CHAPITRE VINGTIÈME
rendre visibles aux hommes, par une permission toute particulière de Dieu, et pour accomplir les décrets de sa providence. Mais, en outre, l’Écriture nous assure qu’ils s’emparent des co)'ps des personnes vivantes , et souvent même e7icore des cadavues des moûts.
» Cette dernière croyance, quelque eætraordinaire •' quelle puisse paraître, était pourtant générale parmi les peuples de l’ancien monde. Elle était commune aux Grecs et aux Romains, ainsi que nous pouvons nous en convaincre par rhistoire fort remarquable de Mâchâtes et de Philinnion, que Plégon nous rapporte*, et par d’innombrables histoires que nous ont transmises Égésippe, Lucain, Héliodore ^... »
Mais sortons, pour un moment, de l’ordre démoniaque et cherchons, sur une li^ne joar allèle, les traces bien évidentes de l’fCsprit céleste; cherchons-les dans le mouvement surnaturel des cadavres et de leurs débris, et ne nous hâtons point décrier : Légende! légende!
Les antiquités de la célèbre ville de Padoue nous disent de la bienheureuse Athestine , morte en l’an 4226 , que lorsqu’un grand événement menaçait d’atteindre la famille d’Este on l’entendait plusieurs jours d’avance pousser de (jrands (jémissements . Mais ce n’était point tout, car, au lieu de se tenir couchée sur le dos, dans son sépulcre, elle se retournait tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre. {Beruh. Scardeonius , 1. IL) Et le corps de la sainte ayant été transporté dans un monastère de Ferrare, ces phénomènes prophétiques continuèrent d’y suivre leur cours. [Camer. in oper. succis., ch. Lxxin. — Kornman, p. 430.)
1 Le père Lebrun. Trciilé des choses merveilleuses, et Hist. des fantômes, V. VI, p. 99 et 2b0. — Id., Kornman, De miraculis mortuo-
rum, p. 49.
2 De excidio hierosohjmit . , 1. III, cap iii. — Pharsale, 1. VL Uist. œlhioj)., 1. YL Cette croyance était également celle des peuples (lu Nord.
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Le ïHÈs-SAVANT cl il/uslre cardiruil liaronius, successeur de saint Philippe de N6ri, etc., etc., rapporte que deux moines pendus chantèrent devant tout un public aprh leur' mort. (.Kornman et autorités, p. 200.) Gôrres su?'a~ bonde en faits non moins prodigieux et constatés dans les procès-verbaux, si simjuliè renient rigoureiiæ , qui précèdent la canonisation des saints. Citons d’ailleurs, càtitre d’exemple, le bras de saint Nicolas, qui se conserve à Tolenlino, et qui devient sanglant le jour de sa fête, presque chaque fois qu’un grand malheur doit éclater sur le pays dans le cours de l’année ^ !
Un seul de ces faits étant admis, est-ce donc au principe vital que nous devons en faire honneur; ou sera-ce aux Esprits que le Seigneur a constitués les ministres de ses profonds et secrets desseins ? Mais cette apostrophe ne s’adresse qu’à des penseurs distraits, à ceux qui soutiennent de la môme plume et l’impossibilité des prodiges, et la réalité du principe vital de Montpellier!... Un de ces mômes phéno-
1 Hist. de la vie des saints, par une société d’ecclésiastiques, sous les auspices du clergé de France, avec approbation de Mgr l’archevêque de Paris, V- III, p. 456. — Mais que saint Denys de l’Aréopage arrête un moment nos regards ; celui que la parole de saint Paul a détaché des dieux d’Athènes, et qui fut l’un des apôtres des Gaules, saint Denys, vient de porter témoignage à Jésus-Christ. Une hache émoussée sépare sa tête de son corps, et le corps tombe... Aussitôt « une immense terreur envahit tous les assistants ; une lumière ineffable resplendit, et, voyez ! le cadavre du saint se dresse sur ses pieds ; il 7iiarche et porte dans ses mains sa tête abattue par le licteur. Partant de la montagne où il a été décapité, l’espace qu’il parcourt est de plus de deux milles ! » Mais qui donc ose tenir ce langage? Quelque moine obscur ou apocryphe? Non. C’est tout au moins l’Église de France. Ecoutez sa pro.se triomphale :
-Se cailavcr mox erexit,
Trunciis irnncmn capiil vexii,
Qaocl fcrenieni hiic dircxit Angetorum tegio.'
