PROTESTATION
Nous voulons ici , encore une fois , protester solennellement de la pureté de nos intentions; protester aussi de notre respect, de notre admiration sincère pour tous les hommes d'élite qui ont travaillé à l'avancemeot de l'art de guérir. Nous attaquons les doctrines que nous reconnaissons pour mauvaises , nous n'attaquons pas les hommes qui l^s soutiennent consciencieusement.
Posons nettement la question «
Hçmœopathes , nous nous ^ croyons en possession d'une vérité démontrée historiquement, scientifiquement et pratiquement ; appuyés sur de puissants témoignages, forts de nos invincibles convictions, certains que cette vérité est utile , est nécessaire à la société et surtout i la société moderne , nous nous efforçons de la faire connaître.
D'une part ,
Nous prétendons que Thomœopatliie guérit mieux , plus vite , plus sûrement et plus économiquement que nulle autre méthode thérapeutique ; et pour le prouver , nous venons avec une masse imposante ^ inouie , de faits cliniques incontestables , publiés dans nos journaux , dans nos cliniques , dans nos ouvrages didactiques , dans toute la littérature de notre école. Nous ne prétendons pas que l'homœopathie fasse des miracles ; nous savons que trop souvent elle sera muette devant la douleur , mais nous prétendons qu'elle fait mieux qu'aucune autre méthode.
D'autre part ,
Nous prétendons que les médicaments à haute dose , administrés empiriquement et sans loi thérapeutique ; que les sangsues, les vésicatoires, les saignées, qui constituent les traitements indirects de l'école officielle , so&t inconvenants, mauvais, meurtriers, et nous le prouvons par les statistiques comparatives.
Avec de telles convictions , nous le demandons à tout homme sérieux, ami de ses semblables, pouvons-nous demeurer les bras croisés ? Que si nos paroles paraissent trop fortes à quelqu'un, si notre zèle lui semble trop ardent, qu'il dise en quoi nous péchons. Si l'on nous croit dans l'erreur , nous discuterons , la chose en vaut la peine, sans doute. Quanta ceux qui croient posséder une vérité plus utile , qu'ils la produisent donc sans énigme ; qu'ils se lèvent , qu'ils disent leurs certitudes ; je les adjure , une seconde fois, au nom de l'humanité.
Le blâme que nous jetons de tout notre cœur sur les
médications incendiaires, dégoûtantes, irrationnelles de Tallopathie , ne retombe point sur les médecins qui les croient bonnes. La bonne foi les excuse; nous savons d'ailleurs, combien les premiers enseignements de la jeunesse ont d'influence sur le reste de la vie ; il nous en a coûté, certes, de les rejeter. Nous reconnaissolDs hautement tout ce qu'il y a d'honnêteté , de dévouement chez les médecins en général. Nulle profession ne fournit autant d'hommes consciencieux, convenables et éclairés. Et c'e^t précisément à cause de cela que l'homœopathie trouve un si difficile accès auprès d'eux. Leurs préjugés, acquis péniblement, doivent par cela même leur être plus chers.
Il faut mettre hors de cause, dit un écrivain moderne , une foule de praticiens que l'âge , d'importants travaux et une pratique absorbante , laissent peu désireux d'innovations, peu disposés à recommencer de pénibles études ; rendons hommage à ceux d'entre eux qui , sans rien préjuger , invitent la jeunesse à vérifier la doctrine nouvelle ; plaignons ceux qui ne savent pas unir cette dernière couronne à celles qu'ils ont si souvent méritées ; mais respectons en eux le sommeil (FHo^ mère, et ne les accusons pas. (Vhomœop. dans les faits. D*" comte de Bonneval. )
Toutefois, cette part faite, reste celle qu'il faut attribuer à la légèreté, à l'indiflérence ; cette part est faible , disons-le hautement aussi : les médecins repoussent l'homœopathie parce qu'ils redoutent ce qu'ils croient trop nouveau, parce qu'ils ignorent ce dont il est question. Adressons-leur cependant ces paroles
d'Habnemann : « Lorsqu'il s'agit d'ua art sauveur de la vie , négliger d'apprendre est un crime » ; quant à nos adversaires déclarés, ils doivent savoir, qu'il y a lèsehumanité à ne pas adopter l'homœopathie si elle est vraie , et à ne pas en démasquer la fausseté si ses prétentions sont erronées.
Du reste, ceux qui trouveraient encore de quoi s'offenser de notre zèle , voudront bien considérer que ^ nous devons placer le bien général avant le bien des particuliers , la conscience avant l'intérêt , l'humanité avant les médecins , la vraie science avant les lambeaux immondes d'une thérapeutique sans principe. Qu'on ne vienne pas , après cela , nous atM^user de descendre trop bas, quand nous nous abaissons quelquefois à relever des injures dirigées contre nous du sein des académies, ou quand nous stigmatisons une pratique contraire à la vraie médecine. Nous ne connaissons qu'une dignité , la dignité de la conscienœ. On ne descend jamais , quand 00 s'abaisse pour élever à soi ; et , qu^nt à la forme que l'on donne à sa pensée , elle n'est jamais sans dignité, quand elle est celle que demande l'époque où l'on vit ^ et la majorité des lecteurs auxquels on s'adresse.
« Si le médeein a peu de plaisirs comme le monde les entend, il a ceux de là science. La science passionne le bon médecin. II se soutient par ce sentiment, autant que par la certitude de son utilité sociale. » (Balzac.)
C'est un romancier célèbre qui parle ainsi, et nous le citons de préférence aux moralistes sévères et aux livres «acres, pour montrer que l'on se fait généralement une idée assez juste des devoirs du médecin. Peut-être, à certains égards , les profanes les connaissent-ils mieux , ou plutôt, en conservent-ils plus clairement la notion que les médecins eux-mêmes , qui se laissent trop souveat aller au penchant de la routine , et contractent insensiblement des habitudes qui doivent nécessairement porter atteinte à leur considération.
La science elle-même perd son prestige aux yeux de populations habituées à voir un médecin babillard , peu
discret, facile à se produire dans les lieux publics
Mais on a beaucoup écrit sur les devoirs du médecin , nous ne voulons eu parler qu'à propos de notre sujet.
Le plaisir du médecin doit être C élude et ^exercice de son art. Aussi la médedne était-elle' considérée autrefois comme un sacerdoce, et le médecin honoré comme un bienfaiteur de* Thumanité , dont la vie se passait à essuyer des larmes. Aujourd'hui l'opinion n'est pas changée , mais on voit trop le côté humain dans l'homme appelé au sublime ministère de la médecine ; d'où vient, qu'une certaine classe de gens va jusqu'à préférer, chez lui , l'ostentation au savoir, l'audace à la vertu. Mais ceux-là ne sont pas du nombre des malades pressés par la souffrance : gens oisifs , ils ne voient dans le médecin qu'une espèce de commensal ; ils le recherchent pour sa belle humeur, l'appellent comme une distraction, le consultent comme une encyclopédie.
Quel malheur, que celui qui devrait se passionner pour la science , se passionne si souvent pour des intérêts personnels, sociaux ou domestiques ! Quel malheur que , n'étant pas soutenu par le sentiment et la ceriiludà de son utilité sociale , il ternisse l'éclat de sa profession !
Pour beaucoup de médecins routiniers, en effj^t, y a-t-il autre chose que l^s dehors de cette dignité médicale , seule capable et digne de lui mériter le respect des masses ! Combien qui n^ont plus la conscience dç la noblesse des motifs qui doivent les faire agir ! Pourquoi cela ? C'est qu'ils n'ont plus de certitudes ; ils marchent au milieu des ruines de mille systèmes qui se sont entredétruits , en ne leur laissant que les vagues notions d^ leur raison individuelle ; ils- n'ont plus de thérapeutique.; et si , après une Idngue suite de travaux , l'école leur a légué l'histoire des maladies; si leur expérience
leur permet de les reconnaître , ils n*en ont pas moins perdu la science des médicaments : ils les ont laissé tomber un à un dans rablme de Toublî.
Qu'importe que, dans de trop rares boutades, ces médecins nous objectçnt qu'ils emploient encore quelques médicaments, si le peu de bien qu'il leur est donné de faire avec leur aide , est , hélas ! amplement effacé par les maux incalculables qu'ils amènent en les employant à doses exagérées. Qu'importe qu'ils nous disent qu'ils font de l'homœopathie , si , par là , ils entendent la nullité de leur prescription et leur talent de cacher une méthode expectante sous des potions plus ou moins colorées ! -
Chose triste à dire , en vérité , beaucoup reviennent, ainsi , par l'expectation, à la méthode initiale d'Hippocrate : la méditation de la mort, suivant l'expression d'un grand écrivain. Ils laissent volontiers aux hôpitaux les njédicaments proprement dits , c'est-à-dire , les substances^aetives^qu.e Dieu nous a données pour guérir. Mais , du reste , la plupart , à grand renfort de catapla^mes, de vésicatoires , de sangsues , de saignées, de lavements, etc., préfèrent frapper sur les organes, affectant très-indirectement et très-aveuglément la vie , cette force qui anime ces organes et les modifie , cette force vers laquelle les médicaments devraient être dirigés pour guérir sûrement çt doucement.
