CHAPITRE VINGTIÈME
que les mâchoires et les lèvres restassent rigides; puis, entin, la même et hideuse voix que j’ai décrite s’écria ; « Pour l’amour » de Dieu, vite, vite, endormez-moi, — ou — vite éveillez-moi » — vite, — je vous dis que je suis mort!. . . » Complètement énervé, je demeurai d’abord indécis; puis je tâchai de rendormir le patient; mais ayant échoué, à cause de la totale dèfaillauce de ma. volonté, je revins sur mes pas, et je fis tons mes ellbrts pour l’éveiller. Cette tentative parut mieux réussir. Mais, ô surprise indicible, et contraire à toute attente ! comme je continuais les passes magnétiques, au milieu des exclamations de « mort , mort » qui partaient positivement de la lançjue, et ^o^ dks lèvres du sujet, son corps entier, tout d’un coup, dans l’espace d'une seule minute ou meme de 7noins., se racornit, ^'émietta, se décomposa sous mes 7nains. Et le lit n’olFrait plus aux yeux des assistants qu’une masse, presque liquide, de dégoûtante, d’eiïroyable putréfaction.
Le lecteur étranger aux arts occultes, aux sciences qui traitent des Esprits et de Pâme , n’aura sans doute que difficilement compris ce qui se passe dans cette longue série d’incidents; il se choquera de rencontrer les plus singulières contradictions dans les termes de ce récit. Mais heureuses contradictions î car elles marquent au sceau du vrai des incohérences qui ne sont qu’apparentes! Voyez, suivez, embrassez de l’œil les diverses scènes de ce lugubre drame : Ce mort supplie son magnétiseur de ne le point éveiller, il dort donc? Et plus tard, sans l’avoir réveillé pourtant, le magnétiseur s’essaye à l’endormir; comment donc éveiller qui ne dormirait point, ou endormir celui que le'sommeil a gagné ? — C’est qu’il n’y a là ni sommeil ni veille! 11 y a mort; puis, et pour cacher cette mort, il y a, comme dans le cas d’Armentarius (etc.-, etc.), posse.ssion du cadavre par un Esprit tout difiérent de l’ànie qui animait le corps! Mais écoulez encore! Voici que, tout à cou|), jetant au vent ses
LE MONDE MAGigUE.
exclamations, comme s’il revenait à la vie , ce - ormeurmort, que Von 71e pouvait endormir, ptarle et meurt. 11 meurt; et, pour preuve valable de son décès, — cette fois, — il tombe instantanément en poussière. La mort, la mort réelle, était donc en lui de bien vieille date! Un être étranger, et de la nature de ceux qui possèdent les tables parlantes, était donc sa vie ! une puissance invisible retenait donc, artificiellemenl, sous la configuration humaine, les atomes de ce corps depuis longtemps désorganisé! c’est-àdire semblable à celui du fils d’Armentarius !
En vérité, lorsqu’on est en veine d’inventer, on n’invente point, on n’unit point ensemble, on ne lie point les uns aux autres, et dans le but de former un tout homogène, des phénomènes qui se heurtent, se contredisent et se repoussent de la manière la plus choquante. L’imagination enfante avec passion l’extraordinaire, mais non point le contradictoire et l’absurde ! Ajoutons que, dans ce récit, on ne paraît absurde que parce qu’on reste vrai, mais incomplet, car on omet de donner le mot de l’énigme. Et pourquoi? c’est qu’on l’ignore, ou qu’on le méconnaît. Eh bien, nommez, selon l’expression traditionnelle, le Prince des corps, nommez le démon qui produit cet état humainement indéfinissable, ce somnambulisme cadavérique, et tout s’explique, tout se comprend! Mais, pour le nommer, il faut être plus que médecin, il faut être tout à fait savant, il faut être au moins simple catholique!
Abandonnons pourtant ce fait de haute portée sans nous en prévaloir, si peu qu’on éprouve quelque goût 5 nous le disputer; et laissons une plume loyale, — quoique de temps en temps demi-sceptique, — résumer à l’aide des témoignages les plus graves cette question de l’animation démoniaque des cadavres.
« Les démons, dit le père Lebrun, peuvent, en épaississant et condensant l’air, s’en for.mer des corps pour se