(Barthélemy.' F/e.s de tous les saints de France, février 1860, .V livraison , p. 186.)
CIIAPIÏUK VINGTIÈMK. 371
mènes est d’hier; et je le choisis non pour braver ropiriion, mais pour aider à ceux qui la redressent. 11 est d’hier et d’autrefois ; bien mieux , il sera (h demain. Chacun de nous pou rra> le voir dans la ville de Naples, à certaines époques, généralement périodiques {ces ligues étaient écrites avant Vére Garibnldo-Sardonique)] il a contre lui les tristes lazzis de l’incrédulité; il a contre lui, je le sais encore, le rire ignorant de nombreux catholiques, échos successifs les uns des autres ; le rire et les lazzis sont de si faciles et de si doux arguments pour le vulgaire ! Mais seraitce ici le cas de se préoccuper des esprits de bas étage? Ayons donc un coup d’œil pour ce prodige, attesté d’une manière qui pourra surprendre plus d’un lecteur.
Qui ne le sait? Une fiole de cristal, conservée sous trois clefs, — que gardent, chacune séparément, trois autorités distinctes, religieuses et civiles, de la cité napolitaine, — contient une matière sèche et brune. C’est là le sang desséché de saint Janvier, martyr. Le premier venu peut voir cette fiole au moment critique où la population vient demander au Ciel le miracle; et, s’il est étranger, s’il est incrédule, s’il est hérétique, il a droit aux places de faveur. Qu’il s’avance, on ne les lui refusera point; on lui laissera poser les pieds jusque sur les marches de l’autel.
Le public est prêt; il attend. L’officiant saisit à ses yeux la précieuse reloué; il l’élève; et, quels que soient les désirs ou les menaces d’une populace turbulente, il lui arrive quelquefois de l’élever en vain... Mais, le plus souvent, la masse aride et brune devient liquide; en un clin d’œil elle change de couleur, et vous voyez soudain apparaître un sang limpide et pur, tel que le verserait, tout bouillonnant, une veine généreuse. Serait-ce donc la le réveil du principe vital qui, tour a tour, rompt son somme et SC rendort dans cette croûte d’un sang desséché? La
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science et la niéfiance ont fait assaut, (jvâce à Dieu, pour nier la sincérité du miracle. Mais vains elForts ! toute explication tendant à supprimer le prodige resta fausse, ou puérile, devant l’expérience mille fois répétée !
Je n’eus point l’heureuse chance de me rencontrer à Naples au momerit de cette cérémonie, pleine d’intérét, et si souvent mêlée, disons -le, de scènes ridicules et burlesques qui tiennent au génie de la populace. Mais un certain nombre de mes amis virent successivement s’opérer le merveilleux phénomène 5 aucun d’eux ne parvint à se l’expliquer autrement que par le miracle; aucun ne put le nier !
En tête des hommes de mérite qui voulurent bien entrer avec moi dans le très-menu détail des circonstances de la liquéfaction du sang de saint Janvier, je dois nommer le R. P. Ventura. L’illustre et très-savant examinateur des évêques et du clergé romain avait obtenu d’être , à plusieurs reprises , le témoin privilégié de ce prodige; et ces jours-là, surtout, ses yeux avaient été de lynx. 11 avait vu, surabondammeut vu, tout ce qu’il voulait voir, tout ce qu’il fallait qu’il vît pour se convaincre ; et les termes dans lesquels ce scrutateur remarquable m’exprima la sincérité du miracle étaient ceux d’une conviction aussi raisonnée que profonde. Cependant, un témoin plus récent encore, et bien autrement accablant pour les rieurs, parce qu’il porte non point la robe du prêtre, mais la toge de l’avocat, vient de s’adresser au public dans un langage aussi noble que clair. Rédacteur principal du journal le Constitutioxnel, en 1856, et témoin oculaire de ce phénomène, qu’il allait étudier à sa source, M. Henri Cauvain le relate et le décrit dans un long et fort attachant article. Cette page de véritable analyse philosophique répond , et dispense de répondre, à la foule des objections q(ie la science égarée,