‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 174 sur 222 · Loc. cit · texte numérisé non relu

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quoi qu'il en dise, nous pouvons apprécier la grossièreté de cette conception de l'âme et de la matière. Entre les deux substances, bien plus, entre la matière inanimée et Dieu, il n'y a qu'une diJBférence du plus au moins, le tout au moyen d'une qualité fictive, la ténuité, la subtilité. Mais malgré tous ses eJBforts, malgré les ressources d'un incontestable talent, il ne parvient qu'à mal dissimuler la contradiction qui subsiste au fond de toute cette argumentation. Si l'esprit et le corps sont, comme il le dit lui-même, de nature contraire, ad^ versa^ il n'y a pas moyen, quelque nombreux que soient les intermédiaires, d'établir de transition de l'un à l'autre. C'est toujours cette fameuse hypothèse du médiateur plastique de Cudworth, dont nos traités de collège font tant de bruit, on ne sait pourquoi, hypothèse aussi vieille que la philosophie, et dont la moindre absurdité est de reculer la question sans la résoudre. MultîpUer ainsi les intermédiaires et les distinctions, c'est s'étourdir soi-même et se payer de mots. Les galénistes n'ont pu échapper à cette loi fatale, et ne sont jamais arrivés à être clairs, ni pour eux-mêmes, ni pour les autres. Et, à vrai dire, n'est-ce pas un bonheur pour la raison humaine , que les idées fausses aient tant de peine à être des idées claires?

VII. Vâme, ses facultés, ses fonctions. L'étude de l'àme est le couronnement de la physiologie. Elle n'est pas plus étrangère au médecin qu'au philosophe. Mais tous deux ne l'envisagent pas absolument du même

point de vue. Le philosophe Tétudie en éUe-mème et pour elle-même, analyse les lois de la connaissance, la formation des idées, les qualités morales. Quoique rien de tout cela ne soit indifférent au médecin, puisqu'il peut y trouver des causes de maladies et des indications pour les traiter, il considère Tàme moins dans sa nature intime que dans ses rapports avec le corps : c'est pour lui le centre auquel viennent aboutir toutes les sensations; c'est la partie stable et permanente de nous^ mêmes, au milieu du renouvellement incessant des organes ; c'est, en un mot, ce dont l'absence entraine immédiatement la mort.

Tel est le sens que nos médecins attachent au mot âme : ce mot, pour eux, embrasse beaucoup plus que le moi sentant, pensant et voulant, qui fait, depuis Descartes, l'objet de la psychologie. C'est le principe commun de tous les actes, tant de la vie intellectuelle et morale, que de la vie organique ; principe dominateur, qui se sert des esprits comme de ministres et d'instruments de ses ordres. En un mot, l'âme est la forme du corpSj suivant la définition d'Aristote. La matière étant, comme on l'a vu plus haut, essentiellement passive, la forme du corps vivant, c'est la force active en vertu de laquelle elle exerce ses fonctions. Cette définition est développée et complétée par ces deux autres propositions également tirées d'Aristote : « L'âme est la première entéléchie du corps organisé ayant la vie en puissance ; » et encore : « C'est le principe par lequel nous végétons, nous sentons et nous raisonnons. )>

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