CHAPITRE PREMIER
levée. S’échappant de mes mains, elle devait céder aux lois de la gravitation et tomber à mes pieds. Mais non, elle ne tomba point; et je lavis, à mon grand étonnement, apparaître et toucher terre à l’une des extrémités de l’appartement.
«Quelques instants s’écoulèrent, et je me sentis pressé, serré; — nous nous sentîmes serrés, chacun par une main, reprend une personne qui fut, dans la meme séance, soumise aux mômes épreuves. — L’attouchement de ces mains , — dont un grand nombre de spectateurs furent vivement étreints ^ soit à Paris, soit à Florence, — est quelquefois d’une délicatesse extrême. Mais ici, leur contact inspirait un indicible sentiment de répugnance ! Elles n’avaient aucune moiteur , et la chaleur que l’on y sentait n avait rien qui appartînt à la vie »
M. Jauvin d’Attainville s’étant assis prit ensuite «un accordéon, et plaçant le bras dont il le tenait sur un de ses genoux, il attendit; la partie inférieure de l’instrument s’élevait encore de plusieurs pouces au-dessus du sol. Au bout de quelques instants, une pression fatigante se fit sentir; bientôt après, les touches se mirent d’elles-mômes en mouvement; et les mélodies qui s’en exhalèrent, me dit le narrateur, eurent un tel charme que je n’ai point souvenance d’en avoir entendu de plus suaves.
Mômes phénomènes de sonnettes s’arrachant d’ellesmômes des mains qui les serraient, pour traverser l’air et se poser sur les genoux de personnes qu elles avaient élues, et mômes .symphonies delà part d’un accordéon nous sontraconés par M. Piérart. Ces faits étranges avaient pour témoins, rue de l’Arcade, n” Fi, les invités de M. Kyd, le fils du général anglais de ce nom, chez lequel M. Home fit porter dans les airs, par ses invisibles, madame Kyd, mollement enlevée dans son fauteuil. Et, soit dit en passant, chez madame!)..., veuve de l’anCien ministre de la marine, M. Home
LE MONDE MAGIQUE
lui-môme s’ctait «levé jusqu’au jilalbrid. Pendant deux longues minutes il y était resté suspendu.
Quoi qu’il en soit , l’accordéon, nous afiirme M. l'iérart, se mut de lui-même et joua les airs les plus compliqués et néanmoins les plus ravissants; puis M. Home ayant passé l’instrument à madame Kyd et à sa voisine, des Ilots d’harmonie continuèrent à inonder les oreilles; et de cet accordéon sortirent des mélodies tellement touchantes que. les larmes en vinrent aux yeux des assistants. Madame Kyd ayant demandé que jouât la ballade anglaise : Home
sioeet Home, cet air répandit aussitôt ses notes, à la grande admiration de tout l’auditoire.
L'instant d’après, la table frappe un grand coup, se met en marche, pousse ou renverse les chaises et se dirige à l’e.vtrémité de l’appartement vers un piano. Des mains mystérieuses apparaissent derechef, se font sentir par de nouvelles pressions et s’exercent à la fois sur l’accordéon et sur le piano. Mais cet instrument est en mauvais état, aussi les tristes sons qu’il exhale discordent-ils avec ceux de l’accordéon. De là des signes d’impatience donnés par les Esprits, des soubresauts, des trépignements de la part de l’accordéon et du piano, et des coups mats et secs frappés sur les deux instruments. Le piano même, une fois, s’etilôve jusqu’à la hauteur d’environ trois pieds, malgré le poids de livres et de cahiers volumineux qui le charge , et retombe avec violence sur le plancher. Ces marques d’impatience durent jusqu’à ce que les instruments s’étant accordés quelque peu (inissent par donner une musique passable.
« Peu de temps après, la table étant remise à sa place, et le thé servi, les fauteuils et les canapés quitlent leurs places et s’approchent doucement l’un de l’autre comme s’il y eût eu, assis dedans, un cercle d’amis qui voulussent causer de plus près et se donner la main. »