‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 26 sur 222 · LES VISITES · texte numérisé non relu

LES VISITES

ville, en agrégeant un docteur, lui donnait-il un anneau d'or , en lui disant : Accipe annulum aureum , in signum nobilitatis ab Augusto et senatu romano mê^ dicis concessœ. — Ce droit leur fut maintenu pajr dé^ cision du conseil du roi en 1668; il en fut jugé de même en 1698 dans l'édit des armes et blasons de France. Sa Majesté déclare « qu'elle ne prétend pai priver de cette marque d'honneur les personnes de lettres et autres qui, par la noblesse de leur profession et de leur art, ou par leur mérite professionnel, tiennent un rang d'honneur et de distinction. »

IL En voilà bien assez sur toutes ces discussions, qui n'ont d'autre mtérêt pour nous que de marquer assez bien une date dans l'histoire des mœurs. Au surplus, ce qui gâtait tout cela, ce qui contrariait le plus ces prétentions nobiliaires, c'est qu'il fallait pour vivre aller tout bourgeoisement gagner, de visite en visite, le teston ou Vécu blanc des malades. Situation fâcheuse pour un noble. Nos docteurs s'en tiraient du moins en y mettant tout l'appareil possible. Ils parcouraient Paris, prome** nant gravement sur leurs mules leurs grandes perruques et leurs barbes majestueuses ^ Monter une mule, cela donnait un air un peu épiscopal. Lorsque Guénaut^

1. Bien des morceaux du temps font allusion à cet usage où étaient les docteurs de porter la barbe. Quand il est question pour Argant de se faire médecin, Toinette loi dit : • Tenez, monsieur, quand il n'y aurait que votre barbe, c'est déjà beaucoup, et la barbe fait phi9 de la moitié d'un médecin. » ^ Et il existe une thèse sur cette grave question : An medico barba? Aujourdlini le

homme de la mode et novateur en toute chose, osa prendre le parti d'aller à cheval, cela ât presque un scandale. Gtiénaut et son cheval devint une espèce de proverbe. On connaît le vers de Boileau :

Guénaut, Bur son cheval, en passant m'éclabousse.

Aussi, dans la fameuse consultation de ï Amour médecin^ la conversation s'engage-t-elle d'abord sur ce sujet délicat :

«M. ToMÈs. Il faut avouer que j'ai une mule admirable pour cela, et qu'on a peine à croire le chemin que je lui fais faire tous les jours.

« M. Desfonandrès. J'ai un cheval merveDleux, et c'est un animal infatigable. »

Cette question de préséance entre le cheval et la mule, c'est la lutte entre le passé et le présent, entre la vieille et la jeune école ; et il faut convenir qu'ici la vieille n'est pas trop mal représentée. Phisieurs môme ne s'en tenaient pas là : ils faisaient leurs visites en robe longue de magistrat, avec chausse rouge et rabat. Pascal a dit quelque part : « Qui pourrait avoir confiance dans un médecin qui ne porte pas de rabat? » Chose assez singulière, les médecins ne faisaient en cela qu'obéir à l'invitation très-formelle qui leur en avait été faite, en 1612, par le premier président de Thou, dans une lettre adressée au doyen Pierre Pijart. Mais de l'humeiu» céré-

bon ton exige qa*un médecin soit rasé. Lequel de^ deux est le plus raisonnable?

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