Qu'on nous permette de rapporter ici la comparaison, malheureusement un peu triviale, dont se servait un homme du monde, guéri par l'homœof^thie . Je compare , disait-il , le malade à une voiture attelée
d'un cheval récalcitrant : la voiture représente les organes, le corps; le cheval représente la vie, la force vitale. Les médecins routiniers, avec leurs vésicatoires , leurs sangsues, leur opium à hautes doses, etc., ressemblent au cocher qui frapperait sur la voiture pour faire avancer le cheval. Les médecins homœopathes, en modifiant la force vitale par des médicaments convenablement préparés et bien choisis, font comme le cocher qui frappe sur le cheval pour faire avancer la voiture. C'est naturel, c'est logique; et voilà pourquoi leur méthode est plus féconde en bons résultats.
A propos de comparaisons , nous dirons ici que la plupart de celles que l'ont fait sont fautives , parce que l'on n'y tient pas compte de la force qui anime le corps ; et qu'elles partent donc aussi de cette supposition , qu'un médicament, donné à fortes doses, a la puissance de remédier à tel accident,. de provoquer telle crise, de faire ceci, cela; sans songer qu'un médicament, à ces doses , perturbe l'économie , quHl ne fait rien et ne peut rien faire que par la force vitale.
Tout le monde sait que pour chasser une balle du fusil, il faut une bonne dose de poudre; que pour traîner un convoi de wagons , il faut une locomotive de la force de 100 , de 200. chevaux , etc.; mais une fois cette balle en mouvement , une fois ce convoi lancé avec rapidité sur ses rails , chacun sait aussi que le moindre obstacle les fait dévier, qu'un riqp change leur direction. Ainsi du corps humain : s'il vit, un rien peut lé rendre malade , un rien peut le guérir ; un souffle lui donne la fièvre , un arôme le soulage ; un atome virulent
lui donne la syphilis, un at6aie médicamenteux Ten guérit. Mais en comparant l'action des médicaments à celle de la poudre enflammée dans le canon d'un fusil , à la locomotive d'un convoi, etc., il iaut supposer le corps animé. Cette poudre , cette locomotive sont ce qui donne l'impulsion , le mouvement à la balle, au convoi, comme la force vitale donne le mouvement et la vie au corps humain qui sans elle serait aussi inerte que la balle et le convoi. Il n'est question que de raisonner logiquement et de rendre les comparaisons acceptables.
Jetez un. regard sur le ba^ge thérapeutique de beaucoup de médecins : appelés pour une bronchite aiguë , une gastrite , une colite , une fièvre ; leur prescription porte invariablement : lavements, tisane émolliente, sirop. Est-ce pour une constipation opiniâtre, la diarrhée, une dyssenterie? lavements, tisane émolliente, sirop. Pour une névralgie, une névrose, etc.? lavements, tisane émolliente, sirop. Si le cas presse, attendez-vous à une saignée , peut-être à des sangsues, tout au moins à un vésicatoire.
Quelle médecine que celle-là ! meurtrière ou inutile pour le malade, parce qu'elle est empirique et sans règle; commode et facile pour le médecin , parce qu'elle n'exige ni application , ni étude ; médecine de gardemalade , qui peut à la rigueur se passer de diagnostic , et dont on essaie vainement de pallier les inconséquences par des bravades ou des causeries.
Oh ! qu'on ne nous acoise pas ici d'exagération » en^ core moins de mauvais vouloir. Grand Dieu ! ne voyezvous pas , vous qui seriez tenté de croire que nous allons
au-delà de la vérité , ne voyez- vous pas ce qui se fait tous les jours? De grâce , ne nous obligez pas à des détails* Nous craignons toujours d'en'dire trop ; mais enfin, faut^il bien que 4a lumière se fasse ; depuis soixante ans Técole honuBopatbique cherche à éclairer les médecins. On nous avait dit : « Ces questions doivent être traitées entre nous » ; nous Tavons fait , et cette fausse délicatesse n'a abouti qu'à Tindifférence ; maintenant , on nous dit que la clarté nuit à la considération de la médecine; hélas ! on a vu ce qui lui nuisait. Eh ! n'avonsnous pas recueilli quelque part ce cri désolant sorti de la bouche du médecin allopathe le plus consciencieux que nous connaissions? « Pauvre médecine officielle ! » ( Pebreyne. — Essais. . . )
Et puis , qui pourrait nous accuser justement d'exagération ? Voici Sydenham, qui n'était pas homœopathe, et qui pourtant est on ne peut plus explicite : habemxis confitentem remn. L'Hippoerate anglais s'exprime sans détour : qaœ medUca appellantur , reverà confabulandi garriendiqiie potiùs est ars quàm medendi. Ceci , pour les personnes peu versées dans la langue latine , veut dire tout simplement : « Ce qu'on qualifie d'art médical e^ bien plutôt Tart de faire la conversation et de babiller que l'art de guérir.» On conçoit, du reste, que les médednSf fatigués de voir les maîtres s'attaquer les uns les au^s , dégoûtés des divisions de systèmes et des incertitudes de leur thérapeutique, s'en tirent ainsi le plus agréablement qu'ils peuvent , en mêlant les fleurs de la rhétorique à leur noéthode" expectantc , ou à leurs prescriplîoifis toujours peu séduisantes pour le patient.
Nous venons de signaler rapidem<ent tes fruits multiples et désastreux de l'éclectisme en médecine : la division , Tincertitude , le scepticisme , la^ dépravation de Fart de guérir, sa destruction, sa déconsidération* Le public qui les goûte depuis un certain temps , commence à s'en lasser. Bien dej médecins s'en aperçoivent; et, soit pour faire quelques concessions à leur conscience , soit pour retenir leurs clients découragés ou épouvantés, ils se prennent à dire : «Et moi aussi, Je fais de l'homoeopathie. » Ils entendent « l'expedation h : Texpeetation est le ratio uUima de leifr sagesse»
D'autres vous disent avec un beau dédain : ic Oui , cette homceopathi^ a fait quelque Inruit au temps de mes études médicales, je m'en sois même occupé pendant deux ans. Eh bien ! c'est une sottise. Le progrès ne viendra pas de ce cdté. y» Et lorsque ces médecins ontamusé leurs malades pendant plusieurs années avec des lavements et des potions gomme^uses ou opiacées , ils ne trouvent pas tolérable que ces malades se tournent vers une méthode qui se mêle de soulager et de guérir beaucoup mieux que les méthodes officielles.
L'homœopathie , qui exige toute la science que l'on acquiert dans les écoles officielles, demande, en outre, la connaissance des effets purs des médicaments, science nouvelle dont les allopathes éclaifés n'osent plus nier l'indispeasabie nécessité; eHe demande eneora tout ce que le progrès , basé sur la ms^nifique et féconde loi des semblables, nous apporte d'utiles connaissances. Les médecins qui redoutent l'étude , prétendent que les bom^eopathes ne savent rien ! A les entendre , l'étude
déiruirait' la science; et la pratique brute et stupide des empiriques serait plus recommandable que la pratique éclairée , mais studieuse et difficile , des homœopathes ; comme si les homœopathes ignoraient quelque chose de ce qu'ils ont appris sur les mêmes bancs , observé dans les mêmes hôpitaux, lu dans les mêmes livres ; comme s'il ne leur était pas loisible d'employer les médicaments aux mêmes doses qu'eux, ou de se borner, à leur exemple , aux bains , aux lavements et aux tisanes !
C'est en vain que certains médecins se tournent vers l'éclectisme pour justifier leur indifférence ou leur critique ignorante et passionnée , pour faire accepter leur jactance, leur pratique à courre, leur science à vol d'oiseau. Il est juste de leur montrer ce que c'est que réelectisme, ce colosse aux pieds d'argile , dont l'ombre, sortie du gouffre de l'incrédulité * et projetée sur le monde , a refroidi les intelligences , glacé les cœurs , et frappé de stérilité le germe des nobles pensées et des grandes actions. Il est bon de connaître la valeur de ces mots que l'on entend prononcer çà et là entre praticiens de cette école de Babel : « Mon système, à moi, c'est de n'en n'avoir aucun. Je choisis; je suis éclectique , et, du reste , je ne crois que ce que je comprends. »
Malheureux ! comprenez-vous comment le soleil poursuit sa course dans l'espace? Et en jouissez-vous moins de sa bienfaisante influence? Vous comprenez-vous vousmême? Savez-vous ce que c'est que la matière, l'esprit, l'infini, le néant? ou comment la nourriture se transforme en votre propre substance? Poiirriez-vous expliquer pourquoi un mot nous. ranime , nous désole, nous
abat , ou nous réjouit ? Niez ces phénomènes naturels de tous les jours, qui nous pressent , qui nous entourent, qui sont en nous , car vous ne les comprenez pas ! Et c*est jusque-là que vous conduit logiquement votre éclectisme. Niez cette nature qui se joue de vos explicar tions ; faites le vide ici-bas, et contemplez la solitude de votre raison survivant à cet anéantissemeni des choses.
Cél éclectisme que professent des médecins, est-il celui de Damiron? On vous dira qu'il ne va pas quêter simplement un brin de philosophie à chaque système , mais qu'a les passe tous en revue pour les vérifier et les contrôler. C'est juste : le véritable éclectisme est 4e plus haut degré de l'égoîsme , l'apogée de l'orgueil ; il vérifie et contrôle tous les systèmes, toutes les opinions, en les comparant à ce que le moi individuel sait et conçoit; de sorte qu'il n'est pas pire que celui de Jouffi*oy, de Cousin et d'autres doctrinaires , pour qui « Taulorité de la raison est infaillible. »
Avez-vous jamais réfléchi aux causes de l'éclectisme? Jetons vite la sonde dans les profondeurs de ces abimes ténébreux.
