CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
les Juifs le savant Philon, conservateur des traditions d’Israël. Les anges, nous disait-il, ont la haute main sur les empires et sur les États. (Lib. 1, q. hi gen. in eccl. Damas.)
Éliphas efChaubard ont parlé. Nous les avons analysés et condensés; que nous reste-t-il à faire pour être compris, si ce n’est de résumer leur parole et d’en mesurer la portée? Or, d’après la doctrine panthéiste, qu’Eliphas Lévi refond 1 et remanie en l’appropriant à sa thèse, l’ûme de ce monde est un composé fort arlistement pétri de substance fluidique et de force démoniaque, c’est-à-dire spirituelle. D’après le tissu des idées que développe Chaubard, elle est une substance Iluidiforme encore, mais soumise, — ainsi le veut la raison catholique, — à l’action des anges bons ou mauvais, que la terreur ou l’amour unifient dans la volonté du Dieu créateur. Que nous en coûterait-il donc de concevoir dans la première de ces substances , dans celle que tant de gens nomment si lestement le principe vital ou l’âme du monde, un é\\\'àv passif et instrumental que Dieu pénètre, que les anges gouvernent ‘et manient; un lien élastique et sans cesse frémissant, qui saisit chaque corps dans chaque atome de ses éléments; en un mot, un milieu universel dont l’attrait et la pression forment, de tous les êtres corporels de la création,. le tout compacte que l’on nomme univers?
Source de bien et de mal physique, cet éther, si l’on
nous permet cette digression d’un moment, et que nous l’envisagions au point de vue de la vigueur et de la santé des êtres, ne serait-il pas le principe qui, soumis à la force réelle, c’est-à-dire intelligente ou angélique, et traversant la substance de tout être corporel, explique, par les gradations de son énergie, le mystère de ces indéfinissables et déconcertants principes de mort*, de ces terribles inconnues de l’algèbre
1 /n/ïuenze: principes délétères, et que l’analyse n’a pu saisir encore, de mal aria, de choléra, de pestes...
LE MONDE MAGIQUE
physiologique, île ces phénomènes railleurs dont la cause, se dérobant aux plus opiniâtres poursuites et à la merveilleuse puissance d’analyse des sciences profanes, frappe tour à tour, llagelle et ravage les diiïérents règnes de la nature, hommes ou hètes, éléments ou plantes?
Citons, entre les moins déconcertants de ces phénomènes, — et seulement en demandant au lecteur son avis, — l’un de ceux que la science du médecin désigne sous le nom plus ou moins vague et inexpliqué d’induences, ivflueiize. Voici dans quelles circonstances le choléra, cet épouvantable fléau qui, de l’Asie, vint envahir l’Europe, fit sa première apparition dans la Chine, où il était autrefois inconnu. Je tiens ces renseignements d’un grand nombre de témoins oculaires.
« En 1820, de grandes vapeurs apparurent un jour sur toute la surface de la mer Jaune. Ces vapeurs, d’abord légères, augmentèrent insensiblement, se condensèrent, s’élevèrent peu à peu au-dessus du niveau des eaux de la mer Jaune et finirent par former un immense nuage qui, pendant plusieurs heures, demeura flottant et se balançant dans les airs.
» Les Chinois, comme dans toutes les apparitions des grands phénomènes de la nature , furent saisis d’épouvante et cherchèrent dans les opérations superstitieuses des bonzes les moyens d’écarter le mal. On brûla une quantité prodigieuse de papier magique , qu’on jetait tout enflammé à la mer; on improvisa de longues processions, où l’on portait l’image du Grand drago7i; car on attribuait ces sinistres présages à sa colère. ...Enfin, on en vint à la suprême ressource des Chinois : on exécuta un charivari monstre. Hommes, femmes, enfants, tous frappaient à coups redoublés sur l’instrument capable de produire le bruit le plus retentissant; les tam-tam, les vases de cuisine, étaient choisis de préférence. Les cris les plus sauvages d’une innombrable multitude venaient encore ajouter à l’horreur de ce vacarme