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IPÉCA

La plante brésilienne de la famille des Rubiacées qui porte le nom à! Ipécacuanha est utilisée en Europe depuis plus de deux siècles; sa fortune date de la cure du Dauphin de France faite par Helvetius en 1676. Peu de remèdes ont joui et jouissent encore d’une popularité égale à celle de l’ipéca. Aujourd’hui que les progrès de la Médecine remettent en question les vieux remèdes empiriques, le moment est venu de les étudier sans parti pris et au besoin de les défendre, de les sauver du naufrage, s’ils en valent la peine. Le vésicatoire semble près de succomber aux coups qui lui sont portés de différents côtés; l’ipéca n’aura-t-il pas le même sort? Peut-être, mais à coup sùr pas de si tôt. On continuera longtemps encore à prescrire l’ipéca eu médecine infantile et il me semble opportun de résumei- en quelques lignes les propriétés, les indications, la posologie de ce médicament.

La partie employée dans la plante est la racine, et dans la racine, c’est l’écorce qui contient le principe actif, Y émétine découverte par Pelletier. Cette substance entrerait pour 1 p. 10 dans la composition de la poudre d’ipéca ; 1 gramme d’ipéca pulvérisé contiendrait dix cenlkjrammes d'émétine. L’ipéca titre à peu près autant d’émétine que l’opium de morphine.

Quand on étudie les effets de l’ipéca sur les grandes fonctions de l’économie, outre les effets nauséeux et vomitifs qui sont de premier ordre et qui accompagnent rapidement l’ingestion, et les effets expectorants qui viennent en seconde ligne, on constate que ce médicament agit sur le cœur dont il ralentit les battements, sur les poumons dont il facilite et modère le jeu; il diminuerait

à la fois la fréquence des pulsations et celle des respirations. Cette diminution peut aller quelquefois jusqu’à la lipothymie et la syncope. De plus, Tipéca abaisse la température du corps. A doses faibles ou fractionnées, l’ell'et nauséeux et vomitif n’existe pas, et l’ipéca devient un expectorant, un sudorifique, un sialagoguo, un cbolagogue, un purgatif léger; il exagère alors toutes les sécrétions (salivaire, biliaire, intestinale, etc.). A doses massives, il peut avoir des inconvénients en affaiblissant le système nerveux, en favorisant la prostration, l’aspbyxie et la syncope.

L'ipéca est donc à la fois un vomitif, un pxcitant glandulaire , un dépresseur nerveux. 11 ne faut pas perdre de vue ces trois grandes propriétés si nous voulons bien saisir les indications et contre-indications de ce médicament.

Nous devons envisager d’abord l’action vomitive de l’ipéca, parce que c’est la plus connue et la plus habituellement recbercbée. L’ipéca est prescrit comme vomitif dans une foule de maladies de l’enfance et en premier lieu dans les maladies de l’appareil respiratoire. Toutes les alTections aiguës de l’arbre aérophore, laryngites, trachéites, bronchites, comportent l’indication des vomitifs et en particulier de l’ipéca. Ces alTections en eft'et entraînent la production de mucosités abondantes, adhérentes, qui gênent d’autant plus les malades qu’ils sont plus jeunes, qu’ils ont les voies aériennes plus étroites, qu’ils sont moins aptes à faire des elTorts volontaires de toux et d’expectoration. L’ipéca favorise le curage des bronches, par les secousses qu’il détermine, et à coup sûr il enlève les crachats qui ont été déglutis. L’enfant ne sachant pas cracher, il est indiqué, chez lui plus que chez l’adulte, d’avoir recours au vomitif. De plus l’ipéca est un dépresseur du système nerveux, un antispasmodique en quelque sorte, et il sera indiqué dans les cas de toux spasmodique (laryngite striduleuse, coqueluche, grippe, etc.).

Très employé autrefois dans l’angine couenneuse et le croup, il a perdu beaucoup de son ancienne vogue, car l’avantage du détachement des membranes risque d’être payé trop cher dans une maladie où tout affaiblissement doit être évité; et enfin, depuis le sérum, nous avons mieux à faire que d’émétiser nos petits malades.

Cardons l’ipéca pour les rhumes simples, les catarrhes laryngés, trachéaux, bronchi({ues, avec ou sans fièvre, quand les enfants ne

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sont ni débiles, ni abattus, quand ils sont de taille à supporter le choc de l’ipéca. S’ils sont trop jeunes, cachectiques, atteints de diarrhée, ne donnons pas le vomitif ou fractionnons-le de telle sorte que nous puissions nous arrêter à temps.

