‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 150 sur 222 · Statuts de · texte numérisé non relu

Statuts de

DES COLLÈGES DE GHIKUB6IENS. 323

raient quatre semaines : chaque semaine, deux fois, le candidat subissait un nouvel interrogatoire; voici dans quel ordre :

Première semaine. Ostéologie, maladie des os, fractures, luxations, etc«

Deuxième semaine. Anatomie chirurgicale des régions; démonstration et pratique des principales opérations : amputations, taille, trépan, empyème, ponctions, etc.

Troisième semaine. Théorie et pratique de la saignée, des ligatures, des accidents de la saignée, et de tout ce qui s'y rapporte.

Quatrième semaine. Interrogations et examen pratique sur les médicaments.

Venait enfin Texamen général, ou examen de rigueur. Le lieutenant, les prévôts et six maîtres tirés au sort reprenaient à nouveau une interrogation sur toutes les parties de la chirurgie. Là s'arrêtaient les épreuves. On a vu comment l'arrêt du Parlement avait interdit la soutenance des thèses. On allait une dernière fois aux voix en assemblée générale : le candidat reçu était proclamé maître, et l'on dressait l'acte de sa réception. Après quoi, il prêtait serment entre les mains du premier chirurgien, et on lui remettait une expédition en forme de ses lettres de maîtrise. Outre les frais d'examen réglés par des tarifs spéciaux , il avait encore à donner : au premier chirurgien, huit jetons d'argent et deux paires de gants, l'une garnie, et l'autre simple ; à son lieutenant, pareille quantité de jetons d'argent, et

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deux paires de gants; au greffier, quatre jetons d*arg«it et une paire de gants ^

L'organisation des chirurgiens de province était calquée sur celle de la confrérie de Saint-GAme. Dans chaque ville, le premier chirurgien du roi était représenté par un lieutenant nommé par lui. 11 percevait en outre un droit sur chacun des maîtres exerçant la profession, ce qui ne laissait pas de lui constituer un revenu considérable. Le nombre des fonctionnaires dans chaque communauté était naturellement moindre qu'à Paris, et proportionné à l'importance de la ville. Les réceptions ne donnaient le droit d'exercice que pour la ville et la circonscription où elles avaient lieu. Cependant un chirurgien reçu dans une communauté de province pouvait venir se faire agréger à Paris, moyennant

I. J'ai fait le compte approximatif de ce que coûtait la réceplioa d*ua chirurgien :

Inscription du brevet d'apprentissage 10 Uvres.

Total des droits d'examen pour le 1^' chirurgien ou

son lieutenant 60

Idem pour le greflfler 30

Aux quatre prévôts et au receveur, pour rimmatri-

cule, chacun 3 livres, soit 15

Aux mêmes, pour la communication de la requête. 15 Aux mêmes, pour les examens, chacun 26 liv., soit, 1 30 Droits d'examen des maîtres chargés des interrogations 36

Total 296 livres.

{Règlement du lieutenant de police du i^ 9nars 1670.)

On voit que les frais d'études étaient environ dix fois moindres qu*à la Faculté de médecine.

un seul examen de trois heures appelé légère expérience. C'était le même que subissaient par faveur les garçonschirurgiens ayant six ans de ser^'ice dans un hôpital. Convaincue d'ailleurs que le grand nombre de ses membres était pour eUe un élément de force, la confrérie de Saint-Côme était fort éloignée de l'esprit d'exclusion qui dominait à la Faculté de médecine.

XII. Je ne saurais terminer ce chapitre sans faire mention *des apothicaires *. C'est le moins que je doive au souvenir de M. Fleurant; bien qu'à vrai dire, M. Fleurant, avec son scrupuleux respect pour les ordonnances, avec sa soumission aveugle aux ordres de la Faculté, ne me paraisse pas représenter bien exactement l'esprit et les mœurs de ses confrères. Pas plus que les chirurgiens, les apothicaires n'acceptaient sans résistance ni réclamations la suprématie delà médecine. Eux aussi avaient leurs \elléités d'indépendance et d'opposition, et cherchaient parfois à secouer le joug. Il est bon d'apprendre d'un des leurs la haute idée qu'ils se faisaient de leur importance :

c< Il est certain que celui qui veut être honoré du nom de vrai pharmacien doit être doué d'une probité de mœurs pareille à celle d'un philosophe, car il tient en

1. Il est assez curieux de remarquer que ce mot apothicaire, qui aujourd*liui rappelle des idées ridicules, était autrefois le terme noble : « Les apothicaires sont aussi appelés pharmaciens et pharmacopoles , de la pharmacie, dont ils font profession. Ce dernier terme ne se dit guère qu'en dérision et en burlesque. » (Dictionnaire du commerce de Savary des Breslons, 1, 679.)