Il est de mode aujourd'hui de se montrer froid, de ne se point passionner, du moins en apparence ; beaucoup de gens aiment à faire dire d'eux : « C^est un homme froid » , car, par une étonnante aberration , on s*imagin^ que c'est un éloge, et qu'il équivaut à celui-ci : « C'est un observateur. » Or , cette froideur afiectée est un éclectisme de parade.
Eh médecine j. on croit l'excoser par le dégoût qu'ont enfin inspiré les théories qui , depuis deux mille ans ,
se soDt suceédé sans profit pour les malades. On prétend donc prendre un peu de Tune, un peu de Tautre , pour se bâtir un système. Généralement on demande des faits , on les préfère aux doctrines , et l'on pousse TexclusiTisme jusqu'à condamner celles-ci en masse, pour n'invoquer que la voix de ceux-là. Mais cette voix dit ce que l'on veut , et que ne dit-elle pas , suivant les temps , les systèmes , les chefs d'école ? car il y a beaucoup de chefs d'école. Et voyez-les à l'œuvre ! Comme ils accumulent les observations , comme ils entassent les faits! Quel bruit, quel encombrement, quelle Babel ! Ils font de vains efforts pour les classer sans loi , ils les coupent de désespoir sur la pierre mortuaire de la statistique médicale. Ainsi , ils se passent de doctrine , mais ils tuent la science.
Ecoutons Broussais ; Broussais combattit l'éclectisme : « Les éclectiques , dit-il avec sa verve ironique , sont toujours des hommes d'un mérite, supérieur; ils ne se trompent jamais dans le choix qu'ils font dans les différentes sectes , et il suffit de s'inscrire dans la leur pour être infaillible désormais. Voilà, j'espère, une belle dose de présomption. Y pensez -vous, messieurs de l'éclectisme ?. . . Pourriez-vous mieux vous y prendre , si vous vouliez nous prouver que la médecine n'est qu'un amas de traditions vraies et apocryphes, de préceptes bons et mauvais, de pratiques utiles et nuisibles, et que , par conséquent , elle n'est pas digne d'être placée au rang des sciences ?
« Il me parait évident que dire que l'on est éclectique, c'est dire qu'il n'y a pas de bonne doctrine , que tous
les niaitres ont déliré sur un grand nombre de points, et qu*on est le seul , |)arn)i tous les médecins passés et présents , qui ne se (rompe jamais. »
On affiche tant de caime et de froideur, en face de toute idée, de toute doctrine, qu'on ne semble plus comprendre qu'un homme puisse travailler par amour pour la science et pour ses semblables , qu'il puisse ae vouer à la défense d'une doctrine, à la propagation d'une vérité ; on dit d'un homceopatlie qu'il est théoricien , et tout est dit. Guérirait-il chaque jour dix fois plus de malades que les routiniers, c'est un théoricien. Le plus rustique enfant d'Esculape, le plus nonchalant nour* risson des trois facultés de l'empire , prend la licence de le critiquei* , tantôt de ce qu'il étudie , de ce qu'il écrit , de ce qu'il conserve toutes ses observations et s'enrichit de notes cliniques , tantôt de ce qu'il exerce , de ce qu'il a du zèle. Chacun ferme les yeux sur les grands mobiles de sa conduite ; et sa pratique , qui n'est féconde que par la doctrine dont elle reçoit la vie , sa pratique si consciencieuse et si éclairée , devient le point de mire de leurs bons mots, et lui vaut les épigrammes, les réticences , les attaques des médecins de salons.
Cependant, contre leur intention, sans doute, ils servent tous les plus chei^s intérêts du médecin qu'ils attaquent,, ne serait*ce qu'en détournant de lui les malades oisifs ou imaginaires qp gaspilleraient s<m temps ^sans aucun avantage pour la science. Les malades réellement souffrants , les malades sérieux savent mieux à qui s'adresser , connaissant mieux désormais , par la voie des contraires , celui que les traits ennemis désignent à leur attention.
En tout état de choses , rhomœopathe sage et laborieux demeure toujours maître de sa position : FortU armatus cusiodit atrium 9uum.
Non-seulement les médecins éclectiques sont froids quand ils entendent parler de doctrine , mais ils sont souvent dédaigneux envers celui qui se passionne pour la science. Tout cela, pourtant, n'est que calcul ou ignorance. Expliquons-nous.
Tout homme a sa passion ; chacun se passionne pour quelque chose : celui-ci pour sa famille , celui-là pour ses intérêts matériels , un autre pour la politique , pour Phonneur, pour le plaisir. Le calme extérieur et le froid apparent de la plupart des hommes de notre époque seraient édifiants, s'ils étaient durables, s'ils étaient constants. Cette égalité de caractère dénoterait la souveraineté de leur raison exerçant tranquillement son empire sur des facultés asservies par la sagesse ; et nos temps modernes auraient leurs sages! Mais, hélas! touchez à l'objet de leur passion, blessez cet amour-^ propre , faites vibrer la corde du plaisir , de l'ambition , de l'intérêt , aussitôt le calme fait place à la tempête et la froideur à l'incandescence de la colère ; ces homme» s'animent , éclatent , se transforment : Super fadem 9uam delebiiur sigilium virluHs.
Remarquons que c'est depuis le règne du matérialisme que nous est venu la mode d'être froid devant le dévouement, devant les doctrines, comme devant la religion, alors même que les plus violentes passions bouillonnent dans le cœur. C'est aussi sous le règne du matérialisme que les écleetîques en médecine se targuent
d'impassibilité en face des progrès de Fart de guérir. - Pourquoi? Est-ce que, passionnés pour toute autre chose , ils ne se passionnent plus pour la science?
Et vous, peuple crédule et léger, vous riez au lieu de gémir sur cet affreux désordre ! Sous le souffle impur du matérialisme, la raison humaine s'est élevée des autels, les sens se sont divinisés. L'homme a fait l'apothéose de l'industrie et du plaisir. Peu soucieux de l'avenir , il s'est abattu sur le présent comme sur une riche proie. Dès lors, les régions de la pensée sont devenues un pays de chimères , le néant de la matière , fragile roseau ! a été fait la cheville ouvrière du monde ; le plaisir et l'argent ont paru seuls positifs ; et l'esprit pour n'être pas nié a dû se mettre à la solde des sens.
De là , deux chancres dévorants dans notre société moderne : l'éclectisme pour l'esprit, le sensualisme pour le corps.
Né dans la fange , l'éclectisme , Dieu le confonde , est la négatign de toute doctrine , de toute philosophie, au profit du sensualisme. Certes ! tout égoisme est condamnable , mais la malédiction est pour celui qui prétend tirer l'essence de tout ce qui se dit avec lé seul secours de sa raison individuelle. Fœ soli ! Dans ce travail de l'homme, se servant de guide à lui-même, qui ne verrait le dernier excès de l'orgueil humain ! L'homme ne veut que lui , ne voit que lui : il se fait son principe et sa fin; et, se contemplant avec un fol amour, il engendre le scepticisme, qui tue la science et la foi.
Eh ! quels maîtres reoonnaissez-voQs , discisples in-
souciants de ce verbe de mort ? Des sophistes émérites , des épicuriens , des dupes de toutes les illusions. Et vous courez , à leur suite , par les chemins arides du doute à la dissolution de la société , au suicide intellectuel*
Quoi ! vous avez sitôt oublié qu'en tout il faut une croyance et des principes ; qu'en médecine , comme en toute science naturelle , il faut une théorie , une doctrine et des faits qui se groupent autour d'elle et en reçoivent toute leur valeur l Quel médecin a jamais pu traiter un malade sans se conduire d'après une idée véritablement préconçue? Quel stupide docteur à jamais donné un médicament pour donner un médicament , et non pas parce qu'il devait donner tel médicament en particulier? Ou est celui qui peut dire : Je traité mes malades, je prescris une médication, sans que mon esprit établisse les rapports de cette médication avec la maladie ? A la vérité , dans les anciennes doctrines , dans les systèmes des écoles officielles, «ces rapports sont faux , ou établis à tout hasard , parce qu'ils ne dérivent pas d'une loi ; mais enfin le médecin ne les en établit pas moins. Seulement , pour se mettre à l'abri du reproche d'inconséquence , il se retranche derrière le rempart de l'éclectisme. Pauvre rempart ! et peut-être plus pauvres encore les systèmes qui cherchent en dehors de. la vérité une loi sur laquelle ils puissent s'appuyer. Eh ! voyez donc ! cliaque professeur de nos facultés a le sien , chacun aspire à se faire chef de secte, à tracer son sillon, si tortu qu'il soit,. dans le ehamp infécond d'un rationaKsme usé.
Pour nous , l'inflexible logique doit nous éclairer de son éclatant flambeau. Avec son aide , nous reconnaissons :
1® Qu'une doctrine poiir être vraie et acceptable , ne doit contredire aucune vérité. .Et qu'en particulier, pour la médecine, une doctrine doit embrasser tout l'homme physique et mcH^al.
