CHAPITRE SEPTIÈME
moins infernale que l’extravagance et la brutalité de l’orgueil. Aussi X hallucination de l'esprit ou du cœur, étudiée à côté de l’hallucination des yeux du corps, est-elle une des preuves les plus irrésistibles du surnahirel, et de sa source. Elle est un châtiment qui descend d’en haut; elle est, hélas! dans l’ordre moral, elle est dans l'ordre relicjieuæ, et, en dehors meme du peuple juif, — ce modèle inelTahle d’hallucination doctrinale , — un des plus vulgaires et désolants phénomènes qui visitent, qui troublent et désordonnent le monde ' !
Et c’est toujours aux applaudissements des multitudes que les vérités, utiles ou douces, sont conspuées d’abord !... Mais, lentement et par degrés, perçant la nuit dont le voile les étouffe, elles finissent par reprendre le dessus. Souvent même elles deviennent la consolation et la gloire de leurs plus ardents persécuteurs ! Ramenée par quelque saint Paul, que le soleil de l’évidence frappe et renverse sur le chemin de Damas, la foule alors, revenant sur elle-même, plie le genou devant elles, adorant ce qu’elle avait crucifié !
Oh! si de nombreux savants daignaient faire un juste retour sur leur passé de fraîche date, combien d’humiliants
^ On composerait jusque dans l’ordre purement naturel un [dictionnaire des vérités huées par les savants, et devant lesquelles leur vue s’hallucina. Plus tard, ils donnèrent à ces vérités, reconnues par d’autres, l’éclat et la valeur que l’ouvrier des fondçries et des forges donne au métal, en le faisant sortir de la gangue qui lui est livrée.
Ne craignons point de le redire avec Pline, il y a dans toutes les sciences physiques, morales, politiques, une vraie plèbe de savants. Erudilum vulgus. IJist., liv. Il, c. vu. Elle se forme d’une multitude d’hommes à qui manque toute élévation de cœur et de génie; et le mot de Cicéron tombe d’aplomb sur cette foule : Vulgus ex veritate pauca, ex opinione multa (estimât. {Pro Roscio, cap. x.) Prenant son ' essor au-dessus de cette cohue, dont la sinistre induence pervertissait ■ à ses yeux les voies de la raison et de la politique, et se recueillant à leur aspect dans l’amertume dosa pensée, Chateaubriand, on se le rappelle, fit un jour tressaillir son épo(iue de ce cri d’aigle : La bétise va devenir une puissance !
164 LE MONDE MAGIQUE
souvenirs ne modifieraient-ils point, dans leur langage, le sens et la valeur de ce mot : hallucination!... Avant doncde jeter le sarcasme à la face de tous les grands hommes dont le témoignage a mille fois confirmé les réalités du Surnaturel, sans doute voudraient- ils étudier eux-mômes, avec quelque maturité, cet ordre de faits et d’idées! sans doute alors la prudence reprendrait-elle sur eux quelque empire, et leur conseillerait-elle de bien regarder, de bien voir si l’hallucination, si cette infirmité, dont ils ne cessent de découvrir le symptôme dans les yeux de leur prochain, ne serait pas simplement la propre maladie de leur vue!
Le spectacle de cette hallucination des esprits cultivés, la merveille de cet aveuglement des yeux qui paraissent être sains et limpides; la vue de cette démence des rationalistes déraisonnants J de cette folie quelquefois des corps les plus éclairés {scribes, docteurs de la loi, académies, etc., etc.); voilà le miracle qui, s’insurgeant, se dressant au-dessus des miracles du Christ, et les couvrant de son ombre, navra
le plus son cœur divin ; voilà le prodige , dont les plus grands génies de l’humanité conçurent l’indignation la plus vive, l’humiliation la plus profonde !
Plein d’un respect humble et sincère pour les hommes dont les travaux illustrent l’Europe, traduisons au tribunal de l’opinion quelques-uns des délinquants de la science et des lettres profanes; essayons, par leur exemple, de détourner à jamais de la tête des savants tout reproche assez justement dirigé pour les atteindre, et appelons d’eux à eux-mêmes. Enfin supplions-les, en toute simplicité, d’imposer désormais silence à quelques voix imprudentes, et parties de leur sein, qui feraient retomber sur eux, d’un' poids écrasant, ce cri devenu banal dans la bouche des aveugles ou des hallucinés : Hallucination 1 hallucination !