‹ Les médecins statisticiens devant la question homoeopathiqueChapitre 8 sur 12 · VII · texte numérisé non relu

VII

Continuation de l'hypothèse de la guérison spontanée appliquée aux faits de M. Tessier. — Erreur de cette application démontrée par M. Grisolle, — Manière de M. Valleix défaire de la statistique.

Jusqu'ici, M. Valleix s'était tenu dans l'hypothèse générale de la guérison spontanée de la maladie. Il va maintenant appliquer cette hypothèse aux faits particuhers cités par son collègue, et s'efforcer de démontrer, par l'analyse de leur marche et de leur évolution, que cette hypothèse y est réalisée sous forme de loi expérimentale.

Laissons parler d'abord le critique lui-même :« Nous trouvons, dit-il, que, le plus souvent, les malades de M. Tessier sont entrés à l'hôpital du troisième au septième jour. Or, il y a ceci de bien remarquable, c'est que (sauf deux exceptions dont nous parlerons tout à l'heure), dans les cas où la pneumonie a paru céder au traitement au bout de 24 heures, ce traitement avait été commencé lui-même vers le 6^ ou 7e jour de la maladie., ou un peu plus tard. Et, d'un autre côté, lorsque le traitement était commencé avant le 6« ou 7^ jour, la maladie marchait jusqu'à cette époque, et ne commençait à décroître qu'à ce moment-là, ou un

peu plus tard Cette coïncidence est très-remarquable

dans le plus grand nombre des cas, comme on peut s'en apercevoir dans le tableau suivant. (Ce tableau est dans le n° du 9 juillet -1850; il ne comprend que 23 observations.) Si l'on se rappelle maintenant quel est le nombre des cas douteux que nous avons trouvés, et que l'on peut éliminer des cas qui restent , on verra qu'il en est bien peu (6 ou 7) dans lesquels les choses se soient passées tout autrement; et ce petit nombre, dans lequel la maladie semble avorter, se retrouvera assurément dnns la plupart des séries de faits observés en quelque endroit que ce soit, et principalement dans les hôpitaux éloignés du centre où l'on n'admet pas les cas les plus graves. »

Pour préciser et pour éclaircir cette objection, nous la tra=? duirons de la manière suivante. D'après le critique, rien ne prouve que le traitement ait agi d'une manière quelconque dans ces faits de pneumonie, parce que, à quelque jour de la maladie que les malades aient été reçus à l'hôpital , à quelque jour que le traitement ait été commencé : dans la plupart des observations, on voit d'une manière uniforme l'affection s'aggraver jusqu'au 6^ ou 7® jour, et, à partir de ce moment, s'améliorer et décroître. Une preuve frappante en est offerte, d'après lui encore, par ce tableau qu'il dresse de vingt-trois observations de M. Tessier, et où l'on voit clairement cette variabilité du début du înutement d'une part, et de l'autre cette constance et cette uniformité de l'amélioration, vers le 6" ou 7^ jour de la maladie. Donc, conclut-il, dans tous ces faits, l'affection a suivi sa marche naturelle.

Ici, comme ailleurs, la réfutation est fort simple. Cette analyse supposée vraie et le tableau exact, ni l'un ni l'autre ne prouvent rien contre M. Tessier. Mais il y a plus, ils sont tous deux non-seulement scientifiquement erronés, mais encore matériellement faux.

Admettons donc, pour un instant, que cette analyse des faits soit exacte ; qu'il soit vrai de dire que, d'une manière uniforme, envers et contre le traitement, la durée régulière de la pneumonie, dans sa période ascendante, ait été de 7 jours. Que peut-on en conclure? que la pneumonie, abandonnée à elle-même, tend à la résolution spontanée, à partir de ce 7^ jour. C'est là, en effet, l'hypothèse de M. Valleix. Voyons, toujours en raisonnant au point de vue de l'état actuel de la science, si cette hypothèse résiste aux faits. Nous avons déjà fait observer que le critique avait dénaturé les expériences de M. Grisolle touchant la pneumonie abandonnée à elle-même. Ce sont précisément ces expériences que nous allons lui- opposer.

