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L’ail, Allium (Liliacées), fournit à l’art culinaire comme à la médecine, des bulbes d’une odeur et d’une saveur très fortes. Pilés et pulpes, ils irritent fortement la peau et amènent la rubéfaction. Ils entrent dans la composition du vinaigre des qiiatre-voleurs. A l’intérieur, l’ail est un stimulant des voies digestives, un carminatif. On a dit que l’ail, appliqué sur le nombril des enfants, tuait les vers ; en lavement, il est certain qu’il détruit les oxyures ; pris à l’intérieur dans dü lait, il déterminera l’expulsion des lombrics et peut-être du ténia. On a vanté l’ail comme diurétique et on l’a recommandé dans la gravelle.
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1. — L’alcool n’estpas nécessaire, on peut même dire quil est nuisible à l’enfant sain; peut-il être utile à l’enfant malade, et dans quels cas? Voilà la question que nous avons à résoudre.
L’usage habituel, quotidien, de l’alcool dilué (vin, bière,
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cidre), n’est pas recommandable dans le jeune âge ; le cerveau de l’enfant n’a pas besoin de cet excilant; son estomac, son foie, son rein ne peuvent qu’être défavorablement impressionnés au contact de l’alcool. Si l’alcool dilué tel qu’il nous est offert dans les boisso)îs hygiéniques est condamnable, nous devons repousser, avec bien plus d’énergie encore, de l’alimentation de l’enfant sain, les alcools concentrés (eaux-de-vie, rhum, liqueurs, etc.). Et cependant nous voyons tous les jours, dans les grandes villes, dans les cités ouvrières, des enfants suivre l’exemple de leur entourage et se livrer de bonne heure à la boisson. alcoolisme n’est pas inconnu dans l’enfance et la littérature médicale est déjà riche en observations de cirrhoses, de tremblements, de delirium tremens, de -tuberculose, engendrés par l’usage des boissons fermentées.
Biggs (de New-York) a fait l’autopsie d’un garçon de treize ans mort de cirrhose hépatique ; cet enfant avait eu, à l’âge do deux ans et demi, une bronchite traitée par le whisky ; il y avait pris goût, et il en buvait à la fin cinq à six verres de 30 à oO grammes par jour.
Blagowescbtschenski a fait aussi l’autopsie d’un enfant de dix ans mort de cirrhose atrophique, qui, depuis l’âge de deux ans, prenait deux verres à bordeaux de vin rouge par jour.
Demme (de Berne) déplorait que l’alcool fût entré dans l’alimentation régulière des enfants, et il avait vu plusieurs cas de cirrhose alcoolique dans le jeune âge. Sur 53 enfants arriérés, 29(64,4 p. 100) avaient des parents alcooliques.
Une fillette de six ans (G. Coulon) se présente avec une agitation extrême, les allures d’une folle, des cris, des grincements de dents ; elle, revient de la campagne où elle était en garde et où elle buvait du vin pur et de l’eau-de-vie ; pâle, maigre, ayant des pituites, des vomissements, de l’insomnie, des cauchemars, elle a présenté, par la suppression de l’alcool, du delirium Iremtms. Un garçon de cinq ans (Colin., Berl. Klin. Woch.., 1888) entre â riiôpital pour une fracture du fémur droit; le lendemain, excitation, loquacité, delirium Iremens., tremblement, hallucinations nocturnes terriliantes. Le grand-père de cet enfant, qui était débitant de vin, lui faisait absorber, depuis deux ans, un petit verre d’eau-de-vie tous les jours, sans compter la bière, le vin de
Hongrie. Chez ces enfants, comme chez les adultes, le delirium tremens apparaît sous l’influence de l’ahstinence.
J’ai vu plusieurs adolescents, garçons marchands de vin à Paris, contracter dans cette profession éminemment insalubre et qui devrait être classée^ des habitudes alcooliques les conduisant à la gastrite, au tremblement, à la tuberculose pulmonaire. Lancereaux a insisté avec raison sur les rapports de l’alcoolisme avec la tuberculose.
L’alcool est donc un inal pour l’enfant sain, et il faut l’en préserver. Serait-il donc un bien pour l’enfant malade? Avant d’étudier les indications et contre-indications de l’alcool, disons un mot de son action physiologique.