2^ Que toute doctrine est fondée sur une loi, est déduite des faits , qu'elle est applicable à tous les cas , en pratique , et qu'elle embrasse le passé et le présent , et porte l'avenir.
3^ Que toute loi scientifique doit être une vérité*
U^ Que toute vérité doit avoir un caractère de permanence et d'universalité.
5® Que la pratique médicale doit découler d'idées qui elle&-mémes découlent de cette loi.
Le médecin qui comprend ces principes substantiels , s'il recherche avec soin la loi de la thérapeutique , n'en trouvera pas de plus permanente , de plus universelle , de plus pratique , de plus féconde , que la loi des semblables. Eh ! plût à Dieu qu'il en trouvât une plus permanente , plus Universelle ; volontiers nous l'accepterions. En attendant, la loi des semblables lui suffit; et celui-là se passionnera pour la science , pour le bonheur des hommes; il unira fructueusement la théorie à la pratique. II laissera les préjugés et les passions s'agiter autour de lui ^ et il jouira du bon témoignage de sa conscience. L'éclectisme ne viendra point solliciter ses suffrages ; il sortira des poignantes incertitudes des systèmes. Elevé sur un nouvel Olympe , au-dessus de la
zone des vents et des orages, les caractères qu'il tracera dans le sol de la science ne s'effaceront jamais; ses travau'x profiteront à ses descendants , son expérience se transmettra de siècle en siècle ; car sous l'empire de la loi des semblables , toutes nos connaissances thérapeutiques se rangent , s'harmonisent , se perpétuent.
Chei*s frères égarés , médecins de toute langue et de toute école , que ne puis-je être entendu de vous tous ! Que'ne puis-je vous faire voir aussi clairement que je te vois moi-même comment tout s'enchaîne ici-bas, et combien est chétif l'homme qui s'isole , combien est plus chétif encore celui qui se passionne pour le mal. Oh ! vraiment , nous le 'sommes tous aussi par notre éloignement de Dieu , dans les obscurités du temps , et nous voudrions tout comprendre ! et nous voudrions être notre règle à nous-mêmes ! Ne voyez-vous pas qu'en tout et partout il y a un élément de foi , un élément indémontrable , et jusque dans les axiomes , dans les maximes évidentes d'où partent les sciences ! « Non que les axiomes, dit le R. P. Lacordaire, ne soient de la dernière évidence, mais cette évidence n'empêche pas que je cherche quelque chose au-delà d'eux-mêmes : l'axiome substantiel au lieu de l'axiome logique , la lu^ ' mière éternelle au lieu de la lumière communiquée , la vérité par soi au lieu de la vérité descendue à un esprit qui peut la perdre par un accident. » ( Conf, 12, t. 1. ) L'homœopathie rend l'éclectisme impossible, parce qu'elle est fondée sur une vérité permanente et universelle , et que , dès lors , l'homme trouve un guide pour ses recherches les plus éloignées. Nous avons essayé de
— soie démontrer ailleurs. La doctrine de rhomœopathie découle des faits , elle est basée sur la loi des semblables , et cette vérité est universelle, car elle a son type dans le monde surnaturel et se retrouve dans tous les ordres de la nature ; elle est permanente , parce qu'elle tient à l'essence des choses; aussi fonde-t-elle iine médecine positive qui revendique \e passé, possède le présent, et s'étend dans l'avenir qu'elle prépare. Pratiquement, cette doctrine nous offre un beau caractère de vérité, caractère qui a toujours manqué aux systèmes scolastiques : elle unit tous ceux qui la connaissent , non-seulement dans les mèûicis principes , mais encore dans leurs conséquences ; par elle , des médecins inconnus les uns aux autres , d'après la notion simple d'une maladie donnée , s'accordent d'un bout du monde à l'autre sur le traitement à suivre et sur les médicaments à employer.
Nous ne reviendrons pas ici sur les idées que nous avons émises dans d'autres publications sur l'homceopathie , mais nous ajouterons quelques citations à celles que nous avons faites ailleurs , afin de présenter quelques pensées à la méditation des hommes droits et sérieux , et de montrer à quelles incertitudes , à quels dangers l'homoBopathie arrache la médecine en l'arra-* chant à la versatilité des systèmes. Si l'on nous demandait pourquoi nous nous appuyons si fréquemment et si volontiers du témoignage d'autrui, nous répondrions, que nous aimons bien nous fier à nos anciens , que nous nous appuyons en effet très-volontiers sur l'opinion d'hommes connus et estimés ; nous ajouterions qu'il est
— sodés choses que nous préférons laisser dire par d'aiUres que par nous , par des voix non suspectes et plus imposantes que la nôtre. En multipliant nos témoignages^ nous avons un double but : éclairer complètement ceux qui ne connaissent des faits que la surface et puis nous justifier du reproche qu'un médecin haut placé nous faisait après avoir lu notre Clinique : c< De saisir les moments de mauvaise humeur des écrivains allopatheâ, pour leur extorquer des aveux. » Nous tenons tout naturellement à les produire, afin de prouver que « les moments de mauvaise humeur » sont plus communs et plus durables qu'on ne Ta pensé ; on peut s'en convaincre dans les ouvrages qui ont précédé cet écrit , et nous pouvons , le cas échéant , en fournir d'autres. Gela dit, continuons.
Le professeur Zlatarowich , de Vienne , raconte luimême , en ces termes , sa conversion à l'homœopathie : ce Je traitais du mercure et de ses effets physiologiques , lorsque , tout-à-coup , je m'aperçois que je fais la description de la maladie vénérienne. Cette idée me ' frappe et m'interdit au point que je suis forcé de plier mes noies et de terminer brusquement ma leçon , à la grande stupéfaction de mon auditoire. Rentré chez moi, je fais renvoyer tout visiteur, et, dans un état dé vive agitation , je me mets à réfléchir à la découverte importante que je venais de faire. Je ne connaissais l'homœo- ^)âthie que d'une manière très -imparfaite, et j'avais contre elle les préventions communément partagées par ses adversaires. Cependant , son principe des semblables me vint naturellement à l'esprit, et je cherchai avide-
ment dans cette doctrine l'explication et la vérification générale de la particularité qui m'avait si vivement frappé dans les effets du mercure. Je vérifiai pour toutes les substances médicamenteuses la réalité de cette merveilleuse loi des semblables , loi thérapeutique générale et fondement de l'art de guérir. J'ai adopté depuis lots, sans restriction, la méthode homoeopatbique. »
Ainsi parlait ce professeur distingué , et il ajoutait , qu'en possession maintenant dé cette loi des semblables, il jouissait de toute la certitude àésirable dans la science. Je fais le même aveu. Je le dis, avec un profond sentiment de commisération pour tes malades et de charité pour les adversaires de notre doctrine , ma conscience n'a été tranquille qu'à partir du jour ou j'ai adopté l'homceopathie.
Voici ce qu'écrivait, en 1842, sur le même sujet, l'honorable docteur Gardey, chirurgien-major en retraite :
« Après une pratique médicale difficile et luborieuse , qui a duré plus de trente-trois ans dans la marine militaire , sur les vaisseaux , dans les hôpitaux , et ,*en dernier lieu , comme chirurgien-major à Saint-Pierre (Martinique), j'étais rentré dans la vie civile avec une mt»d«stc retraite; je désiraisenfin me reposer d'une carrière remplie d'amères déceptions , et passée dans rexercice d'une profession qui , pour m'avcnr permis de rendre de nombreux services, ne m'avait pas moins montré trop ' souvent tout le vague et Tincertitude des systèmes allopalhiques. Rentré dans mes foyers , quoique heureux du repos dont j'y jouissais , je ne pus rester étranger aux
progrès de la science , et , malgré moi , je me sentis entraîné à l'étude de rhomœopathie. »
C'est ainsi que le docteur Gardey commençait sa profession de foi , après plusieurs essais heureux et des . études sérieuses faites dans un âge avancé. Puissent ces lignes tomber sous les yeux de ce médecin qui , témoin de quelques guérisons extraordinaires , nous avouait être fort ébranlé! « Mais ^ajoutait-il, comment voulez-^ous que je me mette à l'étude à présent que je commence à me faire vieux? » Que n'<mt-ils le courage de prendre un peu de peine , ces médecins trop amis du repos ! Ils ne tarderaient pas , au lieu de nous critiquer , à dire cooime ce modèle des hommes de bira , le docteur Dupré-Deloire , à Valence :
a L'homœopathie m'offrait enfin cette certitude qui manque à nos anciennes méthodes, elle me tirait du vague dangereux dans lequel je n'osais agir , et m'offrait des moyens aussi doux qu'efficaces , pour soulager les maux de mes semblables. » Bibliothèque homœop. de Gethève. 1835. ) (1).
