CHAPITRE VII
Quelle est la pensée secrète de Molière sur \à médecitie P -— Ses études sous Gassendi, et leur inQuence sur son esprit. — Les Philosophes du dix-septième siècle étaient physiologistes. — Ce qu'était un livre de physiologie à cette époque. — Doctrine dès éléoiènts et des tempéramêtlts. Son côté séri^ui.-»- Parties et hutnéUi*». — Causer ded maladies. — L'art de la purgation. — Esprits, calorique inné, humide radical. — L'âme, ses facultés, ses fonctions. — Traité des passions^ de ^académicien Cureau de Lachambre. — Vices de la méthode. — Que faut-il entendre par l'ÉpicuHsme de Gassendi P -— Ce que Molière a pu lui prendre. -^ Conclusion de ce chapitre.
I. En recueillant çà et là les traits épars du tableau que Molière avait sous les yeux lorsqu'il écrivait ses ouvrages, j'ai cherché à faire revivre pour un moment les institutions, les mœurs, les personnages au milieu desquels il a vécu, ou dont il pouvait entendre parler tous les jours : médecins, apothicaires, chirurgiens; querelles des apothicaires avec les médecins, querelles des chirurgiens avec les barbiers, querelles des médecins entre eux et avec tout le monde. J'aurais pu à chaque pas rapprocher la copie de l'original. Mais à quoi bon? Les pièces de Mohère ne sont-elles pas dans toutes les mémoires? Pourtant il me reste à poser, et s'il se peut, à résoudre une question qu'il est impossible d'écarter plus longtemps. Yoici un fait bien remarquable ; Mo-
PENSÉB Dt; Molière sur la Mêobcine. 34â
Hère débute dans la carrière dramatique par la représentation de la farce italientte du Médecin i)olant^ il meurt plus de vingt ans après en jouant la Cétémonie du Malade imaginaire. Sa verve satirique a comiïlencé par s'attaquer aux médecins ; elle finit par eut. Dans Tîntervalle il leur a livré, comme on Ta dit avec esprit, quatre batailles rangées , sans compter les escarmouches, et il succombe enfin sur la brèche*. Une telle persévérance, de la part d'un tel homme, indique assurément plus que le dessein d'amuser le public aux dépens d'une clasôe donnée d*individus, ou d'exploitel* au pro* fit de sa troupe une veine de succès. 11 faut qu'il s'y soit joint quelque pensée profonde , â laquelle se soit attachée son âme d'artiste et d'observateur de la nature humaine. Quelle est cette pensée? Abstraction faite des personnages dont il a châtié les travers, Molière est- il par principe et par conviction l'ennemi juré de la médecine? L'est-il du moins d'une façon absolue, universelle? Parmi les partis qu'il y rencontre, a-t-il des préférences et des répulsions, n'excepte-t-il personne de son anathème? C'est ce qu'il convient maintenant d'examiner.
Je n'ai jamais beaucoup cru, pour ma part, au ftimeui Castigat ridendo mores^ que la Comédie prend pour devise , et je doute fort que Molière ait jamais accepté cette maxime autrement que dans un sens très* restreint. Ce que je ne crois pas des mœurs, je le croi-
1. Voy. Fauconneau-Dufresne, Étude médicale $ur Molière , feuilleton de Vûhiohmédiéûte, f848.