‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 27 sur 222 · LA CLIENTÈLE · texte numérisé non relu

LA CLIENTÈLE

monieuse dont nous connaissons nos docteurs, il est à croire que la recommandation n'avait rien de vexatoire pour eux, et qu'ils ne se le firent pas dire deux fois. L'idée était malheureuse et n'eut jamais grande faveur dans le public; on s'en moquait ouvertement, et à leur barbe. Un sixain du temps est resté célèbre :•

Affecter un air pédantesque, Cracher du grec et du latin, Longue perruque, habit grotesque, De la fourrure et du satin, Tout cela réuni fait presque Ce qu'on appelle un médecin ^

Puisque j'ai parlé de V Amour médecin, je dois examiner maintenant si les consultations d'alors justifiaient

1 . Au reste, rien de moins nouveau que toutes ces plaisante- TÏeSf parce qu'aussi rien n'est plus vieux que cette manie de suppléer la science par le demi-mystère d'un jargon emphatique et prétentieux. Il existe une assez jolie satire du seizième siècle, intitulée : le Médecin courtizan, ou la nouvelle et plus courte manière de parvenir à la vraye et solide médecine. L'auteur anonyme de cet écrit recommande au débutant de ne pas perdre son temps à s'instruire, et d'arriver de suite au fait :

n suffit bien d'avoir un savoir pédantesque Un peu entremeslé de la langue tudesque.

Pour plus heureusement entrelarder tes mots Et parler à demi de la langue et du dos...

Encore faudra- t-il tes receptes écrire.

Telles que le commun ne les puisse bien lire. Afin qu'en admirant ce papier mal escript Gomme chose sacrée il prise ton esprit, etc.

(Bibl. Maz., coll. in-S» 15,431.)

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cette délicieuse parodie. S'il faut en eroire Riolau', tmit s'y passait en miel et douceur. « L*UDion de nos coii^ gultations est admirable, dit-il; chacun est Kbre de dire scm avis; il est permis à celui qui parle après de corriger modestement, sans passion et animosîtê, Tayis précé^ dent. Medicorum controversiœ^ disait Hippocrate, fitstam ignorantiœ suspicionem ostendunty concordia inter eos magnam cognitionis spem demonstrat. »

Nul doute qu'Hippocrate n'ait ici raison, comme toujours; mais j'aimerais mieux, je Favoue, que Riolan me fournît la preuve qu'en cela ses préceptes étaient toujours observés. Du reste, les statuts règlent avec grand soin la manière dont les choses doivent se passer : «i Dans les consultations, les plus jeunes opinent les premiers et selon Tordre de leur promotion au doctorat. Ce qui est décidé à la majorité des voix est, du consentement des collègues, rapporté par le plus ancien au malade, à ses parents ou aux personnes qui prennent soin de lui. »

Voilà donc le rôle de l'ancien bien nettement défini. Molière l'interprète à sa manière : une querelle est survenue entre Artémius et Théophraste. M. Tomes est pour Artémius : « Ce n'est pas que son avis, comme on a vu, n'ait tué le malade, et que celui de Théophraste ne fût beaucoup meilleur assurément ; mais enfin il a tort dans les circonstances, et il ne devait pas être d'un autre avis que son ancien*. » On voit que M. Tomes est

1 • Curieuses Recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier, 2. VAmofsr médecin^ aete lFy8o« 3>

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rigorîsld «t formaËgte avant fout. Ausgi je m'étonUé de le TotF agcmier riâslant d'après t a L'on nous a^semUaf un jour ir&is de nom autres avee un médecin de dehorê pour une consultation où j'arrêtai toute Taffaim, et Hé Tonlus point endurer qu'on opinât si les cY^mn n^û-* kient dans Tordre, n — Un médecin de dehors f qw pouTait-ee être, sinon un docteur de Montpettier ou quelque empirique de prorince? Et M. Tomes a eonseiiti à coDscdter arec lui I « La malade mourut bravement pendant cette contestation. » Voilà à quoi Ton s'expose quand on sort des règlements.

Car là-dessus les règlements étaient formels : Nemo eum empifieis^ aut a collegio mediconAm Parisiensittm non probatis mediea eonsilia ineat. Sans parler des docteurs de Mon^)ellier^ gens honorables d'ailleurs, et dont nous raconterons bientôt les tentatives, Paris était inondé, alors comme aujourd'hui^ d'ime foule de charlatans de toute sorte, vendeurs d'orviétan, médecins ambulants, chironmnciensy diseurs de bonne aventure (les somnambules n'étaient pas encore inventés) -, alors comme aujourdfaui, ces guérisseurs de rencontre avaient le privilîge d'inspirer la jdus grande confiance, je ne dis pas au menu peuple, mais aux belles marquises et au grands seigneurs, fort sceptiques en fait de médecine, mais fort croyants sur ce point. Tout cela, en y ajoutant le droit qu'a la comédie de dépasser un peu la vraisemblance, explique suffisamment tous ces rôles de noédecins improvisés qui abondent dans les pièces de Molière : Toiqette déguisée en « médecin passager ,

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