En 1840, M. Grisolle a abandonné à elles-mêmes, chez des sujets jeunes, pour la plupart, onze pneumonies peu étendues, à symptômes généraux bénïm^ mais parfaitement caractérisées. En cherchant à y déterminer la durée des princi- ) 5

paux symptômes, il a trouvé : i° que les crachats sont restés caractérisiiques, terme moyen, jusqu'au 9^ jour [bien près de -10); 2° le point de côté n'a jamais cédé avant la fin du T, et s'est prolongé plusieurs fois jusqu'aux 20% 25^ et 27® jours. Durée moyenne, ^ 5 jours. Chez quatre individus, la persistance de ce symptôme le força à recourir aux ventouses ; 5° le mouvement fébrile, qui ne fut jamais considérable, n'a guère cessé que vers le -i 0® jour ; 4" les phénomènes d'auscultation n'ont commencé à décroître que vers la fin du 2® septénaire, et ont d'ailleurs persisté, à différents degrés, jusqu'au 22® ou 50® jour. 11 résulte de ces faits, ajoute M. Grisolle, que, dans les pneumonies bénignes^ les symptômes locaux, l'engorgement pulmonaire surtout, ont une durée trèslongue et nullement en rapport avec l'intensité de la fièvre et le peu d'étendue de la lésion. Il compare ensuite aux faits précédents ^5 cas aussi semblables que possible, et dans lesquels on opposa à la maladie une ou deux saignées générales ou locales, du ]" au 6® jour de la maladie. Or, dans ces faits: V les crachats cessèrent d'être caractéristiques 48 heures après l'emploi des évacuations sanguines; 2» le point de côté, très-vif d'ailleurs, disparut du 2« au ^ 2^ jour au plus tard ; 5° la fièvre avait complètement cessé vers la fin du T jour ; 4° enfin, les phénomènes d'auscultation diminuèrent en même temps que la fièvre, et le poumon reprit, terme moyen, toute sa perméabilité, au ^2^jour. (Grisolle, Traité de la pneumonie, page 560.)

Ces résultats sont catégoriques pour les pneumonies bénignes, et si M. Valleix avait tenu à se démontrer à lui-même la fausseté de son hypothèse sur la tendance naturelle à la guérison spontanée, à partir du (>® et 7^ jour, il n'avait qu'à lire ces recherches et surtout à ne pas donner le change sur leur signification. La première série l'aurait éclairé suffisamment ; la seconde lui aurait appris le compte qu'il faut tenir du traitement. Nul doute qu'il eût évité d'écrire la proposition suivante, SI diamétralement opposée aux résultats de M. Grisolle :

« Les observations de M. Tessier prouvent que parfois le

traitement énergique peut avoir un effet opposé à celui qu'on veut obtenir, et prolonger le cours et la convalescence d'une maladie qui aurait bientôt cédé d'elle-même. »

11 est donc évident que, lors même que l'analyse et le tableau du critique seraient vrais et exacts, sa conclusion hypothétique serait une erreur démontrée par les faits.

Mais, si les pneumonies bénignes se comportent comme M. Grisolle l'a prouvé, il est parfaitement logique d'affirmer que celles de forme commune, et à plus forte raison celles de forme grave, doivent avoir de toute nécessité uiie durée plus longue. Or, les observations de M. Tessier offrent, de fait, ces différents degrés de gravité. Donc, à suivre leur marche naturelle, elles auraient dû offrir une évolution à plus long terme. Or, d'après l'analyse même de M. Valleix, cela n'a pas lieu. Qu'en conclure? Le principe posé par M. Grisolle: « Que si l'expectation est nuisible dans les pneumonies bénignes, à plus forte raison le serait-elle dans les cas graves ; et la preuve d'action de tout traitement, c'est que celui-ci empêche la plupart d'entre elles de devenir plus graves ; c'est qu'il abrège singulièrement leur durée, quand il ne peut en empêcher la terminaison fâcheuse. »)

Au reste, en voyant M. Valleix si malheureux dans ses hypothèses, l'idée nous est venue qu'il pourrait bien n'être pas plus heureux dans sa manière de grouper les chiffres et de compter. Or, en vérifiant le tableau qu'il a dressé, on y rencontre des erreurs involontaires (cela va sans dire), mais enfin des erreurs graves. Elles sont de deux sortes. Les premières sont relatives au jour d'entrée des malades, qui sert en même temps à fixer le début du traitement ; les secondes consistent dans sa manière de fixer l'intervalle entre ce début et le commencement de la décroissance de la maladie.