II. — L’alcool est, pour le système nerveux, un excitant^ cela est incontestable ; il provoque l’agitation, la gaieté, la loquacité, il donne de l’entrain, il semble augmenter la force musculaire, les contractions du cœur, les mouvements du poumon. Cette action tonique générale, passagère il est vrai, semble bien dépendre d’une excitation nerveuse, d’une imprégnation des centres nerveux par l’alcool en circulation. Une faible partie de cet alcool s’élimine en nature, par les émonctoires, par les poumons, etc. ; l’autre partie (97 à 98 p. 100), est brûlée dans l’économie et se transforme en eau et en acide carbonique. A dose forte, l’alcool n’est plus un tonique, mais un déprimant; il ne relève pas, il abat, comme on peut le voir dans l’ivresse. Binz a remarqué que de petites doses élèvent la pression sanguine tandis que de fortes doses la font baisser.
L’alcool est un diurétique^ mais c’est un diurétique irritant pour les épithéliums des tubuli, congestionnant pour le rein; cette action est accessoire, d’autant plus que l’urée excrétée serait diminuée. Tablant sur cette hypoazoturie, on a pu dire que l’alcool était un aliment d’épargne.
L’action stimulante est certaine, l’action nutritive est médiocre, l’action antipyrétique demande des explications. Quand on donne, à un enfant, l’alcool môme à dose forte, on ne remarque pas d’abaissement notable de la température centrale. Cependant Binz affirme qu’une dose élevée (40 grammes d’alcool répondant à 90 ou 100 grammes d’eau-de-vie) abaisse la température. Reste à savoir si la dépression thermique obtenue à ce prix est inipor-
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tante et favorable. On peut en douter. On a dit aussi que l’alcool était un antiseptique général d’une certaine valeur et on l’a pres- •crit, pour cette raison, dans les septicémies les plus diverses (1). Peut-être, en pareil cas, faut-il plus compter sur son action stimulante que sur son pouvoir bactéricide. C’est ainsi que, dans les grandes hémorragies, l’alcool agit aussi comme stimulant, comme antisyncopal. Partout,! on le voit, revient cette action stimulante, la plus incontestable des propriétés de l’alcool, celle qui justifie son emploi en thérapeutique.
Il ne faut pas oublier l’action locale que les diverses boissons alcooliques peuvent exercer sur les viscères ; cette action locale d’irritation, de congestion, d’atrophie, de dégénérescence des épithéliums et des éléments glandulaires, de prolifération des éléments conjonctifs, s’observe dans l’estomac, l’intestin, le foie, le rein, les nerfs, le cerveau, les artères. Et l’alcoolisme peut déterminer, à la longue, la gastro-entérite, l’hépatite chronique, la néphrite, les névrites et encéphalites chroniques, l’athérome, etc. Pour éviter ces conséquences lointaines de l’imprégnation alcoolique, il faut prescrire des boissons diluées, à doses modérées, et non indéfiniment répétées.
L’usage passager de l’alcool n’a pas de grands inconvénients ; l’usage prolongé expose à des dangers redoutables.
III.— L’ entrée de l’alcool dans la thérapeutique infantile est de date relativement récente. Sans doute on a bien, de temps immémorial, prescrit aux enfants malades du vin et autres boissons d’un titre alcoolique faible. Mais on peut dire que l’alcool n’a été employé couramment que depuis Todd (1860). C’est à Robert Bentley Todd, professeur à Iving’s College, que revient l’honneur d’avoir mis à la mode le traitement des maladies aiguës par l’alcool. Bébier en France (1864) vulgarisa sa méthode et son élève Gingeo t montra qu’elle était applicable aux enfants {Essai sur l'emploi thérapeutique de l’alcool chez les enfants, thèse de Paris, 13 juillet 1867).
L’ûge n’est pas une contre-indication, et les émules de Todd ont prescrit des doses formidables d’alcool à des enfants de moins de
(1) Capitaii dit que remploi systématique et à liaules doses do l’alcool dans toutes les maladies infectieuses est une véritable erreur [Les maladies infectieuses, Paris, 189ü, chez Rueff).
deux ans. C/est ainsi que le D'' Anstie a vu un enfant de quatorze mois, atteint de pneumonie, prendre par cuillerées à café jusqu’à 6 onces de porto (soit environ 190 grammes).
Une fille de quatorze ans (Beale), atteinte de rhumatisme articulaire avec péricardite et pneumpnie, a pris 10 onces (plus do 300 grammes) d’eau-de-vie par jour pendant onze. jours et a guéri.
