‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 220 sur 243 · HORS-D’ŒUVRE · texte numérisé non relu

HORS-D’ŒUVRE

On ne savait rien; magnitique aplomb! Que voulezvous? La pathologie nerveuse, n’ayant point encore enfanté son Napoléon, dormait en attendant l’heure de ses conquêtes futures. Mais enfin cette heure sonna. Pièce à pièce, la science brisa donc tous ces grands phénomènes, devant lesquels nos pauvres aïeux avaient si misérablement courbé l’échine.

Parmi ces étrangetés, figurait la suspension des corps en l’air, le vol ou le voyage aérien. Qu’il nous suffise de savoir de quelles ressources vient d’user la science, aidée de toute la bonne volonté de M. le docteur Michéa, pour ruiner ce dernier phénomène. Ainsi nous sera révélée d’un coupla distance qui sépare le savant du vulgaire.

« La pathologie, — dit avec un charme inexprimable de gravité ce docteur, — est en mesure de se prononcer sur le soi-disant pouvoir de s’élever volontairement du sol, et de se tenir suspendu en l’air. » En effet, « dans quelques maladies nerveuses, l’homme perd la conscience du poids d’une partie ou de la totalité de son corps... L’illusion en vertu de laquelle on s’imagine ainsi quitter le sol, pour planer dans l’espace, est un problème dont la solution fut longtemps, introuvable. » {Id.^ p. 562.) Mais, attention, lecteur, attention, la voici trouvée!

Comment Simon le Magicien, précipité du haut des airs par la parole victorieuse de saint Pierre, planait-il au-dessus des tètes de tout un peuple? Comment le médium JJorne se tient-il nageant et suspendu dans le milieu aérien de nos salons? {Ci-dessus y ch. i".) Le voici; quoi de plus naturel, en vérité?

Trois filets nerveux, dit M. le D" Michéa, traversent cha-

guillcmels, je résume la partie logique de sou tU licle, qui dénote, non ■point un homme sans talent, il s’en faut, mais un savant halluciné par ses préjugés d’école.

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cun de nos muscles. L’un est sensitif, l’autre moteur, et le troisième donne au cerveau le sens musculaire, la notion du poids et de la lassitude. Or, la paralysie de la sensibilité des muscles vient-elle à se produire, le malade commence à perdre le sentiment de la pesanteur. Dégagé des liens de la matière, il s’élève, il fend les airs, il y plane... Ainsi parle et raisonne notre docteur; et sa parole signifie que son malade rêve, qu’il est en proie à quelque crise hallucinative, qu’il se figure planer au-dessus du sol. Voilà donc le grand phénomène des voyages aériens scientifiquement expliqué! le voilà purgé de tout Merveilleux! Enfants que nous sommes, ce n’était qu’un songe !

Qu’un songe ! Mais pourtant des milliers de personnes le voyaient se réaliser! ils suivaient des yeux ces corps flottant en l’air, et fendant l’espace. Qu’allez-vous ordonner de tous ces yeux, docteur Michéa? Ne seraient-ils point gênants, embarrassants, cruels, si la science, aujourd’hui docile à ses grands interprètes au lieu de leur dicter ses lois, ne se hâtait de convertir en hallucinés quiconque prête son témoignage au Merveilleux? Mettons-nous donc tout simplement à croire, pour entrer dans votre pensée, docteur, que par une sorte de contre-coup cérébral, ou de choc-en-retou?^ électro-nerveux , ces milliers de spectateurs partagent l’illusion de votre malade. Le regardant étendu sur son lit de douleur, ils se figurent tous à la fois, s’il rêve voyage aérien, — le voir essorant au-dessus de leur tête. Ainsi le délire, qui transporte idéalement le sujet alTecté de paralysie musculaire, se partage en deux moitiés, dont l’une saute de son cerveau dans les yeux témoins de son mal. Mes yeux, s’ils le contemplent, voient son rêve ; j’y participe, et je me crois en plein domaine de réalités. Phénomène d’où reste à conclure que ce qu’il plaisait à nos pères d’appeler prodige n’est rien de plus, aujourdhuii qu’un simplé désordre cérébral

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en partie double. Quoi de plus clair... pourM.leD^Michéa? Aussi, de quel joyeux gosier s’écrie-t-il : « 11 était réservé à la science contemporaine de projeter la plus vive lumière sur cette question. » (/rf., p. 562.) « Les conquêtes toutes récentes de la pathologie. . . font donc disparaître les dernières traces ‘des ombres répandues sur l’histoire de la démonologie! » (P. 565-6.)

