‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 219 sur 243 · INDIQUÉ COMME NOTE A LA PAGE 2'I · texte numérisé non relu

INDIQUÉ COMME NOTE A LA PAGE 2'I

Les phénomènes de Morzine et MM. les D*'® Chiara, Michéa,

Lélut, Brownson.

La crainte de grossir démesurément mon livre, ou de fatiguer le lecteur, m’oblige à retrancher de mon œuvre des chapitres entiers ; la préférence, lorsqu’il s’agit de ces exécutions, doit tomber sur ceux qui trouvent ailleurs leur analogue. Je supprime donc un fort attachant chapitre où je décrivais les phénomènes qui , depuis le mois de mars 1857, n’ont presque un instant cessé de s’accomplir à Morzine. Morzine est un gros bourg de la Savoie où, gens et hôtes, quoi qu’en disent certains docteurs de l’école négative, ont été possédés de la façon la plus complète. Cette épidémie atteignit plus de cent individus, la possession sautant quelquefois de l’homme sur la brute et revenant de la brute à l’homme. Elle offrit, disons presque elle offre encore, dans leur riche et bizarre variété, les caractères les mieux tranchés du Surnaturel. Quels que puissent être les contradicteurs, je m’exprime en homme qui a lu les procès-verbauœ et les récits autographes des principaux témoins ecclésiastiques, médicaux et laïques, de ces faits; j’ajouterai môme que, parmi ces prêtres, plusieurs avaient débuté par une déclaration d’incrédulité très-formelle. Mais, outre les faits qu’ils virent de leurs propres yeux, ils observèrent que le traitement médical prescrit à ces malheureux n’avait pour effet presque invariable que d’irriter et d’exaspérer leur mal. Les exorcismes, les pèlerinages, les prières, au contraire, tes guérissaient subitement ou les calmaient; ils en étaient le remède sensible. Que restait-il à penser et à dire devant l’étourdissante répétition de ces faits?

Mes documents individuels concordent de tous points avec

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ceux que M. de Mirville publie dans le volume de son Livre des Esprits, de l’an 18G3. Je renvoie donc le lecteur à ces détails remplis d’intérét, ainsi qu’il m’est permis d’en juger par la feuille détachée que l’auteur m’adresse (son livre^ p.‘213), et qui, à l’endroit des médecins dénégateurs, occuperait merveilleusement sa place dans mon chapitre de l’hallucination. J’ajouterai que la prédisposition spirituelle au mal causé par ces Esprits de maladie (saint Luc, Spiritus infirmitatis, ch. xm, ii. 11) paraît avoir été, de la part des Morzinois, l’imprudence avec laquelle ils se livrèrent à la consultation des tables parlantes. La prédisposition corporelle fut peut-être celle qu’indique M. le D*" Boudin, médecin en chef de l’hôpital militaire de Saint-Martin, dans la remarquable brochure qu’il a la bonne pensée de m’envoyer, et qui porte pour titre : Dangers des unions con sanguines p. 55, opuscule que toutes les familles et tous les éleveurs ont le plus grand intérêt à se transmettre de génération en génération. (Baillière ; Paris, 1862 ; in-8% 82 pages.)

Hélas! tout pressé qu’il était par le temps, M. de Mirville s’était acheminé vers ce théâtre de faits excentriques avec la résolution bien ferme de le visiter. Mais on soupçonnerait que le diable se mit, ce jour-là, de la partie pour lui barrer le passage : vents fops, feux électriques et pluie furieuse,

les éléments en démence se déchaînèrent au moment où il

se préparait à gravir ces montagnes ; puis, après cela, le temps lui manqua... Voici ce que, le 22 avril, il me mandait à ce propos :

(( Mon cheval attelé à une planche, pour me conduire

à l’entrée de la gorge de Morzine, et l’impossibilité de faire autrement tes sept lieues de pays, onze lieues de poste, — qui m’en séparaient, ne m’arrêtaient nullement, lorsque des torrents diluviens m’ont forcé d’obéir au conseil général des habitants de Thonon, en m’abstenant... »

HORS-D’CEUVRE.

