‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 54 sur 59 · Il n'est connu (luc par la touchante épitaphe que voici · texte numérisé non relu

Il n'est connu (luc par la touchante épitaphe que voici

« Hic Levita jacel Dionysius arlis honestœ Functus et officio quod medicina dédit.

Sœpe salutis opus pietatis munere juvit, Dum refovet tenues dextera larga viros,

Obtulil œgrofis venientibus omnia gratis, ... »

sius, qui visitait, soignait, entretenait les malades gratuitement ; la villa de santé qu'en 380, huit ans après le bienfaisant décret de Prietextatus, la riche Fabiola, de pieuse et douce mémoire, ouvrit près de Rome aux pauvres, abandonnés et souiîrants * ; les maisons de secours fondées en Grèce et en Asie par saint Basile et saint Jean Chrysostome ^ en donnent la preuve. Mais que sont, en somme, ces hôpitaux, sinon la copie, reproduite à trop peu d'exemplaires, des latreia imaginés par les Grecs, de ces officines hospitalières où, depuis des siècles, les misérables souffrant dans leurs corps trouvaient des hommes pour les panser, des médicaments pour leur donner l'espoir d'une guérison prochaine, et des lits pour endormir leurs peines? En médecine, comme en toute chose, ce qu'il y a de bon et de beau nous vient des Grecs.

Et qu'y a-t-il de plus beau que la médecine? « Tout ce que renferme la philosophie, a dit Hippocrate, se trouve dans la médecine; et le médecin doit avoir toutes les qualités qu'elle réclame : désintéressement, modération, modestie, pudeur, attachement au devoir, jugement sain, obligeance, pureté, sérénité, science, notions des choses utiles à la vie et des purifications nécessaires du corps et

1. C'est saint Jérôme qui nous révèle ce détail précieux : Prima Fabiola Noaoxoîxeîov insl'Uuit in quo segrotantes col-

Uf/eret de plaleis, et consumpta languoribus atque inedia miseronun membra foveret. >>

2. Saint Basile, Epît. 143 et 176; Palladius, Vie de saint Jean Chrysostome, chap. v.

de l'esprit, intégrité, piété profonde, sans superslilion. Il possède tout ce qui permet de vaincre l'inlempérance, la bassesse, Tavarico, la convoitise, l'impudence, tout ce qui nous sert à connaître el à accomplir nos devoirs. »

Cet idéal, quelques-uns des médecins grecs établis à Rome essayèrent de le réaliser. Mais que de siècles encore avant que ce programme merveilleux, tracé par le fondateur de la médecine, soit en effet exécuté! Cette perle rare, cette perfection vivante, cet être de cbair sans aucune des défaillances de la chair, ce savant, cet homme de bien, ce médecin selon V ordonnance en un mot, ce n'est pas ranti([uité qui nous le donne, c'est notre siècle, le grand siècle.

Et en elTet, aujourd'hui tout médecin digne de ce nom ne possède-t-il pas cette double supériorité, morale et intellectuelle? Et ne lui doit-il pas un cachet particulier, qui le fait reconnaître dès l'abord ? C'est un air sérieux sans pédanterie, simple sans vulgarité, une distinction toute morale, qui de l'ûme se répand au dehors; c'est une habitude de subordonner les détails, et, sans s'arrêter aux explications oiseuses, d'aller droit au but. (Étudiant, n'a-l-il pas a|)pris à traiter toute (piestion orale en cinq minutes?) C'est aussi ce beau calme, cet empire sur soi-même qu'il doit à la pratique des maladies nerveuses, et qui lui assure une si bienfaisante influence sur ses malades. Mais surtout, ce qui est bien à lui, ce qui le distingue entre mille, c'est son

regard, ce regard clair et pénélranl, (jui fouille l'Ame, renveloppc, semble toujours grouper des symptômes à linlention du diagnostic,... regard admirable d intelligence et de bonté.

Sans doute, tous ne sont pas aussi parfaits. Il y a lies médecins indignes, comme il y a de mauvais prêtres. Mais (pii osera nier que ce soit là une exception, quantité négligeable dans la masse? Chez la plupart, bien au contraire, le dévouement semble si naturel, (pi'on serait tenté d'y voir, non une habitude acquise au prix d'efforts voulus et constants, mais une grâce d'état reçue dès l'entrée dans la carrière. Quelle simplicité dans l'accomplissement des plus pénibles devoirs! Quels silencieux héroïsmes, (piels sacrifices obscurs recèlent nos salles d'hôpitaux! Que (le jeunes hommes, externes et internes, y ris(]iient leur vie à toute heure, et parfois la pei-dent, noblement, sans phrases, gaiement, comme si tous leurs elTorts, toutes leurs études, tous les espoirs de leurs plus belles années devaient aboutir à cette catastrophe! Et parmi ceux qui ont accepté les charges pesantes d'une nombreuse clientèle et s'y sont dévoués tout entiers, combien meurent dans la force de l'âge, épuisés par d'incessantes fatigues, n'ayant goûté d'autres joies que celles du devoir, débordés, envahis, assassinés qu'ils étaient par d'inipitoyables clients !

Et maintenant, je le demande, j'en appelle à ceux (jui ont été guéris ou soulagés, à ceux-là surtout qui ont vu guérir ou soulager des êtres chers :

quelle lâche plus élevée, plus louchante, plus humaine que celle du médecin? Il esl à la fois celui qui sait, celui qui veut, celui (jui agit. II soulage presque toujours, il guérit souvent, parfois il sauve. En lui, nous trouvons non seulement le bienfaiteur de nos corps, mais aussi un consolateur, un ami.

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