‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 89 sur 243 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

propre égarement, — en tête des aveugles ou des hallucinés. Car l’hallucination consiste aussi bien à ne point voir des yeux du corps, ou de V esprit, ce qui doit frapper la vue, qu’a voir au nombre des choses existantes celles à qui toute réalité se refuse.

Ailleurs, le Christ reproche cette môme épidémie d’hallucinations aux villes qui sont restées aveugles devant la foule de ses miracles. Dans chacun de ces lieux, les docteurs de la loi, les scribes, les pharisiens, tout ce qu’il y a de ‘savant et d’ÉiMiNENT chez le peuple juif le suit, l’accompagne, l’épie, le perce, le poignarde du regard; et leur intelligence reste aveugle devant la Lumière dont il est l’éclat! Ces miracles, pourtant, vont convertir les peuples les plus policés et les plus sceptiques de la terre ’ ! ils sont aussi nombreux qu’éclatants. L’Évangéliste témoignant qu’ils s’échappaient à flots de cette source de puissance et de vie, l’exprime par ces naïves paroles : « Si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde même pût contenir les livres qu’on en écrirait! » (Saint Jean, ch. xxi,^. 25.) ...Eh bien, les moins aveugles en Israël de les attribuer aü démon; et les lettrés du plus haut renom, et les niais les plus distingués dans la science, de s’accorder avec les fourbes pour traiter le Christ d’imposteur (on dérive niais ou nieur de negare). Enfin, l’ÉLiTE de la nation , quil étonne un instant , le crucifie. Jésus lui-même tient à proclamer cet aveuglement que la justice suprême leur inflige, et quHl faudrait dire incroyable si, justifiant alors les antiques prophéties, il ne se répétait encore et à la journée sous nos regards.

Ils ont des yeux et ne voient point; leur hallucination morale se répercute dans leurs sens; et la lumière a beau les

^ Témoin Lucrèce! témoin Juvénal ;

Necpueri crcdunt, iiisi qui ninidnni tvro lav.nnliir.

(Snlirt', H.)

U)î2 LE MONDE MAGIQUE.

assiéger, toute leur nature la repousse. Suant la passion et enduits d’orgueil, ils sont imperméables à l’évidence, et la parole miséricordieuse du Christ les peint en deux mots : Pardonnez-leur mon père, ils ne savent ce qiiils font! Voilà le trait qui, du haut du Calvaire, et de la bouche même de celui dont le symbole est l’agneau, brille au front et stigmatise la science, pleine de mépris pour toute hauteur qui la domine, pour toute vérité qui n’adhère point à ses systèmes.

Déjà pourtant, et sans régénérer la vue des hommes les plus prompts à s’halluciner, le Christ avait effrayé de ses menaces ceux dont les yeux ne se fermaient au jour que parce que l’orgueil les avait dressés pour ses ténèbres : « Et toi, Capharnaüm, i' élèvera s-tu toujours jusqu au ciel? Tu seras abaissée jusqu’au fond de l’enfer, parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été fails dans Sodome, elle subsisterait peut-être encore aujourd’hui.); (Saint Matth., ch. xi, V- 23.) .i.Oui, Sodome dont les habitants se ruent sur la maison où les anges de Dieu, qu’ils veulent saisir, viennent d’entrer sous la forme de radieux et attrayants jeunes hommes; oui, Sodome dont les habitants sont frappés par ces anges d’une si prodigieuse hallucination^ que, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, nul ne peut, de ses yeux largement ouverls, apercevoir la porte de la maison qu’ils brûlent du désir de rompre; eh bien, cette Sodome eût pu voir ce que tes yeux, plus hallucinés que les siens, ne voyaient point, ô Capharnaüm, toi qui, ne cessant de demander à tes propres forces de t’élever vers le foyer de la lumière, pour en tourner le flambeau contre son auteur, retombes, frappée parla lumière elle-même, dans les ténèbres de l’éblouissement. Sodome la brutale et l’infàme est donc moins aveugle que la philosophique Capharnaüm, parce que la brutalité des sens est moins réfléchie et, par conséquent,

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