Sous le premier rapport, l'indication du début du traitement est erronée dans les 7', -1^, -16' ^8% \9% 29% 50% 52% 54% 56% 57% 58% où ce début est marqué dix fois uh jour plus tôt qu'il n'a été commencé, une fois six jours plus tôt (H%, une autre fois un jour plus tard (29®).

Ainsi, comme chacun peut le vérifier sur les observations, sur 25 chiffres qui composent ce tableau, ^2 sont faux.

Déplus, pour ce tableau, M. Valleix a choisi, comme il a voulu, 25 cas au milieu des 57 de guérison que contient le livre de M. Tessier. C'est donc ^4 cas qu'il a laissés de côté, en vertu de son bon plaisir, parce qu'ils répugnaient plus que les autres, sans doute, à se plier à son hypothèse. Or, ^2 erreurs d'un côté et ^ 4 cas négligés de l'autre, font 26, et 26 sur 57 c'est plus que les deux tiers des faits qui se trouvent en dehors de sa prétendue marche naturelle. De bonne foi, est-ce donc par de tels procédés de soustraction qu'on prétend faire de la statistique consciencieuse et sévère ?

Quant au second genre d'erreur, il consiste en ceci. M. Valleix compte comme une journée entière le jour où commence le traitement, bien que ce traitement ne soit commencé qu'ai ^ près la visite du soir, et qu'entre cette visite et celle du matin il n'y ait qu'une nuit d'intervalle. Entre cette visite du lendemain et celle du surlendemain, il ne s'écoule que 24 heures, et cependant M. Valleix compte deux jours qui, d'après lui, avec le jour d'entrée, font trois jours. Or, il ne s'est écoulé entre la première visite du soir et celle du surlendemain matin que 56 heures. 56 heures font trois demi-journées et non trois jours. Cette manière de compter, dans tous les cas, apporte uhe immense différence dans les résultats; il était important de la rectifier et de montrer encore une fois comment M. Valleix -pèse et compte les faits.

Maintenant, si l'on prend les seules observations indiquées dans le tableau de M. Valleix, sans tenir compte des autres qu'il a passées sous silence, si l'on y compte les heures qui sépai ent le début du traitement du début de la décroissance, on trouve que l'amélioration commence, en moyenne, apiès 56 heures. L'amélioration après trois jours n'a lieu que dans un seul cas. La guérison y a lieu généralement au premier jour critique qui suit la rémission. L'influence des jours critiques se fait donc sentir dans ces cas, comme dans la seconde série des faits de M. Grisolle. Et quel plus bel éloge peut-on faire d'une méthode thérapeutique, quelle preuve

d'action plus formelle peut-on invoquer en sa faveur ? Mais nous n'entamerons pas une discussion sur les jours critifjues avec M. Valleix, qui ne les admet pas. Nous nous bornons, pour le moment, à signaler l'influence de ces jours décisifs, 5®, 7«, 9^ ^ I ^, 4 4^, dans la pneumonie, quel qu'en soit le mode de traitement. En outre, il est bon de noter d'avance, comme nous le prouverons bientôt, que la mortalité dans les cas de 'S;

M. Tessier est près de moitié moindre que dans le traitement /:?^ par l'émétique à haute dose. ^ '^^4lk-'

Donc, à quelque point de vue qu'on envisage et l'analyse et le tableau du critique, tout y est faux, comme dans les objections antérieures. Ce qu'il a cru une démonstration de la nullité d'action du traitement, en est par soi la preuve la plus manifeste.

Désormais, après ces sophismes et ces erreurs entassés les uns sur les autres, M. Valleix n'en sera plus a chercher des àTl>^^^c guments ou des raisons. Il va objecter tout ce qui s'offrira à- S! son esprit, persuadé que ce sera toujours assez pour la nature ';3>. de sa critique et le savoir de ses lecteurs.

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