Dans la congestion pulmonaire primitive ou secondaire à la bronchite, dans la pneumonie franche, le vomitif pourra encore être employé. Mais, dans la broncho-pneumonie, maladie infectieuse secondaire, entraînant par elle-même une asthénie profonde et un état asphyxique prononcé, le vomitif me paraît plus nuisible qu’utile. x\u début peut-être, et encore! on pourra employer le vomitif, mais il faut se garder d’y revenir après une tentative même heureuse.

Dans les catarrhes chroniques des bronches, dans les bronchites chroniques qui succèdent à la coqueluche, à la rougeole, dans les accès asthmatiques ou asthmatiformes, l’ipéca peut rendre des services et on peut l’employer à différentes reprises chez le même malade.

Le !)'■ Albert Robin (Académie de Médecine, 2o janvier 1898) nous a donné une explication scientifique des bons effets des vomitifs dans les maladies des bronches.

D’après lui, les vomitifs, outre qu’ils réalisent le curage des bronches, ce qui vaut toutes les antisepsies, sont de puissants agents d’oxydation, ce qui est encore l’un des moyens les plus actifs que nous possédions pour nous débarrasser des toxines microbiennes. Le chimisme respiratoire, d’après les recherches entreprises par MM. Albert Robin et Maurice Binet, sous l’influence des vomitifs, subit des modifications très importantes et très favorables. La ventilation pulmonaire est activée, la consommation de l’oxygène. Information de l’acide carbonique s’accroissent d’une façon notable :

« Cet accroissement des échanges gazeux dans tous leurs éléments, sous l’influence des vomitifs, . reconnaît deux conditions mccaniques, soit l’augmentation de la capacité respiratoire et de la ventilation, et une condition chimique ou mieux vitale, à savoir la plus grande absorption d’oxygène et la plus grande formation d’acide carbonique pour le même volume d’air expiré. Avec cette double action, mécanique et chimique, il y a de quoi justifier la vogue ancienne des vomitifs, du moins dans leur application au traitement de l’infection bronchique.

« Jen’liésitepas à affirmer qu’ils ont, dans ces cas, une bien autre valeur que les antiseptiques à la mode, d’autant que, jusqu’à présent, je ne leur ai pas trouvé de grandes contre-indications.

« La chimie pathologique et la clinique s’accordent pour déclarer que les vomitifs valent contre l’infection bronchique ce que le purgatif vaut contre l’infection intestinale. Aucun antiseptique ne saurait jusqu’à présent les détrôner. »

Après l’appareil respiratoire, c’est le tube digestif qui réclame l’usage de l’ipéca. Ce médicament convient aux embarras gastriques, avec langue saburrale, état nauséeux, dégoût pour les aliments, etc.

Il est indiqué surtout dans les cas où il y a de la constipation, ce qui est la règle. Mais la présence de la diarrhée ne doit pas arrêter, à moins que l’enfant ne soit très jeune.

Il peut être utile dans la dyspepsie chronique, à doses fractionnées,; car il agit alors comme excitant de la sécrétion gastrique, comme stimulant de la digestion.

Il triomphe surtout dans la dysenterie, quand on l’emploie suivant la méthode brésilienne (ipéca en infusion).

S’il est contre-indiqué dans la tuberculose pulmonaire, d’une façon générale, à cause de l’affaiblissement qu’il entraîne, des ruptures vasculaires qu’il peut déterminer, il peut rendre de signalés services dans les hémoptysies abondantes, soit à doses massives, soit à doses fractionnées et simplement nauséeuses. Il agit probablement en ralentissant les battements du cœur, en décongestionnant le poumon, et en diminuant la fréquence des mouvements respiratoires. En pareil cas, l’association avec l’opium me paraît toute naturelle et la poudre de Dower doit être recommandée en cas d’hémoptysie.

On a beaucoup reproché à l’ipéca son action dépressive et un certain nombre de médecins ont presque absolument renoncé à cet agent, même chez les enfants. Or je dois avouer que j’ai rarement vu l’ipéca avoir des effets fâcheux, quand il était prescrit suivant une certaine méthode.

Si l’on donne d’emblée, à un jeune enfant, en une fois, une dose assez forte d’ipéca sans être renseigné sur sa susceptibilité, sur sa tolérance individuelle, on commet une imprudence, et si la situation s’aggrave malgré ou à cause du vomitif, on peut être accusé ou s’accuser soi-même de cet échec.

IPECA.

Quand je prescris l’ipéca, j’ai bien soin de diluer et de fractionner la dose si l’àge de l’enfant et sa faiblesse m’inspirent le moindre doute, en recommandant de s’arrêter au premier vomissement.