Au London Hospital for sick Children, Gingeot a vu donner couramment de 2 à 8 onces d’eau-de-vie à des enfants de six ans. Au London Lever Hospital, un scarlatineux de dix ans prenait 6 onces de brandy, et un enfant de trois mois en recevait 3 onces.
Sans tomber dans ces exagérations qui, aujourd’hui, nous paraissent condamnables, West, Rilliet et Barthez, F. Bricheteau, prescrivaient l’alcool dans certaines maladies de l’enfance, dans la diphtérie, dans la broncho-pneumonie, dans la diarrhée cholériforme, etc.
Voici ce que disent Barthez et Rilliet à propos du catarrhe suffocant :
« Lorsque l’oppression est considérable, lorsque l’enfant n’a plus la force de vomir, de tousser, d’expectorer; si le visage est altéré, si le regard a perdu l’éclat fébrile pour prendre une apparence terne et inanimée; si la face est légèrement violacée et que les extrémités aient de la peine à se réchauffer, il ne faut pas hésiter, quelle que soit la forme anatomique et symptomatique, à recourir aux stimulants toniques. Il faut choisir un vin de liqueur, malaga, madère ou porto ; le donner par cuillerées à café ou par cuillerées à soupe, mêlé à trois ou quatre parties d’eau. Dans les cas pressants, on doit l’administrer toutes les demi-heures ; dans les cas moins urgents, toutes les deux ou trois heures. »
Dans quelles maladies faut-il donc prescrire l’alcool, dans quelles maladies faut-il s’en abstenir?
« L’alcool, a dit Todd, peut être employé dans toutes les maladies où existe une tendance à la dépression des forces vitales, et il n’est point de maladie aiguë où cette dépression fasse défaut. » Et l’on a remarqué que cet alcool était mieux toléré par les fébricitants que par les malades apyrétiques et par les sujets sains.
« Comme Todd, dit Béhicr qui prescrivait de 80 à 300 grammes d’eau-de-vie par jour, j’ai vu l’alcool faire cesser le délire, fàire
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tomber le pouls,, abaisser la respiration et déterminer souvent une transpiration abondante, malgré laquelle les forces se relevaient. Jamais je n’ai observ^é le moindre signe d’ivresse. »
A. Jacobi (de New-York) croit aussi ‘que l’alcool trouve son application dans l’alfaiblissement et la dépression vitale ; pendant les chaleurs de l’été, le bureau d’hygiène de New-York, à son instigation, recommande de faire prendre tous les jours une cuillerée à café de whisky. Les meilleurs effets de l’alcool s’observent dans la diphtérie toxique ; il a pu donner, dans cette maladie, jusqu’à 100, ISO, 200 grammes d’eau-de-vie par jour.
A. Seihert [Académie de médecine de New-York^ 14 mars 1893), ne donne plus l’alcool dans la gastro-entérite des enfants, mais des lavages intestinaux et la diète aqueuse ; dans le choléra infantile même, il remplace l’alcool par le café ou le thé. Il n’en donne plus dans la fièvre typhoïde et ne le prescrit, daps les pneumonies et broncho-pneumonies, qu’en cas de collapsus imminent. 11 l’a prescrit dans la scarlatine maligne, dans la gangrène du pharynx; il ne le croit pas nécessaire dans la diphtérie.
Norlhrup, Kerley, Stowell préfèrent la strychnine à l’alcool.
Kerley,- dans la diphtérie, a donné 8 onces de brandy en vingtquatre heures à un enfant de dix-huit mois, qui le supporta bien, mais qui mourut plus tard d’entéro-colite peut-être alcoolique.
Les médecins américains sont donc très divisés sur les indications de l’alcool en médecine infantile.
Von Jacksh regarde la faiblesse cardiaque comme la grande indication de l’alcool; il a remarqué, chez l’enfairt, avec de petites doses (1 à 3 grammes), une diminution, puis une augmentation de vitesse et de force du pouls. Il le prescrit dans les grandes hémorragies, dans les affections fébriles aiguës, dans la diphtérie au début (fortes doses), dans la fièvre typhoïde, dans les mala- <lies infectieuses. Il a remarqué que les boissons très alcoolisées avaient une action excitante, les vins légers une action nutritive, la bière une action hypnotique.
llertzka donne l’alcool comme stimulant et médicament d’épargne dans la pneumonie, l’érysipèle, la lièvre typhoïde, la diphtérie, le collapsus des hémorragies. 11 a pu donner, sans inconvénient, en vingt-fjuatre lieures, à des enfants de trois à six ans, un demi-litre de vin rouge (à 1.0 degrés d’alcool), et 30 à 100 grammes de cognac.