M. de Mirville se désole de ce contre-temps, et d’autant plus que le tribunal de Thonon était « saisi de l’alTaire par les hommes possédés eux-mêmes , qui sont venus en masse s’accuser réciproquement de se jeter le diable. Comme Thonon est français, notre ministre de l’intérieur a demandé un rapport, et la science en a envoyé un que vous pouvez deviner... » Le devinera comme moi quiconque aura rencontré dans mes pages MM. les D*"® Calmeil et Michéa. {Lettre de M, de Mirville à M. des Mousseaux, 22 avril 1860.)

En tout cas, M. le D''Chiara, répétant les principaux docteurs de l’école négative qui se sont occupés de cette affaire, déclare que le mal de Morzine est d’une ressemblance frappante avec celui des ursulines de Loudun et des convulsionnaires du jansénisme (p.29); qu’il n’est point l’hystérodémonie, ni la démonomanie d’Ksquirol.

« Serait-ce, ajoute-t-il, une véritable possession diabolique, une maladie surnaturelle? — Cette assertion Tiest pas discutable, aujourd’hui que les progrès de la science r ont éclairée. » — Serait-ce donc une hystérie? — Non, une foule de symptômes nous défendent d’y croire. — Mais que sera donc ce mal, monsieur le docteur? car, en vérité, nous sommes nés curieux. — Eh bien, ce mal est sui generis, c’est-à-dire d’un genre à part. — Mais, docteur, un genre à part exige, pour se bien entendre, un nom à part, et votre sui generis ressemblerait fort à un aveu scientilique d’ignorance, à l’impuissance de trouver le nom juste, peutêtre môme au déni du nom que la science, hostile au Merveilleux

— Eh bien, puisque vous le voulez, attachant peu d’importance aux dénominations, nous nommerons ce mal hyslérodémonie !

— Bravo ! monsieur le docteur; vrai coup de maître, et quelle admirable logique! Eh quoi! ni le démon, ni l’utérus.

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ne sont les coupables de ce mal; donc, il faut le nommer bystéro-démonie, c’est-à-dire d’un nom qui déclare que l’un et l’autre en sont la cause! O Molière! (Lire p. 20 à 30, broch.)

Mais M. le LT Michéa presse le pas pour venir en aide à ses confrères de la science moderne. [De J a sorcellerie , Revue contemporaine , févr. 1862.) Hélas! le temps et l’espace ne me permettent que quelques rapides enjambées sur le terrain qu’il s’est choisi. — Quel dommage! Deux ou trois mots cependant suffisent à nous révéler cet auxiliaire.

Et d’abord, M. le D*" Michéa d’entonner les louanges de M. le D'' Lélut, vainqueur — grâce au progrès de la pathologie nerveuse — de la chimère du démon de Socrate ; puis il salue, dans M. le D‘‘ Calmeil, le flambeau qui dissipe les ténèbres répandues sur l’histoire de la possession. (^P. 533.)

J’eus l’honneur, il n’y a qu’un instant, de prendre corps à corps M. le D'’ Calmeil, et le public est devenu le juge de cette lutte. (Ch. x, p. 202.) Quant à M. le D‘‘ Lélut, ce fut aux applaudissements de Paris et de Londres que ce savant resta brisé sous les étreintes de M. Granier de Cassagnac, champion aussi redoutable que spirituel du démon, qui, jadis, avait pris Socrate pour monture. (Articles publiés dans le Constitutionnel y vers la fin de M. Cauvin, faciles donc à retrouver.)

Mais un exemple vaut tout un discours; voyons donc avec quel singulier bonheur M. le D*’ iMichéa s’élève au niveau de ses doctes confrères.

«Naguère encore, écrit-il, tout était chaos dans l’idée qu’on se formait de la Magie. D’où venait cet art , prétendu surnaturel? ... Sur tout cela, on ne savait rien’ ! »

* Revue contemporaine, fév. 1862, p. 526, etc. L’auteur combine toutes ses forces avec celles de la science pour assaillir le Merveilleux. Que lui demander de plus?’Nous le renvoyons à I\t. Victor Hugo (ci-dessus ch. x, p. 218 ; relire ce précieux, passage.) En dehors des

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