‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 85 sur 243 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

iNous eussions, pour notre part, remplacé le mot idées parle mot images. — « L’halluciné, continue M. le D‘‘ Calmeil, rapporte ces idées aux appareils des sens, les convertit en sensations que, presque toujours, il attribue à l’action d’objets matériels qui n’agissent point actuellement sur ses organes, et en vient souvent à baser ces raisonnements sur ces données vicieuses de l’entendement. L’halluciné porte en partie le monde dans son propre cerveau. » (Calmeil, De la folie, etc., t. 1", p. 4; Paris, 1845.)

Est-ce donc, en premier lieu, que le simple bon sens ne signalerait plus au discernement du public deux hallucinations du genre le plus distinct: l’une naturelle et l’autre point? Chacune des deux élit domicile dans le cerveau de la personne humaine, empressons-nous de le reconnaître, et toutes deux <à litre d’exception; mais, seule, la première est du ressort de l’art médical! — L’hallucination est, et rien de plus simple à concevoir, un désordre, un dérangement organique et viciant le rapport des sens. Elle naîtra d’une lésion légère ou profonde, accidentelle ou persistante de la méninge, de la pulpe de l’organe cérébral,... ou bien, et rien n’y change encore, elle existe lorsque les nerfs, lorsque le sang, lorsque les fluides du corps, surexcités dans leur action et dans leur cours, troublent le siège des sens pour y lancer ou y asseoir l’image de vains fantômes s’installant à la place des réalités de la nature.

Tel est, en termes suffisamment intelligibles, le phénomène exceptionnel et rare de l’hallucination , phénomène dont la fréquence serait la destruction de tout témoignage humain, de toute histoire, de toute certitude ou de toute relation régulière entre l’homme et son semblable. La raison du Dieu vrai répugne donc à cette fréquence, et le bon sens doit prendre en tendre pitié ceux qui se résignent à l’admettre; ils ont grand besoin d’être soignés.

LE MONDE MAGIQUE

Disons encore, et de nous-môme, qu’outre celte hallucination de l’homme isolé, de bizarres circonstances pourront naître où quelques vives et puissantes impressions, reçues à la fois par un certain nombre de personnes, étendront tout d’un coup sur elles le phénomène hallucinateur et lui donneront un caractère collectif. Vérité d’où prendra sa pauvre raison de s’élever et de retentir à tout propos contre le témoignage des sens, cette autre éjaculation de quelques savants vulgaires : hallucinations collectives ! (^Eruditum vulcjus; Pline, Hist..^ liv. II, ch. VII.)

Hallucination collective! Tel est, en effet, le cri banal dont vous vous entendez assourdir aujourd’hui par la plèbe du monde scientifique dès que le moindre fait prodigieux, venant à tomber au milieu d’un nombre imposant de témoins, se trouve attesté sans désaccord. Si donc il est vrai que le dérangement organique et subit de plusieurs hommes soit plus rare que celui d’un seul, combien ce cri, dans sa fréquence, ne l’emporte-t-il point en absurdité sur celui que suscite au milieu de nous l’hallucination individuelle !

Hallucination collective ! Oui , dans le monde de la science fausse ou légère, il se fait le plus étrange abus de ces deux mots, ramés comme deux boulets de guerre et lancés contre la plus philosophique et légitime valeur du témoignage humain. Mais laissons de côté ces gens dont le verbe est plus haut monté que le bon sens; et, sur cet important sujet, prêtons l’oreille à l’un de ces hommes dont le nom brille d’un éclat solide dans les régions de la science purement profane; écoutons M. de Caudemberg, dont l’implacable logique réduisit en poussière le grêle et sophistique édifice de M. de Gasparin. Le livre de M. de Caudemberg est un de ceux dont je condamne et dont je déplore la doctrine! Les arguments de ce savant honorable, mais si cruellement égaré, ne sont donc point imaginés pour les besoins de ma cause.

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