DOCTRINE DES TEMPÉRAMENTS
sujet sont un chef-d'œuvre d'observation et de bon goût. Sans doute on y trouverait encore beaucoup de vague et d'à peu près, beaucoup de vues hasardées et d'explications cliimériques ; mais le fond du tableau n'en est pas moins d'une vérité remarquable. La justesse de l'instinct y supplée à tout moment au peu de précision des connaissances. On sent que l'auteur a été inspiré par un sens très-pratique de Tart de guérir, et par une étude approfondie et personnelle des nuances qui distinguent entre eux les hommes.
C'est qu'en effet la doctrine des tempéraments, qui a tenu tant de place dans les écrits du dix-septième siècle, a besoin, pour être bien comprise, d'être débarrassée de l'attirail pédantesque qui la dépare. Au premier aspect, et présentée comme corollaire de la théorie des quatre éléments, elle paraît frappée d'une nullité radicale, et destinée à périr avec l'hypothèse qui lui a donné naissance. En réalité, c'est elle qui est le fruit de l'observation directe; le reste n'est qu'un échafaudage plus ou moins ingénieux, plus ou moins incomplet, sur lequel une science encore dans l'enfance cherche à étayer les faits pour s'en rendre compte. « S'il faut opter, a dit un éminent hygiéniste de notre époque,
antérieur à Tépoque qui in*occupe. Mais il jouissait encore d'une grande autorité. À part les faits nouveaux dont s'était enrichie la science , les ouvrages postérieurs s'en rapprochent tellement par le fond des idées, que la différence n'est vraiment pas appréciable. Il m'a donc paru préférable de prendre pour guide un livre remarquable à plusieurs titres, et recommandé par le nom de l'auteur; les opinions da fils ne diffèrent pas de celles du père.
36S PHYSIOLOGIE DU XVn* SIÈCLE.
entre les erreurs qui se sont groupées autour de Tidée Traie de tempérament, nous préférons peut-être les plus anciennes aux modernes. H y a certainement moins de vraisemblance, moins de signification pratique dans la théorie de Stahl, qui fait dépendre les tempéraments de la proportion entre la consistance des fluides et le diamètre des vaisseaux, ou dans celle de Haller, qui les explique par deux abstractions, force et irritabilité, que dans la doctrine de Galien, doctrine si sévèrement jugée par ceux qui assignent les anciens à la barre de la science actuelle, au lieu de franchir rintervalle, pour les considérer en quelque sorte dans leur propre horizon. Le tempérament bilieux ou chaud et sec, le tempérament pituiteux ou flroid et humide, le tempérament sanguin ou chaud et humide^ etc., ne sont-Us qu'une invention? Remplacez les mots chaud et froid par la dichotomie de l'irritabilité et de l'abirritation, à laquelle ils correspondent historiquement; aux qualifications de sec et humide, rattachez, par une interprétation sincère de la pensée de Galien, les phénomènes de sécrétion plus ou moins active des surfaces tégumentaires; cela fait, au lieu d'hypothèses, vous reconnaissez dans les tempéraments admis par le médecin de Pergame des tj'pes d'organisation qui se sont souvent présentés à votre observation. Il n'y a pas moins de sens dans la liaison qu'il établit entre eux et les âges, les saisons, les climats : n'est-ce point dans les climats chauds que se rencontrent en grand nombre les individus à prédominance du système hépatique?