CHAPITRE PREMIER
vent, il feint d’honorer, mais dont il étouffe, poursuit et dénature avec une rage hypocrite les vérités fondamentales. On les nomma selon les temps, les circonstances et les lieux, pythonisés. Voyants, mages, magiciens, sorciers, goëtes, que sais-je encore! et- préoccupons-nous pour le moment, moins du nom que de la chose.
Le moins malhonnête donc, ou plutôt, et pardon du mol, le plus fashionable courtier du surnaturel spirite ou démoniaque \ c’est aujourd’hui, si je ne me trompe, le médium.
Oh! s’il vous plaît, q.u’appelez-vous donc un médium?
Vers 4850, l’attention fut attirée aux États-Unis d’Amérique « sur divers phénomènes étranges consistant en bruits, coups frappés, et mouvements d’objets sans cause connue. Ces phénomènes avaient souvent lieu spontanément... Mais on remarqua aussi qu’ils se produisaient plus particulièrement sous l’influence de certaines personnes que l’on désigna sous le nom de médium^, et qui pouvaient en. quelque sorte les provoquer à volonté, ce qui permit de répéter les expériences^. » ;
Mais chut! chut! et que ne laissons-nous les faits euxmêmes prendre la parole et nous renseigner?
Oui vraiment! car nous sommes en séance dans la ville desMédicis. Une personne promue, par le grâce des Esprits, à la dignité de médium réunit autour d’elle l’élite de la Toscane. Une table parlante, c’est-à-dire un interprète de second ordre, un médium de bois, est là qui converse en son télégraphique langage, et l’un des spectateurs lui demande le nom des anciens propriétaires du palais où l’on siège. —
1 Démon, ou oatuojv , signifie Esprit.
Je n’entends parler ici quedu médium de profession, et non du médium accidentel.
3 Le Spiritisme, p. 3. Allan Kerdec, pseudonyme, auteur d’écrits spirites qui sont naturellement absurdes, mais remplis d’artifices et dangereux.
LE MONDE MAGIQUE
Elle s’arrête; on attend! mais une fenêtre s’ouvre. Qu’estce donc? — Un bras passe et jette un billet. Est-ce possible? On se précipite vers le bras de l’inconnu; mais, point d’inconnu! une main seule! une main glaciale, avec son
bras sans épaule, et du vide partout Horreur! Vite, on
se retire, on se disperse, chacun a frémi...
Voilà h fait y éclos sous l’incubation d’un médium! Un médium est l’être qui sert de canal et d’introducteur à ces phénomènes; et partout aujourd’hui s’agitent et les Esprits et les médium. — Toute l’Italie nord en est envahie, « ainsi que Genève et Munich »... Que se prépare-t-il donc d’effrayant pour ces pays. . . pour l’Europe ^ ?
Les trépieds fatidiques sont devenus à Milan un article de commerce, et se vendent publiquement à la douzaine. — Lettre de M. de Mirville à M. des Muusseaucc, 26 mars 1856.
Et, « c’est chose bien remarquable, soit dit en passant, que le respect des Esprits pour la ville de saint Pierre. On dirait que l’ange du môle d’Adrien leur crie à sa manière : Andate via » {ih. fév. Rome), arrière, arrière, et cherchez fortune ailleurs!
Nous venons donc de voir à l’œuvre un médium; et, que le médium soit homme ou femme, table ou baquet, ainsi que du temps de Mesmer, oh! n’importe!... Mais qu’est-ce donc après tout qu’un médium, et que signifie ce mot ?
1 Lettre de M. de Mirville à M. des Mousseaux. Rome, 23 février 1856. — Lire à l’appui, sur Munich, la lettre d’adieux de Son Éminence le cardinal Reisach, archevêque de Munich à ses diocésains, reproduite dans VUnivers, le 17 août 1856. -Nous verrons, tout à l’heure, M. le comte Spada, témoin et narrateur des faits les plus étranges, refuser de croire aux Esprits, en tant qu’agents de ces phénomènes. — Le P. Ventura appelait alors cette invasion « l’un des plus grands événements de notre siècle ». Sa science religieuse et historique lui défendait d’en rire. C’était à ses yeux le signe avant-coureur et infaillible d’ouragans politiques dont la pensée le glaçait d’effroi.