(1) M. le docteur Dupré-Deloire exerçait rhomœopathie avec ce talent et cette conscience que tous ses concitoyens lui reconnaissent et admirent en lui , quand des collègues jaloux jugèrent à propos de le dénigrer. L'un d'eux se répandit contre lui en injures grossières , et aussi révoltantes qu'elles pourraient l'être dans la bouche d'un vieillard décrépit s'adressant à un jeune hooime. Le Courrier de la Drome , journal de Valence , ouvrit ses colonnes à ces attaques , ainsi qu'aux réponses pleines de dignité et de calme du docteur Dupré. Mais, enfin, le journaliste, interprête de l'opinion publique,. ne put s'empêcher de dire , à son tour, dans son numéro du 12 décembre 1835 :
M. le docteur Yespier, de Ntmes, écrivait, de son cAté , vers la même époque :
« Mes anxiétés ne m*eÙ3sent probablement pas permii^ de poursuivre ma carrière, lorsqu'il y a un peu plus de deux ans , les sollicitations d'un ami me décidèrent à m'occuper d'homœopatbie ; je ne connaissais cette doctrine que par les choses ridicules que j'en avais lues ou entendu dire. Je l'étudiai d'abord aVec défiance , et elle a maintenant toutes mes sympathies* Je connais bien des
confrères allopathes qui professent une grande incrédulité pour leurs moyens thérapeutiques, et pourtant ne daignent pas s'occuper d'une doctrine qui les attirerait infailliblement à elle , s'ils l'étudiaient sérieusement. J'en connais plusieurs aussi qui, fatigués, comme je l'étais , par l'inquiet sentiment d'un devoir incomplètement rempli , paient leur conscience de l'excuse spécieuse qu'ils font comme le plu» grand nombre , et tour-
« C'est avec peine que nous voyons une discussion toute scientifique dégénérer en personnalités grossières ; nous devona dire que la chose nous semble jugée par là. D'un côté , nous voyons un homme jeune, plein d'avenir, qui soutient un progrès de Fart avec un courage généreux , une conviction entière H consciencieuse ; de l'autre , un homme animé d'une forte conviction aussi , mais gâtant sa cause , qui peut être bonne , par le ton de sa défense qu'elle ne saurait avouer. Autant de modération et de me'sure chez l'un, que d'emportement et de violence chez l'autre. Ici des raisons et des faits , là des injures sans provocation. En attendant d'autres épreuves nous sympathisons pour le bon droit. »
Honneur aux journaux indépendants ! Mais combien peu qui osent ou peuvent l'être I
He»t dans un cercle qu'ils sentent être vicieux , ^ans «vouloir essayer d^une doctrine qu'on leur dit être «idlleure ^ et cela ^ parce quMls subissent ce tri|de joug : l'habitude, la paresse et le respect humain. »
Encore un témoignage. Dans lé 1*^*^ numéro de son excellent journal , la ^et;iie homœopathiqûe du Midi , publiée à Marseille , notre honorable ami , le docteur Chargé , ^e^imait eâ ces termes :
« Nous noua sommes ouvertement dédaré , il y a plus xle dix ans , disciple de la nouvelle écçte , et plus que jamuts nous avons la eertitude que nous avons fait notre devoir. L'esprit et le cœur sont également satisfaits : l'un , parce qu'il a vu se combler des lacunes que la science ofi^cielle se montrait impuissante à remplir; l'autre, parce qu'il a la satisfaction de servir la vérité. La vie nous était douce et facile. Elève des mêmes écoles , disciple des mêmes maîtres , façonné à la knèmc pratique, nous pouvions, à l'exemple du plus grand nombre , fournir commodément une carrière honorable ; rien ne nous manquait des élém^ts ordinaires du succès; déjà même nous avions vu se réaliser la plus haute part de nos espérances , et le présent était assez beau pqur IHOUS faire attendre sans impatience un avenir qui , pour être fécond, n'aurait pas exigé de nouvelles sueurs. Mais , Dieu me#ci , le soin de notre repos ne dtevait pas présider à notre destinée , notre vue s'étendait atl-delà de nos besoins matériels , et si l'amour dont nous nous sentions animé pour nos semblables avait décidé du ch#ix de notre profession , devenu médecin , le salut des malades était notre plus vif désir, notre premier besoin. »
N'ajotitowpas à ces faciles citations (1)/Qu'e&{)enieit( cemi qui ont dit de nous : et II voyage dans^ le pays deâ chimères; '— il est à plaindre avec ses illusions , -^ U abonde dans sa manière de voir » ? Et dans quelle nia^* nière de voir voulez-vous que nous abondions ? Voudriezvous que notre abnégation allât jusqu'à dire amen à tons les systèmes, à toutes les manières de voir?
Nous ferait-on un crime de nos convictions? Mais , ces convictions , nous les avons puisées dans les faits et dans l'observation. Nous n'avons jamais été dii nombre de ces médecins dont la native indolence attend chaque matin ou chaque mois, par la poste, des opinions toutes faites. Nous n'avons jamais laissé à d'autres le soin de penser pour nous , ni confié à pei^sonne la mission de voir et d'agir à notre place. Ce procédé n'a pas plu à tout le monde^ mais il nous a valu des convictions aux-^ quelles nous attachons quelque prix ; elles-nous obligent à nous associer au vénérable docteur ^étroz, prononçant^ dans une cîreoiMtanee solennelle , ces paroles si pleines de vérité :
« Que tout médecin instruit, quelle que soit la ban-^ nière sous laquelle il se range , interroge sa conscience, et qu'il dise si la cause de tant d'anomalies diverses dans l'organisme vivant ne lui est pas restée inconnue ; qu'il dise si sa conduite auprès des malades est autre chose qu'un empirisme fondé le plus souvent ^r la simple analogie ; qu'il dise si , à défaut de règles positives , chaque pays n'a pas ses habitudes et chaque mé-
(1) Voyez VHomœopathie dans les faits, par le D' comte de Bonneval. Bordeaux, 1853.
(iech ses règles particulières ; qu'il dise ettlBn si , sur une maladie donnée , il a trouvé de l'accord dans les moyens proposés par plusieurs, et si chacun neprécotûse pas les siens comme préférables. »
Cette division qui a fait avouet* à nos adversaires euxmêmes , tant][elle est évidente , qu'il n'y avait parmi eux ni principe , ni unité , ni , par conséquent , une école , est une des choses qui offrent le contraste le plus frappant à l'esprit de tous ceux qui étudient l'homœopathie. L'unité de notre doctrine sollicite tout d'abord leur adhésion. Avec l'homœopathie, il n'y a plus une médecine de Bouillaud , de Ghomel , de Rasori ; il n'y a plus une médecine française , allemande , anglaise , italienne^ mais une seule médecine, une science médicale vraie et universelle , comme il y a une physiquç , une chimie, une astronomie pour tous les savants du globe.
Au milieu de l'indiiSérence qui gagne tous les jours eh matière de médecine , qui eût jamais songé à ambitionner un pareH résultat ! Elle existe pourtant, désormais , cette médecine exacte et universelle ; et la génération actuelle est instinctivement poussée vers cette doctrine qui fait sa place ausoleil, depuis près d'un siècle.
Ghers confrères , collègues vénérés , lequel d'entre vous ne se passionnerait pas un peu pour cette belle, doctrine , pour cette vérité radieuse qui se lève sur nous I Vous le voyez , il y va de votre dignité , de votre avenir, du salut des peuples confiés à vos soins; il importe de céder à de nobles impulsions , de suivre la voie du progrès. Tout autour de nous les hommes se préoccupent, se laissent guider par des convictions , se passionnent pour les objets que renferme leur sphère d'activité.
Ils ont souci de suivre les progrès de la pt^ysique , ceux de l'industrie. A nous d'embrasser le progrès d'un art bien autrement nécessaire ! Notre zèle pourra être dénaturé , par. des adversaires inconséquents , sous le nom d'enthwsiaisme , de système , de théorie ; qu'importe !. si nous atteignons notre but : soulager et guérir.
Il serait étrange que la vérité n'eût pas le privilège d'inspirer ces fortes convictions qui font braver les obstacles et atteindre ce but si désiré, lorsqu'il n^est pas de si mauvais systèmes , même des passions , qui les fassent naître chez quelques hommes.
Bacon , que tant de médecins ont choisi pour mattre en philosophie, avait des convictions, lui, quand il soumettait tout aux sens ; qu'il réduisait tout au cadre de la matière , qu'il fondait sa physique expérimentale ; il avait des convictions quand il recherchait les cames essenlieUes pour arriver à la transmutation des êtres ; qu'a publiait la. Forêt des Forêtê- dC expériences ( Sylva Sylvarum ).
Bon chancelier anglais ! Avant lui , tous^ les homme» ne furent que des imbéciles , de n'avoir pas' recherché l'intéressant secret de changer la boue en coulis de gelinottes , ni les pur galions au goût suave de la pêche et de V ananas , ni la fontaine de jouvence , ni les remèdes antistrophiques.
Mesmer avait aussi ses convictions , et bien grandes encore. On lui démandait, un jour, quels bains étaient les plus salutaires. Autrefois, répondit-il, il était asseï indifférent de prendre un bain en chambre ou en plein air ; mais depuis que foi magnétisé le soi^il^ il est bea»^
coup plus avantageux de se baigner dans une eau qu*il a éclairée. Or, en faisant cette réponse, Mesmer parlait avec cette couYietion qu'il a montrée en toutes choses. El il a eu des disciples qui la partageaient Témoin ce fameux docteur, dont parle Rau, qui s'avisa un jour de magnétiser le bâtiment de l'université d'Heidelberg, afin de donner un plus grand essor aux études qui s'y font. Go sont là des croyeurs impitoyable. Et conuné on pourrait penser que je ne parle pas sérieusement , voici d'autres exemples.
Que pensezrvous qu'eût répondu le célèbre Lalande , si on lui eût demandé quel homme était la lumière de son siècle ?. . . Deux heures avant de mourir, il se tourna vers sa nièce éplorée et lui dit : « Encore quelques ins-r tants , eC une grande lumière se sera éteinte la Cet . homme était*il convaincu de sa propre excellence ?