Soit une dose X d’ipéca jugée nécessaire pour obtenir le vomissement, vous la suspendez dans une quantité donnée de sirop d’ipéca ou de jnlep quelconque et vous inscrivez ; donner une cuillerée à café de cinq en cinq minutes jusqu’à effet. En agissant ainsi vous allez jusqu’au vomissement, avec la dose minima, sans risque de saturation et d’intolérance. Pour tel enfant une cuillerée suffira, pour tel autre il en faudra 2, .3, 4, mais la totalité de la potion sera rarement employée.

L’ipéca s’emploie généralement sous forme de poudre, c’est-àdire de racine fraîchement pulvérisée. C’est la forme la plus sûre. Pour la faire accepter par les enfants, il faut la mettre en suspension dans l’eau sucrée, un sirop quelconque, ou le sirop d’ipéca.

Quel que soit le véhicule employé, la dose quotidienne ne doit pas dépasser 10 centigrammes par année d’âge. C’est ainsi que je prescris 10 centigrammes de poudre d’ipéca à un an, SO centigrammes à cinq ans, 1 gramme à dix ans. Et comme je fractionne toujours cette quantité totale, il arrive souvent qu’elle n’est absorbée qu’en partie, le vomissement étant survenu avant l’achèvement de la potion.

Chez les enfants du premier âge, le sirop d'ipéca., qui contient un centigramme d’extrait d’ipéca par gramme^ peut suffire, sans addition de poudre fraîche. On formule ainsi :

Sirop d’ipéca 20 ou 30 grammes.

Par cuillerées à café de cinq en cinq minutes ou de dix en dix minutes jusqu’à effet.

Après deux ans, on ajoute la poudre d’ipéca ;

Sirop d’ipéca 30 grammes.

Poudre d’ipéca .' 0 gr. 30

.Môme mode d’administration.

Pour faciliter les vomissements, on fait prendre, après chaque cuillerée de potion, un peu d’eau chaude ou de tisane (infusion (le polygala, joir exemple).

Pour renforcer l’action de l’ipéca, on peut l’associer à l’émétique, et je n’hésite pas à le faire dans la seconde enfance. Ou donne

10 centigrammes d’ipéca par année d’âge et un demi-centigramme d’émétique ; soit pour un enfant de cinq ans :

Tartre stibié 0 gr. 02 centigr. 1/2

Poudre d’ipéca 0 gr. bO

Divisez eu 3 paquets qu’on prendra à dix minutes d’intervalle dans une cuillerée d’eau sucrée.

Quand, à l’action vomitive, on voudra ajouter l’effet purgatif [éméto-catharliqiie) , on mêlera l’ipéca au calomel, à la scammonée, etc. Par exemple ;

Poudre d’ipéca ü gr. ;>0

Calomel à la vapeur O gr. 25

Divisez en 3 paquets qu’ou donnera à une demi-heure de distance dans une cuillerée d'eau sucrée.

Poudre d’ipéca.

Calomel

Scammonée. . . .

Même mode d’emploi.

0 gr. 50 0 gr. 15

Quand on veut employer l’ipéca suivant la méthode brésilienne, on le donne à doses plus fortes et sous une forme spéciale :

Ipéca concassé 2 grammes.

Eau bouillante 200 —

Passez et ajoutez sirpp de polygala 20 —

Une cuillerée à soupe par heure.

On peut donner aussi l’infusion d’ipéca en lavement. Dans la même maladie, on a pu prescrire le calomel et l’ipéca à doses fractionnées :

Ipéca 0 gr. 20

Calomel 0 gr. 05

Divisez en 5 paquets, 1 par heure.

Ou bien encore :

Ipéca /

Calomel j 0 gr 05

Opium

Divisez en 10 paquets, 1 par heure.

IPECA.

La meilleure association de l’ipéca et de l’opium est réalisée dans la Poudre de Dower (\m a pour formule, sur dix parties;

Poudre d’ipéca. . .

Poudre d’opium. .

Sulfate de potasse Nitrate de potasse

I âti 1 gramme.

I iîîi 4 grammes

Quand on donne tO centigrammes de cette poudre, c’est comme si l’on donnait un centigramme d’ipéca et un centigramme d’opium brut.

Je conseille la dose quotidienne de cinq centigrammes de poudre de Dower par année d’àge (25 centigrammes à 5 ans, 50 centigrammes à 10 ans), et comme toujours je fais fractionner.

Exemple, pour un enfant de cinq ans :

Poudre de Dower 0 gr. 25

Divisez en 5 paquets, 1 toutes les deux heures dans une cuillerée à café d’eau sucrée.

Ce médicament est excellent et m’a donné de très bons résultats dans la coqueluche et les bronchites spasmodiques. Il calme la toux et procure le sommeil.