Lg D'' Brown a fait des injections hypodermiques à'alcool^ dans l’asphyxie des nouveau-nés ; après deux injections de V à YI gouttes d’eau-de-vie, sous la peau du bras, l’enfant ouvre les paupières^ pousse un cri et revient à la vie. Dose maxima : XV gouttes.
Gingeot a donné l’alcool à haute dose (30, 60, 80, 100, 120,. ISO grammes d’eau-de-vie par jour) à des enfants du service de Jules Simon qui étaient atteints de pneumonie, de broncho-pneumonie, de coqueluche, de rougeole, de fièvre typhoïde. Il rapporte seize observations dans sa tbèse, et quoiqu’il ait eu six morts et un résultat inconnu, il conclut : que l’alcool a été inolTensif pour l’appareil digestif^ que l’appétit a été relevé et la bouche humidifiée ou nettoyée, que le pouls est tombé, que la température a été abaissée, que la dyspnée a été amoindrie, que la céphalalgie, l’agitation, l’insomnie, le délire ont été amendés, que l’ivresse a été absente, etc., etc.
Mais à l’époque où Gingeot écrivait, le Toddisme battait son plein, et sans mettre en doute la bonne foi d’un élève de Bébier, on doit faire la part de l’entraînement et de l’enthousiasme dont les néophytes savent rarement se défendre.
Aujourd’hui le temps a fait son œuvre, Todd est mort, ses émuler ont disparu ou se sont assagis et l’on est généralement revenu des exagérations de la première heure.
L’alcool est indiqué chez les enfants, dans les maladies aiguës fébriles, quand elles s’accompagnent d’adynamie profonde, de tendance au collapsus cardiaque, de dépression nerveuse ; il pourra donc trouver place, à l’occasion, dans la thérapeutique de la pneumonie, de la broncho-pneumonie, de l’érysipèle, de la fièvre typhoïde, des fièvres éruptives, de la diphtérie, de la coqueluche, de la gangrène pulmonaire, du noma, de la tuberculose^ de la péritonite aiguë avec vomissements, de l’appendicite, etc.
Il est contre-indiqué d’une façon générale dans les maladies chroniques où son usage prolongé pourrait être plus nuisible qu’utile. Les stimulants de cet ordre ne peuvent être employés que d’une façon passagère ; les répéter indéfiniment, c’est émousser leurs qualités stimulantes et favoriser leurs propriétés irritantes et dépressives.
L’alcool est formellement contre-indiqué dans les maladies du système nerveux, les méningites, les encéphalites, les convulsions, l’épilepsie, l’hystérie, la chorée, la tétanie, l’excitabilité
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cérébrale : les enfants nerveux doivent être absolument privés d’alcool. Il est contre-indiqué non moins formellement dans les néphrites aiguës et chroniques et dans toutes les variétés d’albuminurie. Il est contre-indiqué dans la dyspepsie chronique, la dilatation de l’estomac, l’entéro-colite, la dysenterie aiguë, les maladies du foie.
Il est contre-indiqué encore dans le rhumatisme articulaire aigu et les diverses manifestations de l’arthritisme, dans les dermatoses vésiculeuses, pustuleuses ou papuleuses, dans les endo et péricardites aiguës. Cependant la myocardite aiguë des fièvres, et le col lapsus cardiaque, quel qu’en soit l’origine, comportent l’usage momentané de l’alcool.
L’alcool est enfin contre-indiqué dans tous ces étals de faiblesse, de langueur, d’anémie, si communs chez les enfants qui grandissent ; chez eux, les parents n’ont que trop de tendance à user et à abuser des préparations alcooliques. Un garçon ou une jeune fille pâlit, maigrit, perd l’appétit, a des digestions pénibles; on accuse la faiblesse, la croissance, l’anémie, que sais-je encore, et, avant de consulter le médecin, on achète du vin de quinquina ou quelqu’une de ces préparations ioni-digestives et reconstituantes prônées à la quatrième page des journaux, et on en fait prendre de gré ou de force au jeune sujet. Au bout de quelque temps, le mal s’aggrave, les fortifiants mentent à leur nom, et on vient consulter le médecin qui prescrit du lait ou de l’eau claire, c’eslà-dire une abstention plus ou moins déguisée des préparations alcooliques.
Alors la situation s’améliore et l’on reconnaît, mais un peu tard, qu’on avait fait fausse route.