CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
infernal. On ne saurait imaginer rien de plus elTroyable que cet immense et monstrueux tumulte , s’élevant du sein d’une grande cité.
» Pendant que les habitants du Chan-tong cherchaient ù conjurer ce malheur inconnu, mais que tout le monde pressentait , un vent violent lit tout à coup router et tourbillonner le nuage, et parvint à le diviser en plusieurs grandes colonnes, qu’il poussa vers la terre. Ces vapeurs roussûtres se répandirent bientôt, comme en serpentant, rasèrent les villes et les villages; et, le lendemain, •partout où le nuaçje avait passé y les hommes se trouvèrent subitement atteints d’un mal horrible , qui , dans un instant, bouleversait toute leur organisation et en faisait d’alTreux cadavres. Les médecins eurent beau feuilleter leurs livres, on ne trouva nulle part aucune notion de ce mal nouveaù, étrange, et qui frappait, comme la- foudre, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, sur les pauvres et les riches, les jeunes et les vieux, mais toujours d’une manière capricieuse, et sa?is suivre aucune réglé fixe au milieu de ses vastes ravages! On essaya d’une foule de remèdes, et tout fut inutile. L’implacable Iléau sévissait toujours avec la même colère, plongeant partout les populations dans le deuil et l’épouvante, et frappant toujours dans sa marche les villes les plus populeuses. 11 franchit ensuite la grande muraille, et les Chinois disent (ju’il s’en alla en Tartarie s’évanouir dans la terre des Herbes... Longeant la Sibérie, il aura envahi la Russie et la Pologne, d’où il a bondi sur la France après la révolution de 1830, dix années tout juste après être sorti du sein de la mer Jaune. »
...Mais sortons de cette digression; et, quoi qu’il en soit, applaudissons à « la tradition catholique enseignant que la création matérielle est gouvernée et administrée par les purs Esprits, principes de tout mouvement, et que nous nommons
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des anges ». (Le P. Fuber, r. ci-dcssous.) En dehors de toutes les autorités de l’Église, et devant la simple loi du bon sens , il était môme tout naturel que le sceptique Bayle s’écriftt : « Tôt ou tard on sera contraint d’abandonner les principes mécaniques, si on ne leük associe les volontés de quelques intelligences; et, franchement, il n’y a pas d’hypothèse plus capable de donner raison des événements que celle qui admet une telle association ^ . »
La science, sans cesse acculée devant la difficulté suprême des causes premières, n’a jusqu’ici rien de sérieux à mettre en ligne contre ce gouvernement du monde par les Esprits bons et mauvais : administratorii spiritus^. Aussi, lorsqu’un homme de bon sens pousse un physicien vers la cause première de tout mouvement naturel; lorsqu’il lui demande compte de la marche des astres, de l’ordre des saisons, de la force centripète ou centrifuge de ce monde, celui-ci, s’il n’a le sens catholique, ne sait-il que répondre. Il se tait; et, s’il parle, il ne profère que les mots stupides de hasard ou d’impulsion primordiale, de nécessité, de vertus de la matière, que sais-je encore? Un bon nombre, il est vrai, nous diront : Puissance et volonté de Dieu: réponse incomplète, et qui laisse ignorer par quelle voie s’exerce et nous arrive celte volonté toute-puissante.
Instruits que nous sommes par les traditions de Ynncienne synagogue, et par l’Église, ne craignons point de le répéter : Dieu seul est l’âme et le principe vital de ce monde. Présent partout , il le pénètre; et, partout agissant, il le
1 Article sur Plotin. — Lire ihid., page 22, etc., avec les autorités et les mots de Cuvier, de Lourdoueix , l’important passage du père W. Faber, dans le Saint Sacrement. Paris, 1857, trad. de Berhardt.
