION DANS PARIS.

Théophraste Renaudot, plus souvent désigné par ses Contemporains sous le nom de sa profession la plus connue, et appelé par eux le Gazetier\ était né à Loudun en 1584. Quoique l'époque la plus brillante de son existence soit celle du ministère du cardinal de Richelieu, il appartient cependant par son influence à la période suivante : il eut le titre de médecin de Louis XIV et vécut encore pendant les dix premières années de son règne. Il était venu au monde avec de rares qualités d'esprit et de caractère, qui lui eussent assuré un avenir brillant, quelque carrière qu'il eût embrassée. Beaucoup d'ambition, unie, quoi qu'en aient dit ses ennemis, à un grand fonds de probité, un esprit doué de plus de rectitude que d'élévation, mais en revanche merveilleusement inventif et industrieux, une souplesse extrême, une activité infatigable, aidée d'une santé de fer, firent de sa vie Tune des plus prodigieusement et des plus diversement occupées que l'on puisse imaginer. Avec cela, il avait un malheur : par une de ces ironies bizarres qui se rencontrent quelquefois dans la vie des hommes illustres, la nature, qui l'avait d'ailleurs si généreusement traité, lui avait donné un nez camus à l'excès. Jamais le nez démesurément long de son contemporain Cyrano de Bergerac ne donna lieu à autant de plaisanteries cruelles, que ce malheureux nez camus de

personnage une intéressante brochure: Théophraste Renaudot, créateur du journalisme en France, in- 18, Paris, i856. Cet opuscule a le tort de mêler à la vérité historique un certain ton romanesque, qui nuit à la simplicité du récit. On y trouve même, selon les règles du genre, une véritable intrigue amoureuse.

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Renaudot. D'ailleurs Cyrano, en vrai gentilhomme qu'il était, avait l'âme peu endurante, et se chargeait de corriger à la pointe de l'épée les malavisés qui ne trouvaient pas son nez à leur goût. Renaudot, beaucoup moins batailleur, et ayant toujours mille affaires sur les bras, fut condamné pendant toute sa vie à entendre ce thème favori des railleries de ses adversaires revenir mille fois dans une foule de procès de toute nature.

Ses commencements furent extrêmement pénibles. Venu fort jeune pour chercher fortune à Paris, il commença, faute de mieux, par étudier sous un maître chirurgien. Il parvint, à force d'économie, à ramasser une somme suffisante pour aller à Montpellier, où il prit le grade de docteur en 1606. Son intention première avait été d'exercer la médecine dans sa ville natale. Après avoir voyagé quelques années pour acquérir de nouvelles connaissances, il retourna en Poitou en 1610. Ce fut là qu'il se lia d'amitié avec le célèbre père Joseph (Leclerc du Tremblay), de l'abbaye de Fonte vrault, devenu plus tard le confident de Richelieu, et si connu sous le nom d'Éminence Grise.

En 1612 il revint à Paris, et pour pouvoir se livrer sans entraves à l'exercice de l'art de guérir, il sollicita le titre de médecin du roi, et prêta serment, en cette qualité, entre les mains du premier médecin de Louis XIII. Quoique ce titre fût purement nominal, il suffisait pour le mettre en sûreté. D'ailleurs, la lutte n'était pas encore engagée, et la situation du jeune médecin n'était pas telle qu'elle pût susciter l'envie autour de lui. Son état

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