LES MÉDECINS DE LA COUR
substitution que j'ai proposée, de Yalot à Daquin dans le personnage de Tomes ^ est légitime, il se trouverait que sur les quatre consultants de Y Amour médecin , trois auraient joué un rôle dans Tanecdote du bois de Yincennes, savoir : Guénaut, Valot et Des Fougerais. Qui sait s'il n'est pas permis d'y retrouver aussi le quatrième ? l'allusion de Molière en deviendrait à la fois plus complète et plus transparente. Dans ce cas, Bahis ne désignerait pas Esprit, mais bien firayer. Le nom de ce dernier se prête parfaitement à cette hypothèse. Brayer, ou, si Ton veut, brailler^ n'est-ce pas la même chose que Bahis^ c'est-à-dire aboyeur? Ce Brayer était aussi fort bien en cour. Sa grande fortune (il avait trente mille écus de rente) lui faisait une situation à part. 11 disputa vivement à Valot la place de premier médecin du roi, et faillit un moment l'emporter sur son rival. Guy Patin parle de lui comme d'un fort honnête homme, mais qui avait le tort, lorsqu'il se trouvait en consultation avec Guénaut, de faiblir sur la question de J'antimoiue; on devine aisément le motif de cette condescendance.
Guénaut était assurément le plus célèbre et le plus répandu des médecins de l'époque. Docteur de Tannée 1612, il se trouvait en 1665, après la mort de Morand, Y ancien de l'école pour laquelle, différent en cela de ses collègues du Louvre, il ne cessa jamais de témoigner le plus grand attachement. La cour et la ville ne juraient que par lui. Devenu successivement premier médecin du prince de Condé, puis de la reine, il avait souvent, dans
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sa longue pratique, été appelé à donner des soins, soit au roi, soit à presque tous les princes du sang. Un homme de qualité ne pouvait être décemment malade sans l'appeler au moins une fois. A lui seul il avait fait les trois quarts de la fortune de l'antimoine ; l'antimoine et lui c'était tout un :
On compterait plutôt combien, en un printemps, Guénaut et Tantimoine ont fait mourir de gens ;
si bien qu'il y avait fait fortune , d'autant mieux qu'il savait le prix de son temps. Tous les contemporains qui en ont beaucoup parlé s'accordent à nous montrer en lui un homme fort âpre au gain. On lui prêtait là-dessus toutes sortes de bons mots*. La lenteur solennelle de son débit, la recherche de ses vêtements, ses hautes influences, en faisaient une espèce de grand seigneur, et c'est certainement celui de tous les médecins de cour qu'il y avait le plus de courage à attaquer de front.
Reste enfin l'équivoque de M. Tomes. Que ce soit Valot ou Daquin , nous allons le retrouver tout à l'heure parmi les premiers médecins de Louis XIV.
rV. Ce n'était pas une médiocre position que celle du premier médecin du roi. Il était classé à la cour parmi les grands officiers de la maison royale, n'obéissait qu'au, roi lui-même, entre les mains duquel il prêtait serment, avait droit aux mêmes honneurs, aux mêmes privilèges
1. Pour le physique, voici le portrait que donne de lui Guy Patin : « Il ressemble fortement à un singe, ou à un magot et à une guenon. »