Pour M. Bouillaud, il, n'est rien au-dessus de la saignée. Et cependant sur quelle loi est fondé son sys-» tème, je le demande? Cela ne l'a pas empêché de dire : « La clinique est enfin heureusement entrée dans cette ère d'exactitude qu'elle attendait depuis longtemps. »t ( Clin. Introd. ) Que de convictions dans ce peu de mots!
Après cela , trouver mauvais qu'un homœopathe ail des convictions, est-ce assez despotique?
Promulguée à la fin du siècle dernier , la grande réforme médicale, soutenue par les convictions de sea adhérents , a grandi au milieu de toute espèce d'en-e traves : la compression l'a dilatée , l'injure l'a pnK pagée , l'huçiiliation l'a élevée , et chaque mementOi
funèbre de ses enneinis foil esthner davantage ses bienfaits. En 1823 , il y avait dmx homœopathes en France , il .y en a aujourd'hui cenl cinquanle , rien qu'à Paris. En i838 , il y en avait aussi deux aux Etal»*Unis} en 1890 , quatre ; six en 1830 , huit en 1831 , onze en 1832 , vingt-un en 1333 , trenle^trois m 1834 , cinquante-sept en 1835 , plusieurs centaines en 1S&5 ;. et aujourd'hui , on tt» les y compte plus ; plus de h moitié des médecins sont homoeopathes. Ils pénètrent partout et dans tous les pays, même dans l'enseignement , en Allemagne , par exemple-, où le D' Wurmb vient d'être nommé professeur à l'université de Vienne. On érige des dispensaires et des hôpitaux homœopathiques. La médecine officielle le voit et s'en irrite ; à qui la faute ? Mais devrait-elle s'en irriter encore davantage , nous voulons citer ici un article de la Gazette homœopathique du D'^ Roth :
<c Tandis que chez nous l'homœopadiie , à peine tolérée , demande en vain aux corps savants le débat contradictoire et l'épreuve clinique à une administration routinière , en Angleterre , grâce au régime fécondant delà liberté, après avoir ouvert, au grand jour, des hôpitaux, elle va se constituer en enseignement officiel. Le dernier anniversaire de la naissance d'Hahnemann (10 avril 1850) vient d'être signalé par l'ouverture de deux hôpitaux , l'un à Londres , l'autre à Manchester. Il est, en outre , question de fonder un hôpital auquel se rattacherait un institut homœopathique (m les élèves recueilleraient , comme dans nos facultés de médecine, et avec plus de profit , sans aucun doute , ^instruction
théorique et Je» préceptes dé ta seieate appUqaée. » (i) En France , le pouvoir el la faculté se sont parfois oceiqïés d'hoii)(Bq>atfaie, mais l'un avec timidité , l'autre avec une complète ignorance de la question. Un^jourV peut-être, quelqu'un fera Thistolre de tous ces faits. Cependant , comme on nous a quelquefois parlé d'èxpérietices homœopalhiques faites sans résultat, nous devons tfre un mot de ces expériences, {fous choisirons celles dont on a fait le plus de bruit ; les expérienceis de . M. Andral , à Paris , et celles de Naples. Nous devônâ en dire un mot au moins en faveur des médecins qui , ne sachant jurer que sur la parole des maîtres, ont prétendu que les individus ne devaient rien chercher et aussi rien voir au-delà des limites tracées par l'enseignement officiel.
M. le professeur Ândral annonça, un jour, à ses élèves, qu'il allait mettre l'homœopathie à l'essai. Il le fit en novembre 1834; et voici, d'après le Bulletin général de thérapeutique , comment il s'y prit : il détacha de la pathogénésie de chaque médicament expérimenté un ou deux symptômes, pour les adapter à une maladie quelconque , sans vue d'ensemble , sans égard
(Ij L'aristocratie anglaise, dans un banquet proposé dans le but de cette création , fit une première souscription de 66,600 fr. Lord Robert Grosvenor et le comte d'Essex s'en déclarèrent les patrons. Dès le 19 avril , M. Sandez était chargé d'écrire l'histoire de sa fondation. Enseignement et elinique , tout peut être vu-à l'œuvre aujourd'hui. Le docteur Epps y professe la matière médicale, le docteur Dudgeon les^j)rincipes théoriques et pratiques , le docteur Henriques la clinique chirurgicale , le docteur Curie, et maintenant son successeur, la clinique médicale. Plusieurs hôpitaux sont consacrés à l'homœopathie.
aux causes et aux relalloDS des symplômes les plus importants. On en jugera par ees citations :
« Agonit. 8\ •— * 1^ Gastrite; symptôme prédominarUf fièvre Iiitense. Effets : deux pulsations de moins dans les Yingt^atre heures ; le lendemain , une variole se déclara. » . ,
a 2? Fièvre intermittente quotidienne; aj/mp(difte prédominant , impulsion du cœur. Effet nul* »
« BEtLÂDONB 8®. — 1*^ Hémiplégie; symptâme prédominant., trouble de la vue. Effet nul. »
« 2^ Bronchite ; symptôme prédominant , toux opiniâtre. Effet nul. »
Toute !a série d'expériences est de cette précision-là* Ainsi donc, une gastrite , c'est-à-dire, un des noms de maladie les plus vagues , et une fièvre intense , appellation non moins vague, telles sont les indications qui ont stt£Gi à un prolEesseur sérieux et savant pour employer Vaconit. Et notez quelle gastrite ! une variole se déclare le lendemain. — Autres indications de Vaconit, une fièvre intermittente quotidienne, avec impulsion du cœur! Le silence est ici la meilleure critique. A quoi bon continuer, pour entendre qu'une hémiplégie avec trouble de la vue a été traitée par la belladone , qu'une bronchite avec toux opiniâtre demande le même médicament, etc.?
Nous ne ferons pas l'injure à nos lecteurs d'insister sur ces expériences inqualifiables. On comprend qu'il faut un certain - courage pour nous les opposer, quand il s'agit d'une doctrine basée sur la loi des semblables. Nous ne chercherons pas davantage à pénétrer les des-« seins de H. Andral se livrant à de pareils essais.
Cep^nd^Dt W. Àndral a dit : « Saos préjuger ia que»* lion soulevée ( par rhomoeopatliie ) , sur h propriété des agents curatifs de déterminer, dans Torganisme, les maladies qu'en allopathie on $e propose de combattre par eux , nous croyons que c'est là une vue qu^appuient quelques faits incontestables, et qui, à cause des^consét (pences immenses qui peuvent en résulta , mérite au moins l'attention des observateurs. »
Voici pour les expériences de Naples.
Le général Koller avait fait don à l'aeadémie Bour-bonnienne de Naples des ouvrages d'Hahnemann. L'académie , ignorant ce dont il était question dans ces livres, en fit faire un extrait, publié sous le nom du chevalier de Schoenberg« Bientôt après, le docteur Gosmo de Horatiis, président de l'académie médico-chifur^cale et médecin du roi , se déclara ouvertement pour notre méthode , et en exposa les motifs dans un mémoire qu'il publia. Le docteur Mauro , célèbre praticien , le suivit dans cette voie ; puis le doctieur Belluomini et plusieurs autres embrassèrent l'homœopathie. Le roi de Naples autorisa des expériences dans un hôpital. L'acadànie suscita mille difficultés aux homœopathes chargés de la clinique* Les visites furent forcément interrompues par les menées de la jalousie , et , afin que des résultats déjà si tronqués ne pussent être invoqués en faveur de Phomœopathie , les commissaires allopathes chargés d'assister aux visites et de signer les procès-verbaux s'ab^ sentèrent pour la plupart. Deux des plus assidus se rangèrent du côté de la vérité et s'oeeupèrent aussitét de l'étude et de la pratique de la doctrine d'Habnenumn.
Enfio, pendant que nos adveirsaires répandaient les bruits les plus faux sur ces expériences, le nombre des homœopathes croissait, etib poursuivaient silencieusement leur tâche ; ce qui n'a pas empêché M. Esquirol d'écrire les notes survaioites, atec Taplomb le plus académique :
«Ji y a quelques années, M. de Horatiis avait obtenu du gouvernement napolitain la permission de faire des essais homœopathiques dans l'hôpital de Naples. Us durèrent quarante-cinq jours, et ne présentèrent aucun résultat favorable. Depuis , l'homœopathie a cessé de compter des partisans dans cette ville. De Horatiis même a cessé de s'en occuper. Le docteur Pauverini a écrit sur ces expérimentations un livre curieux, v (Sœl. desrapp. de Cacad.)
Voilà comment a'écrit l'histoire : on désire que l'homœopathie meure; un homme faux, passionné, le docteur Pauverini, dit qu'elle est morte à Naples, après un e^ai public, et on le croit, parce qu'on a besoin de le croire ; et pendant qu'on débite ces mensonges acceptés par les simples comme des vérités, l'homœopathip poursuit sa marche envahissante.