Parmi les préparations les plus populaires, il faut citer le sirop de Désessartz, composé d’une multitude de substances au nombre desquelles il faut retenir r?’/)cca, le^mé, le sulfate de magnésie . Il est légèrement purgatif, nauséeux, anticatarrhal et il peut être prescrit chez les enfants les plus jeunes, par cuillerées à café ; il n’est pas dangereux.

On fait aussi des pastilles d’ipéca qui seront prescrites à titre à' expectorant^ à la dose de une par année d’àge ; elles contiennent chacune 1 centigramme d’ipéca. Je ne parlerai pas de la teinture d’ipéca^ du vin d'ipéca, peu usités, ni de l’extrait qui sert à faire le sirop d’ipéca.

En résumé, la racine d’ipéca mérite d’être conservée en médecine infantile. A qui sait l’employer, elle n’offre pas d’inconvénients sérieux, et elle est douée de propriétés journellement utilisables. Il ne faut pas la redouter, il ne faut pas lui demandei' plus qu’elle ne peut donner

Elle a des propriétés sécrétoires, expectorantes, nauséeuses.

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vomitives, qui se présentent comme une gamme thérapeutique dont il faut savoir jouer suivant les circonstances.

(jrâce à ces propriétés évacuantes, elle peut servir à la désobstruction mécanique et à l’antisepsie des voies respiratoires.

Elle possède par surcroît des propriétés dépressives et sédatives des nerfs du cœur, du poumon, qui peuvent entrer en jeu dans les états érélhiques, congestifs, hémorragiques de l’appareil cardio-pulmonaire.

11 appartient au clinicien de bien saisir les indications et pour cehi;, il doit s’inspirer non seulement de la maladie, mais encore de la réactivité du malade, de son âge, de ses forces, de sa tolérance individuelle.

Pour éviter les surprises, on devra fractionner la dose totale jugée nécessaire pour Veffet vomitif, afin de rester en deçà de cette dose, si l’effet cherché est obtenu après une, deux ou plusieurs fractions de la dose totale.

On a vu plus haut combien sont simples les règles de posologie qui permettent d’atteindre ce but.

Comme antispasmodique et anticatarrhal à la fois, il faut retenir l’association de l’opium à l’ipéca (poudre de Dower), et en user plus largement qu’on ne le fait d’habitude.

JABORANDI ET PILOCARPINE

Ou désigne, sous le nom de jaborandi, les feuilles provenant de plantes de la famille des Pipéracées et Rutacées. C’est le Pilocarpus pinnalus du Brésil qui produit les feuilles les plus actives.

On prescrit ces feuilles en infusion, à 2 p. lOü (2 grammes de feuilles pour 100 ou 150 grammes d’eau bouillante) et on édulcore :

Feuille? de jaborandi 2 grammes.

Eau bouillante 100 —

Ajouter sirop 50 —

k prendre en une fois pour un enfant de cinq à dix ans.

Au bout d’un quart d’heure en moyenne, il se produit une transpiration et une salivation abondantes. Si la dose de 2 grammes a été inefficace, on préparera une dose double (4 grammes pour 150 ou 200).

La teinture de jaborandi a été employée en frictions dans l’alo pécie pour faire repousser les cheveux.

L’extrait de jaborandi est peu usité ; et aujourd’hui on donne la préférence à l’alcaloïde, la pilocarpine qui résume toutes les propriétés physiologiques des feuilles de jaborandi.

Quand on fait, chez les enfants, des injections sous-cutanées de chlorhydrate de pilocarpine, il faut commencer par des doses faibles, pour tâter la susceptibilité des sujets.

Soit une solution de pilocarpine à 2 centigrammes par centimètre cube :

Chlorhydrate de pilocarpine 0 gr. 20

Eau stérilisée Q. S. pour 10 c.c.

On commence par un quart de seringue de Pravaz (demi-centi-

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gramme) ; le lendemain on donne une demi-seringue, le surlendemain trois quarts de seringue, le jour suivant une seringue entière.

C’est ainsi que j’ai procédé chez une fillette de huit ans, atteinte de néphrite avec anasarque. Avec les doses initiales, elle n’avait que peu de salivation; avec les doses fortes, elle eut une salivation forte, avec sueurs, mais au bout de quelques jours il fallut s’arrêter devant l’algidité (3G“,2), la faiblesse du pouls, les menaces de collapsus. Cependant l’anasarque avait beaucoup diminué.

On peut encore se servir de Tazotate de pilocarpine (mêmes doses que le chlorhydrate).

Ces deux sels ont été employés dans la diphtérie pour faire détacher les fausses membranes.

La pilocarpine rétrécit la pupille et on l’emploie en collyre à i p. 400 (une goutte entre les paupières).

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