‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 101 sur 243 · CHAPITRE- NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE- NEUVIÈME

SOUS les murs de Belgrade (16 août 1717) une colossale bataille, taillait en pièces les troupes du sultan. La guerre avait jusque-là couronné de ses plus signalées faveurs l’étendard du croissant, et la victoire, comme engagée par ces entraînantes prémisses, semblait devoir se déclarer rapide et complète contre l’armée du prince Eugène. Tout à coup cependant le Turc captif s’agite, se débat, sanglote: Oh! supplice! oh! prophète! Voyez, voyez ces intrépides soldats combattre, s’acharner, succomber! Tant de valeur, et rien que mort, défaite, confusion!... Un immense espace séparait ce Voyant du champ de carnage, et cependant de nombreux témoins l’entendaient décrire avec minutie les vicissitudes de la journée *.

Mais plus étonnante encore est la vue prophétique, la seconde vue, et l’un des faits les plus connus de ce genre étant, par cette raison, l’un des mieux étudiés, nous nous faisons un devoir de le redire dans la magnifique ampleur de ses détails. La précision en est unique; quiconque les a parcourus aime à les relire, et, dans le solide et brillant tissu de ce merveilleux, l’œil qui n’est point hébété se rend un compte facile de la puissance qui opère. Nous ajouterons au nom de Cazotte, sous lequel il émut le monde entier, une de ces particularités inédites qui sont rarement inutiles à l’intelligence des questions où elles se mêlent^.

‘ Forni , p. 70 , ibid. Plusieurs descriptions exactes de choses lointaines se passèrent également sous mes yeux...

2 Faisons observer que les Esprits peuvent nous tenir un langage sourd et intérieur, que nous confondons quelquefois avec notre propre pensée! Les Esprits, remplis de la science du présent et du passé, conjecturent avec une angélique sagacité , présagent et nous annoncent pres([ue à coup sûr certains événements futurs. Pour quiconque sait la supériorité de leur nature, ce phénomène est conforme à l’ordre des choses. Mais lire l’avenir et le prophétiser mot à mot, voilà qui ne leur est possible que j)ar exception, et par une permission tout expresse de Dieu. L’avenir est la pensée, la volonté de Dieu; nul esprit ne peut le connaître par sa pro[)re puissance. — Voir la Magie aa dix-nzuviénie siècle, ch. xii, sur la pénétration de la pensée, etc.

I8Ü LE MONDE MAGIQUE

Laharpe sera le narrateur de ce drame; mais, pour ma part, je pourrais au besoin confirmer l’ensemble de celte narration posthume par le rappel de mes propres souvenirs, émanés d’une source de traditions fort vives, car je puisai chez les descendants mômes deCazotte. Je ne supprime, par amour pour la brièveté, que fort peu de choses à ce récit, où nous pouvons défier les gens sages de ne point puiser une éternelle leçon !

Un jour... — il me semble que c’est hier, et c’était cependant au commencement de 1786, — nous étions à table chez un de nos confrères à l’Académie, grand seigneur et homme d’esprit. La compagnie était nombreuse et de tout état : gens de cour, gens de rob(f, gens de lettres, académiciens, etc.; on avait fait grande chère, comme de coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de la bonne compagnie cette sorte de liberté qui n’en gardait pas toujours le ton; Ghamfort nous avait lu de ses contes impies et libertins... de là un déluge de plaisanteries sur la religion. L’un citait une tirade de la Pucellej l’autre rappelait ces vers philosophiques de Diderot ;

Et des boyaux du dernier prêtre

Serrez le cou du dernier roi.

Ou se répand en admiration sur la révolution qu’avait faite Voltaire, et l’on convient que c’est là le premier titre de sa gloire. « 11 a donné le ton à son siècle, et s’est fait lire dans l’antichambre comme dans le salon. » Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant : « Voyez-vous y monsieur, quoique je ne sois quun misérable carabin, je rvai pas plus do religion qu un autre ! » On conclut que la révolution ne lardera pas à se consommer, qu’il faut àbsolumetjt que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l’on eu est à calculer la probabilité de l’époque et quels

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