Le docteur Melicher, envoyé par le roi de Prusse à Rome , après avoir étudié ce qui s'était passé à Naples , écrivait, en novembre 1841 :
« Au lieu de laisser les homœopathes suivre tranquillement leurs 4raitements, les commissaires allopathes les accablèrent des questions les plus niaises , et porrtèrent le trouble partout. Non contents d'inquiéter les homœopathes de toute manière, ils ne surent qu'in^
venter pour tourmenter aussi les malades , qui finirent par se croire ei^rmés 4ans une caverne de démons. . . . Cinquante jours s'étaient écoulés, lorsque le bruit se répandit dans la ville qae tous les malades dç la clinique homœopathique étaient morts les uns après les autres. Ce bruit arriva jusqu'à la cour. Le prince Ferdinand, accompagné de deux généraux , s'y transporta sur-lechamp. L'étonnement fut grand en le voyant paraître. Il demanda au commandant de l'hôpital , le chevalier Melendoz, et au directeur, de Horatiis, la liste des moris. Pas un sent malade n'avait succombé. Le prince se prit à rire.... »
Mais il s'est fait des expériences dont on a moins parlé , et pour cause ; elles sont toutes récentes. L'envie et la haine n'ont pu mordre sur elles. Nous allons leur consacrer quelques lignes.
Avant d'être transféré & l'hôpital Beaujon, M. le docteur Tessier av^iit une salle à l'hôpital Sainte-Marguerite. Dans cette annexe de l'Hôtel-Dieu , MM. Valleix et Marotte avaient 99 lits, M. Tessier en avait 100. Les premiers pratiquaient l'allopathie , M. Tessier pratiquait l'hçmœopathie. Ici, les- deux doctrines étaient en présence.
Pendant les années 1849 , 1850 et 1851 , les observations de pratique homœopathique se firent publiquement ; plus de trente médecins les ont constatées ; elles furent dirigées avec toute la loyauté et l'indépendance possibles. Les adversaires de la méthode comptaient sur l?in|uccès de l'expérience pour ^er l'homœopathie ; ses partisans espéraient que ses résultats lui obtiendraient
une place dans l'enseignement o^ciei ; les indifférents attendaient que la vérité sortirait d'une expérience sérieuse.
Quand on vit réussir les traitements homœopathiqaes, €kT tout fut au mieux , une hostilité formidable éclata et s'adressa à l'autorité, pour faire cesser les essais. L'autorité s'émut de cette dénonciation. Le ministre et l'administration de^hôpitauxfirent une enquête etconstatèr^nique la mortalité était moins grande dam le service de M. Tessier que dans les autres^ et l'engagèrent a poursuivre LE COURS DE SES ÉTUDES COHME UTILES A l'hUMANITÉ.
Le succès dura et dure encore; et l'autorité lui a dotané pour théâtre l'hôpital Béaujon.
Les premiers cris contre Uhemœopathie , furent poussés à cette occasion par le D'' Valleix , l'adversaire de M. Tessier, cehii ^e l'école de Paris, au nom duf nufnérisme, déchaîna maladroitement. À ce propos, on lira sans doute avec plaisir cette courte citation du docteur comte de Bonneval. Nous l'abrégeons.
A là vue deÉ résultats officiels des traitements homœopathiques , il y eut de l'émoi parmi les médecins* M. VaHeix, écr^ par les faifs livrés au public par l'administration des hôpitaux , voulut répondre , ce qu'il fit dans un journal de médecine. Le journal qui avait inséré l'attaque refusa d'insérer la réponse. Ce refus décida M. Tessier à imprimer un livre qui ne sera pas r^té, et amena M. Timbard, un des internes rapporteurs, à publier une piquante et incisive brochure, où M. Valleix est réfuté avec une souveraine justice. p
L'administration des hApitaux livra au pabliç les statistiques officielles de rh6pital Sainte-Marguerite, où la comparaison est facile et d^ne signi6cation irréfragable.
MM. Yalleix et Marotte eurent pendant les trois années 1849, 50 et 51, dans leur service, 3,724 entrants et 4ii décès ;
Soit, allopalhiêf 113 morts pour, 1,000.
M. Tessier, durant les mêmes années, eut dans son service , 4,663 entrants et 399 décès ;
Soit, homœopalhie i 85 morts pour 1,000.
Ces résultats ne veulent aucun commentaire. Le fait parle brutalement ; et rallopathie ne s'en console ^u'en gardant le silence et -em espérant que le public n'en sera pas instruit.
Puisque nous sommes en frais de statistique, qui nous empêche d'en donner quelques-unes et des fAus authentiques?
A Marseille, l'établissement de Notre-Danle-du-Refdge; onze ans d'existefice ; M. le docteur Chargé, médecin. Avant lui , l'allopathie comptait une mortalité de 6 pour 100. — La mortalité y est de 2 pour 100 pour Thomœopathie.
Dans la pneumonie, M. Louis trouve 1 mort sur 3 ^/s ; Guyard, i- sur 2. M. Ohomel, 1 sur 4 ^â « etc. ; tous calculs faits dans lés hôpitaux.
M. Tessier, par l'homœopathie , trouve 1 mort sur 14 pneumoniques. A l'hôpital homcèopathique de Yienne, 1 mort sur 25 ; à celui de Letpsik , 1 sur 15 , etc. Mais omettons les détails.
En ré&umé :
Pneumaniques traités smu saignées , par la méthode de JBrawn et de Jlasori :
290 malades 9 U6 morts. — 15 pour 100.
Pneumoniques traités par les évacuations sanguines :
28,218 malades , 8,468 morts. — 80 pour if)Q.
Pneumoniqties traités par Fhomœopat/iic :
679 malades , 87 morts. *-- 5 pour 100.
Dans le choléra , l'hôpital Sainte-Marguerite a dontié , pour l'allopathie, une mortalité de 58 pour 100. Pour l'homcBopathie , 68 pour 100. Omettons encore les détails.
En Europe , sur 901>41â cholà*iques ,
L'allopathie en a perdu 462^81 1 — 51 ^/i p. 100.
L'homœopathie , sur 16,486 cholériques , en a perdu 1,446. — 8 Vî pour 100.
Si l'homœopathie a obtenu de si brillants résultats dans ces maladies , on peut juger des autres. La fièvre ' typhoïde elle-même né donne que 1 à 4 mortâ pour cent malades. (Rapou. Fldchmann.)
On comprend que de tels chiffres venant -heurter à la porte de l'académie impériale de médecine y ai^t suscité quelque embarras , en obligeait la. digne et noble assemblée de s'occuper un peu d'homeeopathie. Nous ne voulons pas nous donner le ridicule de faire ressortir ses torts paternels, en résumât les pièces d'un dossier déjà . considérable ; ces pièces Die seront pas perdues pour nos neveux. Nous nous bomerons^ ^ citer sur ce sujet quelques lignes dil D** Grbserio. Dans une brochure intitulée : De la Médecine ho-
mœopathique; ses avantages... (Paris. 183/i). Cet auteur prit occasion de Tinqualifiable lettre de Facadémie de médecine au ministre , à propos de certaines prétentions fort justes des homœopathes , pour montrer l'ignorance complète de la docte assemblée à l'endroit de nos docrines , qu'elle n'hésitait pas, néanmoins , à condamner 9 et, qu'elle déclarait mortes depuis longtemps. Le D^ Groserio traduit la lettre de l'académie , à peu près en ces termes :
Monsieur le Minisire , nom savons combien la médecine homœopaihique fait des prosélytes en yàllemagne , en Bussie, en Italie^ en Angleterre.... Nous voyons qu^elle se répand en France au point de menacer notre docte assemblée , et qufi tou^s les jours des m4Uades , traités en vain par nous et par nos disciples , ont été guéris par elle; celte doctrine^ contraire à ce que nous ont enseigné nos anciens , est très^difficile et trèsabstraite ; et comme le seul moyen de la connaître et de nous convaincre de son mérite , serait de V étudier et de Pexpérimenter dans des Mpiiaux conventAks, nous vous prions , Monsieur le Ministre , de nous re^ fuser les moyens de nous éclairer; de la sorte ^ vous F empêcherez ée se répandre ,ou^ du moins , vous retar-derez sa propagation pendant la durée de notre vie , et nous pourrons alors jouir tranquillement de nos posi^ tions^ sans être obligés de ntms livrer à un travail pénible mi n^ est plus dans nos goûts.
Audax Japheti gênas; à vous donc, enfants du progrès ; à vous 9 qui sentez bouillonner dans vos veines le noble désir du bien, la généreuse émulation de la science;
à vo!is , race privilégiée , à laquelle est échue en partage rinitiatîve dés grandes choses, la gloire des sacrifices; à vous qui dédaignez de dormir dans la poussière de Sem, et de suivre Tignoble destinée de Cham ; à vous , audaciMù^ enfants de Japhet , de prendre en main les intérêts de la médecine exacte , universelle , les intérêts de l'homœopathie. Cette médecine, plus douce, plus souvent efficace, vous donnera de feîre mieux ; n'est-ce pas là votre ambition !
On vous dira que Thomœopathie est morte. Levez les yeux et voyez les salles des docteurs Tessier et Gabrol , aux hôpitaux Beaujon et du Val-de^Gràce ; voyez les vingt-cinq mille ouvriers traités dans les dispensaires homœopiatbiques de Paris ; voyez les journaux bahnemanniens de Paris, d^Àvignon , de Rouen, etc.
