VIII
Suite de l'hypothèse de la guérisoii spontanée. — Fausse interprétation de la chute du pouls par M. Valleix. — Les cas de guérison spontanée qu'il cite ne prouvent rien, — Restriction de ses expériences. — Comparaison de ces faits avec ceux de M. Tessier.
M. Valleix, qui, pour la confection de son tableau, a choisi ses 25 observations comme il a voulu, au milieu de 57 cas de guérison, ajoute que, dans 6 ou 7 cas seulement, la maladie semble avorter^ mais que ce petit nombre se trouve dans la plupart des séries de faits observés dans quelque endroit que ce soit, et principalement dans les hôpitaux éloignés du centre^ où l'on n admet pas les cas les plus graves.
Voilà encore une assertion gratuite et une erreur juxtaposées l'une à l'autre. Qu'est-ce donc pour le critique que les cas qui semblent avorter? Où et par quel traitement a-t-il vu
— Tôles pneumonies céder du jour au lendemain ? du jour au lendemain passer d'un état grave à un état voisin de la convalescence? Où a-t-il vu cette maladie avorter de celte manière? Ce n'est pas dans les pneumonies bénignes, témoins les expériences de M. Grisolle. Est-ce dans la forme commune ? Mais il devrait ne pas se contenter de le dire, et nous indiquer où se trouvent ces séries de faits, dans quelque endroit que ce soit. Est-ce dans la forme grave? C'est sans doute à celle-là qu'il fait allusion dans ces deux lignes : « Ah ! si l'on voyait sous l'influence de ce prétendu Iraitement ;celui de M. Tessier) des symptômes très-graves : oppression, fièvre intense, etc., etc., cesser presque complètement du jour au lendemain, comme on le voit dans certains cas sous l'influence de l'éniétique, on pourrait croire à l'efficacité de ces moyens thérapeutiques. » Où a-t-il vu du jour au lendemain s'étabfir ces états voisins de la convalescence? L'expérience journalière de tous les cliniciens dément sans réplique une telle exagération. Tout le monde sait combien de temps il faut insister sur l'emploi de l'émétique pour que cet état voisin de la convalescence s'établisse Quelquefois, il est vrai, on obtient par cet agent des améliorations rapides; mais c'est dans la méthode mixte, c'est-à-dire lorsque son administration a été précédée d'émissions sanguines plus ou moins abondantes, et qui ont imprimé une dépression générale au mouvement fébrile et à l'orgasme inflammatoire L'action de l'antimoine n'est donc puissante et énergique que lorsque l'indication première a été remplie par les saignées ; et il ne faut pas rapporter au premier seul le bénéfice des deux moyens combinés ensemble et avec méthode. C'est là qu'est le secret de cette méthode mixte ; et M. Valleix, dans son livre, a insisté avec raison sur sa supériorité à l'égard de toute autre exclusive et partielle. Pourquoi donc, encore ici, à propos de cette action de l'émétique contredire ou restreindre, comme critique, ce qu'il a formulé comme auteur?
De l'assertion sans preuves, passons à l'erreur accessoire sur laquelle il l'appuie, en disant, comme il répèle ailleurs à propos de la mortalité, que les hôpitaux éloignés du centre de
Paris reçoivent les cas les moins graves. M. Valleix serait fort embarrassé s'il lui fallait justifier cette affirmation que tout le monde sait être fausse. Les pneumonies du faubourg Saint- Germain sont plus graves que celles du faubourg Saint-Antoine, celles de la Pitié que celle de Beaujon ! ! 1 A qui donc espère-t-il faire croire une aussi arbitraire distinction*? C'est le premier des médecins des hôpitaux de Paris qui ait signalé cette différence à l'avantage des hôpitaux excentriques. Un fait certain, parfaitement étabh, c'est que, dans les relevés de M. Grisolle, la mortalité est la même pour l'Hôtel-Dieu annexe (hôpital Sainte-Marguerite) que pour l'Hôtel-Dieu lui-même. S'il avait tenu à ce que son assertion ne passât pas pour erronée, M. Valleix n'avait qu'à nous faire part de la mortalité de cette maladie dans son service et à la comparer aux résultats obtenus par M. Grisolle à l'Hôtel-Dieu : il aurait eu parla un terme de comparaison précis, où il eût pu se convaincre du peu d'exactitude de sa nouvelle assertion.
