‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 53 sur 59 · I.KS MKDECINS. iMl · texte numérisé non relu

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leurs vertus. Par malheur, la Rome du iV^ siècle de notre ère ne ressemblait guère à la Grèce du iv" siècle avant Jésus-Christ.

Est-ce parce que les premiers archialres réunirent toutes les qualités réclamées par le décret, ou bien le législateur renonça-t-il à exiger des conditions trop difficilement réalisables? On ne sait; mais ce qui est sûr, c'est qu'un second décret, adressé deux ans plus lard, en 370, à Olybrius, successeur de Pra^extalus, et tout à l'ail romain celui-là, reste muet sur les devoirs professionnels des médecins populaires. En revanche, il revient, pour préciser, sur la seconde partie de la première ordonnance, et montre bien rinlérèt (jue prenait l Élal, l'importance qu'il attachait à la régularité du recrutement et au bon fonctionnement de ce nouveau service.

« Le médecin candidat à la succession d'un arcliintre défunt ne sera valablement élu que s'il a été reconnu l)ropre ix cette place par la décision de sept membres au moins faisant partie du collège des arcluatrcs populaires. Dans tous les cas. après sa nomination, il ne sera pas immédiatement admis au rang des premiers. Il prendra rang à la suite, de telle sorte que les autres avançant vers les places les plus élevées, il se trouvera le dernier. Que ta sincérité fasse distribuer k chacun d'eux les profits des annones suivant leurs nu-rites et leur dignité, et selon les dispositions en vigueur ^. »

1. Par conséquent sept voix sur treize, puisqu'ils étaient quatorze en temps ordinaire, et qu'il s'agissait de remplacer un membre décédé, démissionnaire ou destitué.

2. " 5/ quis in ardiiali i defuncli locum est promotionis meri-

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Il était peut-être injuste de supposer tout à l'heure (}ue les médecins ne respectèrent pas les prescriptions de Prœtextatus; mais il est certain que le *)fouYernement viola outrageusement le décret d'Olybrius, et les dispositions on vigueur. Sous le régne même de Valentinien, un médecin de l'Empereur, Jean, d'origine patricienne, ayant été nommé archia- Ire do la ville, refusa de prendre rang derrière ses nouveaux confrères, et prélendit occuper la place très élevée qu'avait son prédécesseur. Les archiatres, forts de la loi, repoussèrent sa réclamation et en référèrent à l'Empereur. Celui-ci donna raison à son médecin. Au texte invoqué il opposa cet autre loxle : « c'est une soric de sacrilège de mettre en doute la dignité de celui (juc le Prince a choisi ' »,

Ainsi, à la fin de l'Empire la médecine est, comme tout le reste, soumise à la tyrannie et à l'arbitraire. Pour les représentants d'un art dont l'indépendance fait en partie la noblesse, pour ces médecins si libres depuis six siècles, et qui, pendant si longtemps, avaient traité Rome en ville conquise, on voudrait croire qu'il était dur de plier sous la

açigreçiandus, non ante eoviim particeps fiât quam primis qui in ordine reperientiir septcm vel eo amplius jxidicnntibiis idoneus approbetur. Jta tamen ut quicinm/ue fuerit admissus, non ad priorum numerum sfafim veniat, sed eum ordinem conseqiiatur, qui, cetevis ad priera subvectis, ultimus poterit inveniri. Uisque annonarum compendia quœ eorum sunt meritis dignitatique pr.vslanda tua sincerilas jii.vta dispositionem prius tiabilam faciat ministrari. >■ [Code Thc'odosien, XIII, III. 9.)

1. « Sacrilegii instar est dubilare an is dignus sit quem elcgerit imperator. <> {Code Jti.ttinien, IX. XXIX, 1. 2.)

volonté du maître. Mais il est probable qu'ils s'y résignaient d'un cœur assez léger. Bien plus dure, et moins supportable du! leur paraître la nécessilé d'obéir aux ordres d'un des leurs, d'un confrère, placé à leur tète par le caprice de l'Empereur, et cliargé, avec le tilrc de l'rœsid Archialrorum, de les surveiller, de contrôler les soins f[u'ils apportaient aux malades et l'enseignement qu'ils donnaient à leurs élèves, de juger sans appel leurs ditïérends, môme les démêlés qui pouvaient surgir entre eux et leurs clients. On en vint là cependant, et voici la lettre d'institution de celte nouvelle judicature.

