‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 55 sur 222 · LES MÉDECINS DE LA COUR · texte numérisé non relu

LES MÉDECINS DE LA COUR

une infirmité naturelle : il bottait des deux jambes, et les spectateurs du Palais-Royal durent facilement le reconnaître si, comme il est probable, le personnage de Desfonandrès était joué par le boiteux Béjart.

Il était né protestant. Il se convertit en 1648, ayec un certain éclat, qui put faire douter de sa sincérité. « Je pense, dit Guy Patin, que si cet homme croyait qu'il y eût au monde un plus grand charlatan que lui, il tâcherait de le faire empoisonner. Il a dans sa poche de la poudre blanche, de la rouge et de la jaune. Il guérit toutes sortes de maladies et se fourre partout... Il assure de guérir tout le monde ; il fait rage de promettre de son côté, et d'en savoir bien plus que tous les autres; que tel et tel ne savent que saigner et purger, mais que lui a de grands secrets... Yénérable et détestable charlatan, s'il en fut jamais; mais il est .homme de bien, à ce qu'il dit, et n'a jamais changé de religion que pour faire fortune et mieux avancer ses enfants. »

Le portrait n'est pas flatté, tant s'en faut, et Ton y reconnaît la main d'un ennemi. Au moins ne faut-il pas le charger davantage. M. Taschereau^ ne s'en contente pas, et accuse sans façon Des Fougerais, sur un on dit de Bussy-Rabutin, de pratiquer Tavortement. 11 faudrait donner des preuves à l'appui d'une pareille accusation. Ce qui est certain, c'est qu'il s'attira une fois par son charlatanisme une sévère réprimande, qui lui fut infligée par décret de la Faculté. 11 est bon de le sa-

1 • Histoire de la vie et des ouvrages de Molière.

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voir; car il en résulte que les traits lancés contre lui n'atteignaient pas la compagnie, qui le répudiait comme indigne.

Esprit est celui des quatre sur lequel nous possédons le moins de renseignements. Lui aussi ne nous est connu que par un pseudonyme. Son nom patronymique était André. Esprit était le prénom de son père, médecin de Béziers. Nous savons seulement qu'après avoir été l'un des médecins de Richelieu, il devint celui de Mazarin et de toute sa famille, et que lors de la grande maladie du roi en 1658, il se trouvait attaché à la personne du duc d'Anjou. Ce fut lui qui ouvrit l'avis de donner de l'émétique au roi. Ici, faute de mieux, je suis encore obligé de citer Guy Patin. Il ne le ménage guère plus que le précédent. <c Voyez la belle politique de notre siècle ! Le médecin du prochain héritier de la couronne et successeur immédiat, adhibetur in consiitum pro rege, et venenatum stibium audet prcsscribere. S'il en eût été cru, et que le roi fût mort, son maître eût été roi, et lui premier médecin du roi ! Non siceratinprincipio: autrefois on n'appelait jamais chez le roi malade les médecins des princes du sang, pour des raisons poUtiques très-fortes. Mais aujourd'hui tout est renversé. » Ai-je besoin de répéter que je ne cite pas ce passage comme un témoignage concluant (la calomnie est ici trop évidente), mais seulement comme une boutade significative lancée par un orthodoxe à un médecin courtisan ? Il y a, au surplus, quelque raison de croire qu'ici encore il s'est glissé un malentendu. Si la

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