LE PREMIER BARBIER DU ROI
parvenus à force de souplesse à se faire agréer par le plus orgueilleux des corps savants. Et ceci ne laisse pas d'être assez curieux à noter, lorsqu'on songe qu'en Allemagne, à la même époque, les barbiers» comme les baigneurs, ne pouvaient pas même entrer dans un corps de métier. Aucun artisan des villes ne prenait un jeune homme en apprentissage sans une attestation portant qu'il était né de parents honnêtes, fruit d'un mariage légitime, et issu d'une famille dans laquelle il ne se trouvait ni barbiers^ ni baigneurs, ni bergers, ni écorcheurs^
Pour expliquer ces succès et ces envahissements successifs, il ne faut pas oublier l'une des causes qui y concoururent le plus efficacement : le crédit du premier barbier du Roi. Se flgure-t-on bien l'importance que peut prendre dans un État le personnage qui vient chaque matin raser le souverain; qui a le droit, de par ses fonctions, de caresser du dos de la main ce menton royal, de parfumer cette tête qui porte la couronne? De sa nature, le barbier est bavard et porteur de nouvelles. Si depuis Midas jusqu'à nos jours cela s'est toujours vu, il faut bien qu'il y ait pour cela une grâce d'état. Le barbier arrive au moment du réveil. Les courtisans ne sont pas encore entrés : pour lui sont les primeurs de ïa journée. S'il y a des nouvelles par la ville, c'est lui qui les a recueillies et qui les apporte, et
1. Mcebsen, Fragm, tThUt, de la chirurgie, de 1417 à 1598. — MépoMt à cette question : Si Vancienne union de la ehUrurgie et de la ëwrbertê doH être a^Ue.
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on lui en sait gré. Puis, Theure de la toilette a ses privilèges. On parle seul à seul, dans la familiarité du déshabillé. Dans une journée de prince, il n'ya pas deux moments pareils pour demander une feveur; et ce mo' ment revient tous les jours pour le premier barbier! On s'est parfois étonné de la prodigieuse fortune d'un Olivier le Dain. Il y aurait peut-être plutôt lieu de s'étonner que chaque règne n'ait pas fourni le sien. — N'exagérons pas : ce personnage n'absorbera paç à lui seul toutes les faveurs ; d'autres que lui décideront de la paix et de la guerre. Du moins lorsqu'il demandera quelque chose pour ses confrères, pour la profession dont il est le chef, son royal client sera-t-il assez cruel pour résister à ses désirs?
Grâce à cet appui, les barbiers continuèrent à prospérer, malgré les innombrables remontrances, réclamations , procès et requêtes du collège de Saint-Côme, malgré quelques nuages qui s'élevèrent parfois entre la Faculté et les étranges enfants adoptifs qu'elle s'était donnés. Au fond, les barbiers étaient trop intéressés à vivre en bonne intelligence avec les médecins, pour ne pas se soumettre à ce qu'on exigeait d'eux : si la Faculté eût retiré la main qui les protégeait, ils fussent retombés sous les fourches caudines de la chirurgie, qui, cette fois, eût été impitoyable. Un nouveau contrat passé en 1577 resserra les liens déjà établis. Ce contrat ressemble beaucoup à celui de 1S05. Il en diffère surtout en ce que les docteurs renoncent à présider les examens des barbiers et se réservent un simple droit d'assistance.