Nous voici parvenus à la plus spécieuse objection de M. Valleix, celle sur laquelle il paraît avoir fondé les plus belles espérances pour le succès de sa critique. Ces espérances ne vont être bientôt qu'une illusion de plus à ajouter aux précédentes. Selon notre habitude, nous allons lui laisser d'abord la parole : « M. Tessier s'appuie principalement, pour faire ressortir les heureux effets de l'homœopathie, sur la chute du pouls survenue chez un certain nombre de malades traités par la hryone à la 6^ ou ^ 0® dilution. Eh bien ! s'il avait exapiiné ce qui se passe chez les sujets soumis tout simplement aux soins hygiéniques, il aurait trouvé cette chute du pouls à 58, 40, 44 pulsations, qui l'a tant étonné dans son traitement ; et c'eût été pour lui, comme pour nous, un nouveau motif de croire que le prétendu traitement n'était pour rien dans le résultat obtenu.
« Pour prouver ce que nous avançons, nous devons rapporter quelques cas de pneumonie qu'on a laissés marcher sans traitement. Ils sont tellement semblables à ceux qu'a rapportés M. Tessier, qu'on peut dire qu'ils sont identiques; et nous croyons qu'après les avoir lus personne ne pourra
douter que les pneumonies guéries sous les yeux de M. Tessier n'aient été des pneumonies tout simplement livrées à elles-mêmes. » Suivent : une observation recueillie dans le service de M. Marotte, une autre recueillie dans celui de M. Valleix : toutes deux publiées in extenso; puis l'indication de quatre autres faits analogues, dans lesquels le pouls, au moment de la convalescence, serait également tombé trèsbas.
Dans celte objection, M. Valleix fait allusion à un passage des réflexions qui terminent le chapitre de la pneumonie dans le livre de son collègue, et dans lequel €e dernier, interrogeant les faits pour en faire ressortir la fausseté de l'hypothèse de l'expectation, dit que le pouls subit, d'après ses observations, une influence extraordinaire de la brijone. Ce passage est une des cinq propositions que l'auteur oppose à cette hypothèse. M. Valleix affirme que c'est principalement sur la chute du pouls que son collègue s'appuie pour faire ressortir les heureux effets de l'homœopathie. 11 commence donc, comme toujours, par dénaturer la pensée de M.Tessier, en lui prêtant une exagération de son invention à lui, criticiue. Secondement, M. Valleix dénature encore les faits relatifs à la chute du pouls, par une équivoque. Ces faits sont de deux ordres : le premier, relatif à la chute rapide du pouls peu après l'administration de la bry≠ le second, relatif à la rareté extrême du pouls, au moment de la résolution, chez certains malades qui, au début du traitement, présentaient de ^40 à ■120 pulsations. Il passe donc habilement sui- le premier ordre de faits, qui est le plus concluant, pour ne présenter aux lecteurs que le second , qui l'est moins. Gomme il dénature tout, il dénature jusqu'au chiffre des dilutions auxquelles la bryone a été employée. Où a-t-il trouvé la 1 0^ ?
M. Valleix n'a pas vu la chose capitale : c'est que l'argument que M. Tessier tirait de la chute et de la rareté du pouls empruntait toute sa force au concours de ces deux circonstances : chute, rapide et r-ireté extrême. S'il l'avait remarqué, il en aurait conclu, du même coup, que les observations qu'il cite ne sont ni identiques ni semblables à celles qu'il
critique, et que, sous ce rapport encore, il est tombé dans une méprise.
Tout le monde sait que l'un des arguments dont on se sert pour démontrer l'efficacité du tartre stibié à haute dose est précisément la chute rapide du pouls, d'une part, et, de l'autre, sa rareté extrême au moment de la résolution. M. Tessier a attribué à la bryone ce que personne n'hésite à attribuer au tartre stibié. En cela a-t il eu raison, oui ou non? Cette chute rapide et cette rarelé extrême s'offrent-elles, oui ou non, dans la série des cas qu'il a traités? Voilà la question que M. Yalleix a laissée de côté, et que nous allons établir, pour réfuter, du même coup, la prétendue identité de ses deux faits avec les observations de M. Tessier. Pour cela, nous allons reproduire le tableau général des cas de guérison que nous avons déjà dressé ; mais, cette fois, au point de vue de la décroissance du pouîs et de sa chute progressive, évaluées par des séries de 12 heures, à partir du début du traitement. C'est le seul moyen de faire apprécier cette chute progressive, et de répondre, une fois de plus, à l'argument du peu de gravité de toutes ces pneumonies. Une des choses les plus intéressantes dans ce tableau, c'est le peu d'influence du jour de la maladie où le traitement a été commencé sur cette décroissance progressive. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les colonnes successives où les pulsations sont marquées aux différences que présente la colonne des jours d'entrée.
DÉCROISSANCE DU NOMBRE DES PULSATIONS DANS LES PNEUMONIES TRAITÉES PAR LA MÉTHODE DE HAHNEMANN.