2 Saint Paul,//e&., ch. i, i. 14. Qui facitangelos suos spiritus et... Ibid., St. 7. — Principes et potestates, mundi rectores tenebrarum .liarum , spiritualia nequitiæ in cœlestibus. — Saint Paul , Ephes., cl). VI, \. 12, etc., etc. — Les mauvais anges restent subordonnes aux bons.
meut et le gouverne par la toute-puissance de son action sur des Esprits que l’amour, ou la terreur, unifie aux volontés de son éternel et immuable vouloir. Heureux sont les uns, parmi ces Esprits , lorsque sa volonté nous est miséricordieuse et secourable; tandis que les autres se réjouissent d’une joie féroce lorsqu’elle nous est contraire, rugissant de haine et d’envie dès que la plus minime bénédiction descend sur l’àme, sur le corps ou les biens de l’homme.
Mais que la masse de l’univers soit mue et vivifiée par des Esprits — meTis agitai mohm , — voilà ce qu’il ne nous suffit point de savoir. Aussi, dans son livre de la hiérarchie céleste (cap. ix), saint Denis descendant aux détails du gouvernement du monde , nous enseigne-t-il , d’accord avec Moïse, que non-seulement États et peuples (zW., saint Chrisost., Homil. 3, in ep. ad. Gel., etc., etc.), mais que chaque église , chaque ordre religieux , chaque homme, et chaque lieu sacré, vivent et prospèrent sous la tutelle toute spéciale d’un ange. (Lire D. Petavii, p. 141, 144, etc.) Mais pourquoi donc, mais à quoi bon, les infinies subdivisions de cette protectrice surveillance? Je l’ignore; mais peut-être l’insondable miséricorde de Dieu voulut-elle qu’un souille de la puissance angélique fût à l’homme, condamné à ne se régénérer et à ne se grandir que par l’humilité, un indispensable appoint contre la puissance et la malice des démons, déchaînés pour le soumettre à une vie de pénitence et d’épreuves. (Lire Loca infesta.')
Quoiqu’il en soit, cette puissance et cette forcenée malice ne dorment jamais. Écoulez , car de nombreux et augustes docteurs nous le crient : Le prince des ténèbres convoite nos iîmes avec une si dévorante ardeur, et si furieuse est sa rage à bouleverser la domination du Christ, qu’à chaque royaume, à chaque nation, sa main prépose et répartit des préfets d’enfer, des démons chefs et gouverneurs. A chacun
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d’eux la tâche spéciale est dévolue de semer et de répandre non-seulement les maux qui frappent les corps, mais de propager l’erreur religieuse, intarissable fléau, peste et ruine des familles et des individus. (Lire D. Petavii, p. 512, etc.)
Et la vigilante sollicitude de l’enfer, contre lequel Dieu sait nous rendre la lutte facile et simple', ne se limite point à cet ordre général de lléaux ; car chaque genre, chaque spécialité de vices, a ses excitateurs particuliers et ses démons propres, dont la charge est, en se pliant aux ordres d’un chef à part, d’insinuer et de fomenter dans le cœur des hommes le genre de vice ou de crime auquel il préside. Le chef détestable et artificieux de la milice infernale redouterait la faiblesse et l’impuissante rage de ses satellites, s’il les laissait s’isoler et militer chacun sous l’unique inspiration de son astuce et de ses fureurs !
Saint Jérôme, portant son attention sur cet ordre de faits, s’est donc écrié : De même que le Christ est le chef, la tête de l’Église et de tout homme {Ecclesiœ et omnis viri)^ de même Béelzebub est le chef de tous les démons qui sont déchaînés en ce monde (in c. iii Habacucj, et chacune de leurs troupes a ses princes ! Ainsi les Esprits de fornication et de passions impures, les Esprits d’avarice, les Esprits d’ambition, d’orgueil, de révolutions, d’hérésie ont leur archonte et leur chef. [Ibid., D. Petavii, p. 515, 516, 517.)
Se rencontre-t-il, par exemple, un homme que distinguent ses vertus et l’éclat de son mérite , soyez sûr que les plus puissants d’entre les démons ne tarderont guère à entrer en lutte contre ce saint guerrier.
Saint Pacôme demandait à un démon : « Et qui donc es-tu? — Je suis celui qui précipite à terre ceux qui sont la lumière de la sainteté; je suis celui qui les enveloppe
‘Saint Thomas, Somme, première partie, q. -Hl, 113, etc. — Sainte Térèse, sa vie par elle-même, p. 425. Paris, 1857.