O pathos! ô conquêtes et conquérants de la pathologie! ô caractéristique aplomb des hallucinés!... ô les vigoureux successeurs du digne et docte Bauragarlen, le médecin de S. M. Charles XI, de suédoise mémoire, lequel voulait, morbleu! que le sage doutât de tout, excepté de la médecine!

Devons-nous rire ou redevenir sérieux j et laisser retentir cette parole de Pascal: « En vérité, il est glorieux à la religion d’avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables; et leur opposition lui est si peu dangereuse qu’elle sert, au contraire, à l’établissement des vérités que la foi nous enseigne. » (Pascal, Nécessité dJ étudier la religion ^ 2® partie, art. 3; Paris, 1856.)

Sagement irrité contre ces savants, pour le mérite desquels nous professons une haute et sincère estime lorsque nous les trouvons hors des crises de l’état hallucinatif dans lequel les témoins et les défenseurs du Merveilleux leur semblent plongés, M. le Brownson leur adresse ces remarquables paroles, bien dignes d’être gravées sur les portes de nos Facultés I « Vous repoussez l’autorité en matière de foi, et vous l’exigez en matière de science! Ce que vous ne voulez, à aucun prix, que Rome soit pour la religion, vous prétendez, ù tout prix, que l’Académie le soit pour tout phénomène !... »

Or, « vos savants académiciens commencent généralement leurs iuvestigations avec la persuasion que les faits allégués

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sont impossibles, et ils font rarement attention aux phénomènes qui passent devant eux. Tout entiers à leur scepticisme, ils ne voient pas ce -qui se fait réellement. Ils s’étudient exclusivement à dénaturer les phénomènes qu’ils voient; ils en éliminent le caractère surnaturel ou surhumain. Les avocats passent pour les plus mauvais témoins du monde, et les académiciens sont les moindres des gens pour observer des faits. Dans les choses qui dépendent des sens, je me fierais beaucoup plus à un paysan ouvert, honnête et illettré qu’à un Arago ou un Babinet, car il n'a point de théorie qui le trouble, point de conclusion à établir ou à réfuter. »

« M. Babinet, de l’Institut, vient d’écrire un article où il déclare impossibles les phénomènes allégués par nos récents spirites, parce qu’ils contredisent les lois de la gravité. Pauvre homme ! il raisonne comme si les phénomènes opposés aux lois de gravité étaient supposés produits par ces lois mêmes, ou du moins sans une puissance qui les domine. Mais c’est précisément cette contradiction des lois de la gravité qui fait le Merveilleux du phénomène, et c’est parce qu’il est contraire à ces lois que' nous le disons surnaturel. Le docte membre de l’Institut prétend que le fait est impossible parce qu’il serait surnaturel; donc le Surnaturel est impossible parce qu’il serait surnaturel!... Quand je vois un homme élevé à la voûte sans auxiliaires visibles, et, là, restant suspendu la tête en bas, je ne prétends point que ce fait soit d’accord avec la loi de gravité; mais l’essence du fait, — que M. le D'’ Michéa nous explique si bravement par la paralysie des filets nerveux, — réside dans cette opposition. Nier le fait pour cette raison, c’est dire que la loi de gravité ne peut être surmontée ni suspendue; c’est là le sophisme qui se nomme une pétition de principes. Que cela soit ou non contraire à la loi de gravité, le fait d’'une table ou d’un

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homme élevé au plafond se vérifie facilement par les sens, et on doit l’admettre quand des témoins d’une capacité et d’une bonne foi ordinaire l’attestent... Ce serait une immense consolation que de trouver un illustre académicien initié 'pratiquement aux éléments de la logique. »

Et d’ailleurs, « les démons peuvent ne pas aimer à manifester devant vos commissions scientifiques leur pouvoir surhumain. Ce pourrait être contraire à leur intérêt. Ils sont sûrs des membres de ces commissions, aussi longtemps qu’ils les entretiennent dans leur scepticisme )j, — c’est-à-dire dans leur hallucination. — Mais ces savants, une fois forcés de reconnaître l’existence de Satan, pourraient aller plus loin, reconnaître celle du Christ, devenir chrétiens et travailler à harmonier la science avec la foi » ! (Le D’’Brownson, Esp. et scènes du monde invisible, ch. xxiv, livre admirable de sens et d’esprit, p. 203.)

Oui, les docteurs dont les yeux surprennent des faits merveilleux, et ne peuvent en saisir les caractères, procèdent selon le vœu des écoles académiques, si glorieusement représentées à Charenton par M. le D"" Calmeil... Ils voient les faits, et raisonnent sur des hypothèses; ils entendent des témoignages universels, et les traitent de contes fantastiques. Quelquefois cejiendant ils s’étonnent , et la réalité va les vaincre ; mais ils se frottent un instant les yeux, et, au puissant contact de leur main, l’hallucination y refleurit.

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