« Nous t'iionorons à partir de ce jour de la dignité de comte des Arcluatres, afin que tu sois seul éminent pai'nii les maîtres de la science, et que ta décision soit souverainement respectée de tous ceux qui auront (juelques différends. Sois l'arbitre de cet art supérieur, et règle les contestations de ceux ([ui n'ont eu jusqu'à ce jour que leur passion pour juge. Pour eux, qui sont aussi des malades, tu seras vérilahlenient un médecin, si lu apaises avec sagesse des querelles très regretta- Ides. C'est un grand lionneur pour toi que des hommes habiles le soient soumis, et que tu aies (h'oit à la vénération de ceux que tout le monde resj)ecle. Que ta pi-ésence apporte la santé aux malades, rende la vigueur aux faibles et lespérance aux opj)ressés. fréquente aussi notre palais à ton gré; toutes les portes t'en sont ouvertes. Tu y trouveras le libre accès qui ne s'obtient qu'à si grand prix *. »

1. « Quapropter a prœsenli temporc comitivœ nrchiatrorum te: honore decoramiis, ut inter salutis magistros soins hahearis eximius et omnes jiidicio tua cédant qui se amhilu mutvse con-

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La charge nouvelle créée par cet édit, qui ne fut peut-ôtre jamais appliqué, ne dale heureusement que du v« siècle. Or, à cette époque, les médecins grecs qui vivent à Rome, à Conslantinople ou ailleurs, sont de très petits personnages; et l'on ne songe guère à les plaindre d'avoir été soumis à cette nouvelle inquisition. On y songerait moins encore, s'ils avaient eu un Galien pour grand In(|uisiteur.

Car, en dépit de ses instincts autoritaires, Galien se fût évidemment montré très paternel, très indulgent tout au moins, pour des subordonnés dont la plupart étaient ses admirateurs, ses disciples, ses copistes. Ceux d'entre eux dont les noms se détachent encore dans le crépuscule de ces époques barbares, les Némésios, les Aétius, les vUexandre de Traites et les Paul d'Egine, reconnaissent franchement Galien pour leur maître. Compilateurs honnêtes, Némésios et Aétius d'Amida citent toujours les devanciers qu'ils imitent ou transcrivent, et c'est le nom de Galien qui revient le plus souvent dans leurs livres. Moins timide, quelquefois même personnel au point de discuter les opinions du médecin de Pergame, Alexandre de Tralles ne laisse pas

tentionis excruciant. Esto arbitev nrtis egregiœ eorumque distingue conflicius quos judicare soins solebal affeclus. In ipsis aeqros curas si contentiones noxias pradenter abscindis. Magnum munus est subdilos hahere prudentes et inter illos Iwnoratjilem fieri quos reverenlur céleri. Visitatio tua sospitas sit aegrotantium, refeclio debilium, spes cerla f essorum . . . . Indulge te quoque palalio tioslro; habeto fuluciani ingrediendi quœ magnis solet prêtas comparari. » {Cassiodore, VI, 19.)

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cependant d'ciro toujours , devant celte grande gloire, respectueusement ému. Plus indépendant et plus original. puis([u"il l'ut surtout un chirurgien et célèbre à ce titre dans toute l'Asie Mineure, Paul d'Égine n'en est pas moins, pour tout ce qui regarde la médecine, l'humble élève de Galien ; et son Iraité médkaU il If déclare lui-même, n'est que le résumé des doctrines de son glorieux prédécesseur.

L'influence persistante de Galien, respecté, admiré, imité, copié, tel est donc le premier caractère de la médecine grec(jue tout le long de cette dernière période ténébreuse qui s'arrête à l'année 640. Là, est bien l'extrême limite de cette histoire. Car c'est à cette date, du vivant même de Paul d'Égine, qu'Alexandrie l'ut prise par les Arabes. Or, la médecine grecque n'a-t-elle pas vécu quand sont pillées la ville savante et l'incomparable bibliothèque ofi, pendant tant de siècles, tous les hommes sérieux avaient appris, pour le répandre à travers le monde romain, l'art de connaître et de soigner les maladies des hommes?

On ne s'étonnera pas — et c'est un second caractère à signaler — qu'en ces temps troublés les médecins aient été le plus souvent très crédules et superstitueux . Galien lui-même ne l'étail-il pas devenu à la fin de sa vie? Il semble qu'on retombe dans la barbarie, quand on voit un Alexandre de Traites accueilhr complaisamment les confidences d'un artisan étrusque affirmant ({ue les émanations de la rue sont très favorables aux épileptiques, et

recommander lui-môme, pour guérir le mal sacré, les remèdes qu'emploient les paysans gaulois et espagnols. En Gaule, on mange des testicules de coq; en Espagne, on l'ail infuser dans du sang humain un crûne d'âne broyé, brûlé et assaisonné de pierres précieuses. On croil aussi retourner aux remèdes du vieux Galon, à la fameuse invocation Daries, Dardaries, quand on trouve chez Aétius la méthode que voici pour chasser les os et les corps étrangers, imprudemment avalés. « Placez-vous en face du malade, et recommandez-lui de vous regarder. Puis, prenez la parole, et dites : « Sors, os, si tu es un « os, ou un fétu de paille, ou quoi que tu sois, de « même que, sur Tordre de Jésus-Ghrist, Lazare est <( sorti du sépulcre, et Jonas de la baleine. >> — Après ces mots, vous louchez la gorge du patient, et vous dites : « Par Biaise, martyr et serviteur du Ghrist, je « t'adjure de monter ou de descendre. »

Le Ghristianisme a fait heureusement plus el mieux qu'oll'rir aux médecins exorcistes des comparaisons inattendues et peu flatteuses pour les malades, assimilés à un sépulcre et à une baleine. L'admirable dévouement d'un médecin chrétien très désintéressé, Irès modeste et très inconnu Diony-

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