CHAPITRE NEUVIÈME
Les docteurs de nos Facultés et le magnétisme. — Un Turc et Eugène de Savoie. — Gazotte, le fameux dîner, et une suite. — Charles XI de Suède et le billot. — Hallucinés académiques.
Nous voici changeant de pays, quoique sans changer de sujet, ce qui nous conduit brusquement à rappeler que, si MM. les docteurs piémontais ont l’hallucination facile et maussade, les hallucinations qui troublèrent les sens de nos propres Facultés ne furent souvent ni moins étranges ni d’un plus aimable ou gracieux caractère. L’un des faits qui motivent ce langage, et forcent notre plume à se baisser ainsi que se baisse et se met en arrêt la lance lorsqu’elle s’apprête à frapper, appartient à l’histoire. Nous ne l’aidons, et pour un rapide instant, à sortir de la poussière, que parce que tel est le vœu de ci.rconstances qui lui rendent vie nouvelle et actualité. Ce fait est le prodigieux égarement de vue de MM. les académiciens de la Faculté parisienne le jour où le public impatient attendait l’arrêt de ce docte corps touchant les phénomènes attribués au Protéiforme inconnu qui, ramené soudainement au jour par Mesmer, réapparaissait sous le nom de magnétisme.
L’inconnu... mais disons plutôt la séduisante et inquiétante puissance qu’il s’agissait d’étudier, portait et faisait
LE MONDE MAGIQUE
voyager les regards de l’iionime à des distances que, dans son état naturel, la vue ne saurait franchir. Grâce à son aide merveilleuse, les corps de la densité la plus male semblaient acquérir, devant ces mêmes regards, la limpidité du cristal. El, mieux encore, elle dessillait, en présence des ténèbres vaincues de l’avenir, les yeux les moins clairvoyants devenus des yeux de prophète
Nous rapporterons quelques-uns de ces phénomènes de lucidité si contraires à l’ordre normal des fonctions humaines, et que, plus que jamais aujourd’hui, le magnétisme revendique. D’un trait de plume, nous dirons ensuite de quelle sorte nos docteurs, frappés dans le nerf optique d’une perturbation désolante et affectant de jeter sur ces merveilles les froids dédains de leurs négations, les couvrirent un peu plus tard de l’un de ces mots vagues et bizarres dont le propre est à la fois de ne rien dire et de paraître exprimer tout un ordre d’idées. Mais ce qui devra surtout attirer notre attention, c’est qu’à leur parole l’œil du vulgaire, et nous pourrions presque dire l’œil du public, se troubla, s’hallucina, de môme que venait de se troubler et de s’halluciner l’œil de ceux auxquels ce public demandait humblement la lumière !...
Hâtons-nous donc, avant qu’une seule réllexion s’échappe de nos lèvres, de soumettre à l’examen du lecteur cette puissance en action. Et le magnétisme, selon la parole de ses grands maîtres et de quelques-uns de ses plus illustres antagonistes, représentant aujourd’hui la magie (voir plus bas et ailleurs)^ les exemples que nous jugeons opportun de choisir devront être d’un ordre élevé, transcendant. Nos préférences seront acquises, pour le moment, à ceux que la voix publique désigne sous le nom de vues à distance et de seconde vue, c’est-à-dire de vues magnétiques.
Nous lisons dans les histoires d’Eugène de Savoie qu’un Turc languissait dans les prisons le jour où ce prince, livrant