DOULEUR
Si l’on veut consulter la religion, qui sait le véritable usage de nos passions, elle nous apprendra que la douleur est l’unique remède qui purifie notre âme, qui la guérit des vices qu’elle a contractés, et qui la préserve de ceux où elle peut tomber. Et, quoiqu’elle nous promette la souveraine félicité, elle nous montre en même temps que le chemin qui nous y doit conduire est tout semé d’épines et arrosé de larmes; qu’on n’y peut entrer qu’avec les peines et les souffrances; et que, après avoir surmonté toutes les difficultés qui s’y rencontrent, on trouve encore au bout la crainte et la terreur qui sont inévitables. De sorte que, selon ses maximes aussi bien que celles de la nature, il faut croire que sans la douleur les hommes seraient misérables , et que le plus grand mal qui leur pouvait arriver eût été de ne sentir point le mal.
De La Chamdre, Les Caractères des Passions.
La douleur est le premier sentiment qui nous fait apercevoir la vie ; elle se mêle à tous les moments de sa trop courte durée ; et l’on dirait que la nature avait besoin de l’opposer au plaisir, comme, dans l’air que nous respirons, elle a combiné, par un art heureux, le germe empoisonné de la mort avec l’aliment de la vie.
M.-A. Petit, Discours sur la Douleur.
On pourrait dire, avec quelque vérité, que le plaisir
est le premier degré de la douleur, comme la douleur est le dernier degré du plaisir.
Le même, ibid.
Le cœur humain est volage , même dans sa pitié ; on veut des douleurs qui finissent ; l’âme ne peut soutenir des émotions trop prolongées, et se lasse de voir toujours souffrir; les premiers soins que réclame un infortuné sont donnés par les sentiments; il est facile d’être humain
une fois, l’héroïsme est de l’être longtemps.
Le même, ibid.
La douleur permanente n’est point dans la nature, et son éternité ne peut être conçue que par un Dieu.
Le même, ibid.
La douleur est l’un des principaux stimulants de la vie; en arrachant l’âme au charme de sentir, elle la distrait des préoccupations sensuelles dans lesquelles elle s’est en quelque sorte matérialisée, la force à se replier sur ellemême, à se mieux connaître , et à chercher par delà le monde des sens, la plénitude de vie pour laquelle elle sent une intime aptitude.
Mas Simon, Déontologie médicale.
On a vu la douleur, opérant chez certains individus une salutaire diversion, les rappeler violemment à eux-mêmes, leur inspirer le dégoût des vains plaisirs du monde, leur montrer le véritable but de la vie, et les faire rompre avec la passion qui depuis longtemps les tenait enchaînés.
Descuuet, La Médecine des Passions.
La douleur est surtout prédominante chez les peuples
PENSÉES, MAXIMES ET RÉFLEXIONS, dont la sensibilité est développée outre mesure, et pour lesquels le besoin d’émotions est l’objet de tous les désirs.
Brierre de Boismont, Du Suicide.
La douleur est un riche terroir qui ne reste jamais inculte; il n’est besoin que d’un laboureur qui y promène la charrue et y sème le plaisir.
Serrurier, Mesdames les Femmes.
La douleur peut servir à perfectionner le cœur humain ; Dieu y a placé des éléments féconds de consolation et d’espérance.
P. Bellemont, Le Courrier des Familles.
Si une vive douleur physique obscurcit une autre douleur, de même aussi, dans une affection morale absorbante et suprême, tous les autres sentiments s’affaiblissent et s’effacent; une seule idée prédomine l’imagination, c’est l’épine morale.
Béveillé-Par(se, Eludes de l'Homme.
La douleur des âmes fortes est toujours pudique ; elle est si vraie cette douleur, qu’un regard curieux, une question indiscrète semblent en quelque sorte la profaner.
Le même, ibid.
Quand il s’agit de douleur morale , le plus inexorable des bourreaux est la mémoire.
Le même, ibid.
On dirait que la douleur morale se compose d’une suite d’oscillations dont la première touche au désespoir et la dernière au repos.
Je me défie des suites d’une douleur muette; je 11e redoute guère une affliction à fracas.
Souvenirs d'un ancien médecin.
La douleur n’est pas seulement l’assaisonnement du plaisir, elle en est la condition nécessaire : Dieu a voulu que la souffrance formât le caractère , que le plaisir aiguisât l’esprit.
Feuchtersleben, Hygiène de l’Ame.