‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 193 sur 222 · CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE

question pour savoir à quoi s'en tenir, nous apprend dans la préface du Tartufe que, bien différents des dévots, les médecins « ont souffert doucement qu'on les ait représentés, et ont fait semblant de se divertir^ avec tout le monde, des peintures que l'on a faites d'eux. » Et de fait, si quelque scandale notable avait eu lieu, si, par exemple, il se fût élevé quelque procès en diffamation, nous le saurions par les contemporains, et à coup sûr on en trouverait Ja trace dans les registres de la Faculté. Or, ils n'en disent mot. Il y a plusieurs bonnes raisons pour ne pas trop savoir gré aux médecins de s'être ainsi laissé dire leurs vérités.

La première et la meilleure, c'est qu'instruits, il est vrai, par la rumeur publique, du rôle qu'on leur faisait jouer dans la comédie, ils étaient pourtant loin de savoir au juste dans quelle mesure, sous quelle forme, et en quels termes ils étaient attaqués. Ceci pourra paraître un paradoxe. Mais il faut se reporter au temps : on ne saurait se figurer aujourd'hui jusqu'à quel point était porté alors l'esprit d'étiquette et le sentiment des convenances sociales. Un médecin, comme un magistrat , se serait fait montrer au doigt et se fût perdu dans l'opinion s'il eût paru au théâtre. C'était un passe-temps trop frivole pour les professions dites sérieuses. Consultons encore Guy Patin, l'homme assurément, parmi ses confrères, le mieux informé, le plus au courant de ce qui se passait autour de lui. La volumineuse collection de ses lettres ne contient en tout que cinq passages qui aient trait à Molière. Si l'on en

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omet deux , tout à fait insignifiants, restent trois endroits à citer. Les voici :

Le 2S septembre 166S, il écrit : « On Joue présenta ment à l*hôtel de Bourgogne VÀmour malade. Tout Paris y va en foule pour voir représenter les médecins de la cour, et principalement Esprit et Guénaut, avec des masques faits tout exprès; on y a ajouté Des Fou* gérais. Ainsi on se moque de ceux qui tuent le monde impunément, "n

Ce passage n*est pas long , et il contient au moins trois erreurs. La première porte sur le titre même de la pièce. Il s'agit évidemment de VAmour médecin; les dates sont tout à fait concordantes; et c'est d'ailleurs la seule pièce du temps où les médecins de la cour aient été mis sur la scène. Guy Patin la confond avec ce bal^ let de VAmour malade dont j'ai parlé plus haut', ballet qui avait alors cinq ans de date, et dont il devait avoir vaguement entendu parler. En second lieu, il place cette comédie à l'hôtel de Bourgogne, tandis qu'il est notoire qu'elle avait été représentée au Palais-Royal; et Ton remarquera combien cette seconde erreur est capitale, la rivalité des deux troupes à la mode étant alors un fait connu de tous les habitués des théâtres. Enfin il parle de masques faits exprès. Je sais que plusieurs commentateurs ont répété la même anecdote; mais si l'on prend la peine de remonter aux sources, on verra que c'est précisément en s'appuyant sur l'au-

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