se$ mains la maladie et la santé, la vie et la mort des I^ommes. Mais ce n'est pas tout : car il doit encore être doué de la crainte de Dieu, doit ayoir nn bon jugement et bien rassis; doit être infatigable au travail; doit étTQ bon grammairien et quelque peu humaniste \ doit vivre ^M envie, sans aversion et cbicheté; doit avoir médio cremeot de moyens; et là où un apothicaire te trouve sans ces vertus, muni de vices contraires, tout va mal ; car Tathéisme le conduit au mépris de son créateur et de son art, la folie le rend plus capable de nuire que de profiter h ses malades. La paresse le porte souvent k faire des quipro guo, l'ignorance le rend impudent et té^ méraire, Tenvie est capable de le faire attenter contre la vie de ses compagnons; Tavarice fait qu'il n'aime per-? sonne, non pas même soi-même, et la pauvreté est suf* fisante pour le pousser à être empoisonneur, pour s'acquérir des moyens au péril de sa vie, de son honneur et de son âme * . »

Yoilà l'apothicaire idéal : en réalité, malgré lem* philosophie et leurs humanités, les apothicaires étaient des marchands, et rien de plus ; si bien marchands, qu'ils étaient confondus avec les épiciers en une seule et même corporation. Us formaient avec euj^ l'un des six grands corps de marchands de Paris (les cinq autres

1. Jean de Renou, institution pharmaceutique, tra4- 4u latin par L. de Serres, Lyon, 1626. Ce traité était, avec les Dispensaires de Nicolas et de Bauderon , le livre classique des apothicaires; ouvrage remarquable, très-complet, très-méthodique, orné de magnifiques planches, et fort propre à dopuer une idée de la matière médicale du temps.

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corps étaieot ceux des drapiers, des merciers, des pelletiers, des bonnetiers et des orfèvres). En cette qualité, ils pouvaiept parvenir aux charges de cousuls et d'échevins. Ils avaient leur bureau au cloître Sainte-Opportune. Leur patron était saint Nicolas. A leur tête étaient six gardes, trois de chacune des deu:îc professionsi, Chaque ^nnée, Je jour de la fête patronale, en présence du lieutenant civil et du procureur au Châtelet, se réunissaient sqixante-douze électeurs, dont quarante-huit épU ciers et vingt-quatre apothicaires, eux-mêmes désignés par le bureau en fonction, plus les membres de la compagnie ^yant passé par les cheirges. Après avoir prêté serment, ils procéds^jent à la nomination de deu:iç gardes, l'un épicier, l'autre apothicaire, qui entraient immédiatement en fonction K

Sans parler de leurs attributions administratives et disciplinaires, semblables ici à ce qu'elles étaient dans les autres corps d'état, les gardes étaient tenus de visiter trois fois par an les boutiques de Paris et des faubourgs. 11^ devaient veiller soigneusement à ce qu'aucun des deux états n'empiétât sur l'autre. Us avaient en outre une prérogative spéciale : c'était le droit de visiter les poids et les balances dans les maisons, boutiques et magasins de tous les marchands et artisans de Paris, ne faisant pas partie des six grands corps d'état. De temps immémorial, le tîorps de l'épicerie avait été dépositaire de l'étalon royal des poids, aveq obUgation toutefois de

1 . statuts et ordonnances pour les marchands apothicaires et épiciers de la ville^ faubourgs et banlieue de Paris, 1638.

le faire vérifier tous les six ans*. Jusqu'à 1622, les apothicaires allaient seuls faire leur visite chez leurs confrères. A partir de cette année, ils furent obligés, par arrêt du Parlement, d'y aller assistés de deux docteurs en médecine, professeurs en pharmacie^. De là de nombreuses contestations.

Du reste, les obligations et les droits n'étaient pas absolument les mêmes pour les apothicaires et pour les épiciers. Ainsi, tandis que ceux-ci n'étaient tenus qu'à trois ans d'apprentissage, les premiers devaient avoir été apprentis pendant quatre ans, et de plus avoir servi six ans chez les maîtres ; en tout, dix ans de stage avant d'exercer. Par une sorte de compensation à cette inéga- Uté, les épiciers devaient faire chef-d'œuvre devant les gardes épiciers et apothicaires réunis; mais les apothicaires avaient pour privilège de n'avoir pour juges que des membres de leur profession et des médecins^.

Une première épreuve de trois heures était consacrée à des interrogations adressées au candidat par les gardes apothicaires, par neuf maîtres désignés par eux, et deux

1. Félibien, Histoire de la ville de Paris, t. II, p. 927. — Leur devise était : Lances et pondéra servant.

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