LEURS EMPIÉTEMENTS SUR LES CHIRURGIENS
accompagné de toutes sortes de marques honorifiques. En outre, les barbiers s'engagent à venir tous les ans, à la Saint-Luc, renouveler leur serment de fidélité*. Il semblerait qu'après des engagements si intimes, la concorde dût être à tout jamais établie , et qu'il ne restât plus qu'à combattre l'ennemi commun. 11 le faudrait pour la simplicité du récit. Mais quelle est l'histoire qui n'a pas ses complications et ses revirements? Durant les troubles de la Ligue, il y eut une telle confusion de tous les pouvoirs publics, que les rivalités de métier et les querelles de corporations disparurent un moment dans le chaos des dissensions politiques et religieuses. Tant de lois furent violées alors, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si les lois de police médicale le furent comme les autres. Peut-être aussi la guerre civile fournissaitelle à elle seule aux médecins et aux chirurgiens de tous les ordres assez d'occupation pour suffire à tous les
] . Voici le texte du serment qu'on présentait aux barbiers : c Vous jurez d*obéir au doyen et à la Faculté dans toutes les choses licites et honnêtes, de rendre aux maîtres de la Faculté honneur et révérence, comme il est juste que des écoliers obéissent à leurs précepteurs. — Item, que, chacun de votre côté, vous agirez contre ceux-qui pratiquent illicitement ; que vous aiderez en cela la Faculté de toutes vos forces (la Faculté regarde comme pratiquant illicitement tous ceux qui ne sont pas approuvés par elle). — Item, que vous ne pratiquerez à Paris ni dans les faubourgs avec personne qui ne soit docteur ou licencié de la Faculté. — Item, que vous n'administrerez, ni à Paris ni dans les faubourgs, aucune médecine laxative, ou altérative, ou confortative, et que vous ne prescrirez rien que ce qui concerne l'opération manuelle. »
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intérdU, et par conséquent pour foire taire toutes les rancunes. A la fin de cette période sanglante de notre histoire, il se trouya que les barbiers avaient encore fait du chemin, et qu'affermis par leurs derniers contrats avec la Faculté, ils s'étaient peu à peu habitués à ridée de ne dépendre de personne. Pendant quelques années, ils négligèrent de prêter le serment prescrit; déjà ils affichaient la prétention de marcher seuls et de se passer d'une onéreuse protection.
Y. La fin du seizième siècle fut pour la chirurgie française une époque glorieuse : au moment où les autres sciences étaient encore muettes, où tout le travail de l'intelligence semblait absorbé par ces grands travaux d'érudition qui préparaient l'avenir, c'est un spectacle curieux que de voir se former, en dehors de la Faculté, de qui était censée émaner toute lumière, une école chirurgicale toute pleine d'un esprit nouveau, interrogeant la nature, faisant des expériences, et s'élevant presque sans guide à des conceptions pratiques de la plus haute importance. A la tête de cette pléiade marche un homme de génie, Ambroise Paré, le restaurateur, et l'on pourrait presque dire le créateur de la chirurgie chez les modernes, et qui put voir avant de mourir ses ouvrages traduits et commentés dans toutes les langues de l'Europe. Autour de ce nom incomparable se groupent ceux de ses disciples chéris Pigray et Guillemeau, ceux de Démarque, des deux Colot, de Girault, de Séverin Pineau, et d'autres moins illustres, qui attestent,