On vous dira que les homœopathes sont des charlatans. Certes , ils s'y seraient bien mal pris pour faire du charlatanisme. Il leur eut été si facile d'employer les doses toxiques de leurs adfversaires ! Qui les empêchersât de couvrir leurs malades de vésieatoires et de sangsues , de sacrifier aux préjugés de l'humorisme en prodiguant des purgatifs ! Font-ils donc un secret de leur jnéthôde ! Us emploient au contraire tout leur zèle à la projiagér; leur grand désir est de la voir goûtée par tous les médecins. Etudiez un peu l'homœopathie , connaisses^la , et bientôt vous serez convaincu de ce que disait Hahnemaim, dans un de ses discours aux* homœopathes de Ta société de Paris :
« L'homœopathie est un art bien difScile , hérissé de peines et de fatigues , qui exige, un dévouement sans
boraes au bien dé ses semblables , pour avtir le courage de Tentreprendre el celui de Texercer avec la conscience et la matarité qu'il £xige. )»
On vous dira encore que l'homoeopathie n'est qu'une
méthode èxpectante et l'art d'amuser les malades, qu'elle estimpuissante dans les maladies aiguës, inutile
dans les maladies chroniques , et bonne seulement dans les maladies nerveuses et chez les sujets nerveux. Ridicules et puériles objections que font principalement les Sganarelles de l'art de guérir.
Quant à l'expectation , comme une multitude de faits et les statistiques clini<)ues prouvent que l'homœopathie guérit plus de malades que toute autre méthode , il s'ensuivrait que si ses médicaments sont sans action, les médicaments employés par ses adversaires sont pour le moins inutiles, sont plus d'une fois meurtriers. Il s'ensuivrait également que si Thomœopathie amuse les malades en les guérissant, elle n'aoiuse guère les allopathes.
Quant à sa prétendue impuissance , cette multitude de cas de guérisons publiée par les homoèopathes , pour toutes les classes de maladies : choléra, pneumonie, fièvre typhoïde , etc., montre évidemment la supériorité^ de la méthode , et constitue des monuments impérissables de ,<^ette supériorité, si légèrement contestée pat nos aveugles détracteurs.
Que l'homœopathie soit inutile dans les maladies chroniques , c'est une assertion qui prouve l'ignorance de ceux qui la produisent; ils ne songent pas qu'ils parlent contre eux. Quand l'homœopathie n'aurait pas ,
en ces cas, plus d'utilité que Tallopathie, elle ne serait du RKÛns pas aussi cruelle. Mais , on le sait assez , la fuérison âe ces pjBfections est justement ce qui vaut à notre doctrine ses triomphes les j^lus incontestables.
D'autre part, il est clairement démontré par l'expé^ rience de tous les médecins de notre école , et nous nous sommes convaincu par plus de mille observations personnelles, que les sujets vigoureux ^ sanguins, les. habitants des campagnes les moins sujets aux maux de neris , les moins travaillés par .l'imagination , sont plus facilement guéris par les médicaments homœopathiques t ils ressentent leur action d'une manière plus régulière et plus profitable à l'harmonie fonctionnelle. Au contraire , les sujets nerveux , les personnes délicates , les femmes impressionnables sont parfois, il est vrai, plus sensibles à l'action de ces médicaments, parfois, aussi, plus réfractaires , mais n'en éprouvent presque jamais les effets d'une façon aussi régulière, aussi bienfaisante, aussi facilement curative. Il n'appartient qu'à des hommes prévenus, mal disposé^, de nier ce fait évident, en attribuant aux homœopathes leurs propres passions et leur propre ignorance.
Nous avons toujours professé le plus grand respect , la plus juste déférence pour les médecins de toute icole qui , unissant l'étude à la pratique , s'efforcent de surmonter par le travail les difficultés, disons aussi les impossibilités de la science scolastique; mais nous, tte nous sentons au cœur aucune sympathie pour ces médecins tièdes, indifférents à tout ce qui concerne leur art , pour ces malheureux qui ne sont ni allopathes , ni
homœopathes , pour ces piratieiens insouciants qui n'ont jamais le temps d*étudier , tout en trouvant le temps dd se mêler de tout; se croiraient-ils , au lit du malade , de la force de trois Hippocrates, nous leur prouverions Jtoujours facilement que leur pratique , si elle (sst indirecte, n^est qu^une illusion de plus.
Mais, terminons ce petit écrit ; il me semble que nous sommes tous d'accord. Hommes de conscience et de dévouement (lea médecins que tious avons eu le bonfaea^ de connaître le sont tous), ils veulent soulagc^r et guérir; peuvent-ils hésiter devant un.progrès?
> Soulager et guérir, telle est la mission |iu sacerdoce médical, telle est la tjiche du bon médecin. Dès qu'il peut atteindre ce but, il se sent amplement dédommagé de ses plus rudes épreuves, de ses plus pénibles labeurs.
Tous, nous sommes intéressés dans les questions médicales, parce que tous, nous somnies les sujets de la médecine. Mais tous ne peuvent pas également les étudier. Les personnes du monde , les pères de famille , peuvent et doivent s^en occuper , poUf apprendre à discerner la méthode eurative la plus rationnelle dans ses principes , la plus pratique dans ses applications , la plus utile dans ses résultats. Les médecins peuvent et doivent les discuter , pour apprécier cette méthode et la juger scien-^ tifiquement ; et c'est pour cela que nous nous adressons à tous.
Cependant, il ne suflSt pas à un médecin , pour juge» une doctrine , d'en connaître les rapports généraux avec l'homme , avec la société , avec les autres doctrines , il doit en étudier les principes , en connaître les agents , et soumettre ceux-ci au critérium de la clinique. Sous ce
et
rapport^ nos pelites publications ne leur seraient ^u- , cune utilité ; mais il ne manque pas d'ouvrages didac* tiques et pratiques dans la littérature de notre école ; ils n'ont qu'à s'en préoccuper.
Tandis que ces pages s'imprimaient , les Pharmaciens étaient lus et suscitaient des propos divers. Ce n'est pas "à des propos que nous avons à répondre : Ferba volant; mais nous répondrons à des critiques séi:iQUX. Nous répondrons h toute critique des principes, la seule sérieuse. Toutefois , nous appréhendons fort -que nulle critiqua sérieuse n'advietiDe ; -es 'ii|iici la raison.
Peur nous critiquer sérieusement ,. il faut nous étudier ; et un médecin sage , éclairé , qui étudie et expérimente l'homœopathie l'adopte. Combien cette doctrine ne compte-t-elle pas de partisans qui , d'abord , furent sçs ennemis, mai^ qui, eanemls consciencieux, voulurent la connaître pour la combattre^ et^ la connaissant» se jetèrent dans ses bras.
Il ne suffit pas de dire fu'on connaît l'homo^pàthie » il faut Fétudier ; san» cela , l'oreille percerait h chaque ligne de la critiqile.
Il ne suffit pas, non plus, d'avoir lu TOrganon; TOrganon , d'ailleurs , se médite ; 41 faut connaître les principaux écrivains homœopathes , les anciens et les modernes ; il faut étr& au courant de noire littérature. ^ Il ne suffit pas de Boq$ jeter une négatioi^, telle quelle pour condatnner notre posologie ; il faut^ expérimenter par soi-même nos doses , dans les maladies homœopathiques, au médicament;, car à des faits, on ne peut raisonnablement opposer que des faits. Il faut encore
eounaitre et discuter les raisons de cette, posologie « et' Ae pas oublier que les pharmacies allopathiques n'étant pas fermées pour nous, les motife qui nous en éloignent ne sauraient être puisés que dans la eonscitece.
Enfin , il ne suiBt pas de dire que nous faisons de la médecine expectante , que nous ne guérissons pas ; car nous avons nos &its , nos statistiques , nos hôpitaux , nos dispensaires , qu'iKfaut auparavant attaquer* Ce qui ne se fait pas sans avouer humblement que les médicaments allopathiques iltmt meurtriers^ à moins de le dissimuler avec humeur ou mauvaise foi; et puis, il faudrait prouver que nous ne guérissons que par le régime ceux qui ne peuvent pas le suivre, les pauvres et ceux qui vivent austèrement..
N'importe , le désir de nous critiquer est bon ; le ' médecin qui s'y laisse aller est mu par d'excellentes raisons , par de nobles motifs ; il n'en faut pas davantage pour qu'il ifl^ite nos sympathies et *pour qu'il soit amené à reconnaître la logique de notre doctrine, sa richesse et la puissance de sa loi ; pour qu'il comprenne aussi que la thérapeutique offidelle n'a pas de loi avouable , pas de vérité pour base.
Que le désir de la critique s'allie à une étude sériwse, il n'en faudra pas davantage pour apprendra que l'homœopathie ' ne consisCe point dans lès globules , point dans les doses infinitésimales ,^ mais dans une méthode qui embrasse toute l'échelle posologiqtfe ; qu'elle n'exclut pas' même absolument une médication indirecte, danS certains cas extraordinaires , où la science de la pathogénésie fait défaut au médecin , ou plutôt le médecin
ià la 4>athogéAésie ; car le médecin est plus souvent insuffisant à la guérison qfue ThonuBopathie.
C'est ainsi qu'un travail assidu aide à remplir ses devioirs ; et , qu'en Tabsence d'autres plaisirs , ce tra» vail donne ceux de la science; alors, on se passionne pour elle , on étend la sphère de ses succès , et on bénit ce qu'on voulait maudire.
Montéliiriar. Imprimerie Bonrron.
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NOIVELLES PCBLIGATIONS nOIŒOPATBlQlIE»