SCAMMONÉE
La scammonée, celle d’Alep surtout, est extraite du Convolvulus scammonia^ sorte de liseron. On emploie la racine en poudre, ou la résine retirée de cette racine. C’est un purgatif et un vermifuge qui se recommande pour les enfants, à cause de son insipidité ; je l’associe souvent au calomel, à la dose de 5 centigrammes par année d’âge. La résine se prescrira à dose moitié moindre. On fait une teinture de scammonée à 1 p. 10. La scammonée entre dans la composition de l’eau-de-vie allemande ou teinture de jalap composée. La scammonée étant insoluble, on la prescrira en suspension dans une cuillerée de sirop, d’eau sucrée ou de lait; ou en cachet, si les enfants sont assez grands pour se prêter à ce mode d’administration.
SCILLE
La scille est une plante de la famille des liliacées^ qui croît en abondance sur les sables maritimes de la région méditerranéenne. On la désigne, à cause de cela, sous le nom de scille maritime ou oignon marin. Elle se présente en effet sous la forme d’un gros bulbe squameux ayant 10 à 12 centimètres de diamètre, et surmonté d’une tige élevée (1 mètre, 1 m. 1/2) portant des tleurs blanches. Le bulbe est seul employé en médecine. Il est composé, comme l’oignon comestible, de squames imbriquées, dont les plus superficielles, à demi sèches, sont rejetées, de même
SCILLE
que les plus centrales trop aqueuses. On ne conserve que les squames intermédiaires, qu’on coupe en lanières et qu’on fait sécher au soleil ou à une douce chaleur.
En France, on donne la préférence à la scüle mâle ou d’Espagne (écailles rouges); ailleurs, on préfère la scille femelle ou d’Italie (écailles blanches). Mais il n’y a pas de différences sensibles entre ces deux variétés.
L’usage médical de la scille remonte à la plus haute antiquité; les Égyptiens, les Grecs, les Romains connaissaient ses principales propriétés thérapeutiques, et la scille est vantée dans les écrits d’Hippocrate, de Galien, de Pline, de Dioscoride, etc. Celse la recommandait comme un diurétique de premier ordre. Nous allons étudier successivement les propriétés physiologiques, les indications, la posologie de ce précieux agent par rapport à la médecine infantile.
L’action irritante locale de la scille sur la peau et les muqueuses est évidente; quand on coupe un bulbe de scille frais, on éprouve des éternuements, des picotements aux yeux absolument comme si l’on coupait un oignon comestible. Il s’échappe donc, du suc de ces plantes, un principe âcre et volatil d’une grande puissance. Le suc frais de scille agit de même sur la peau qu’il irrite fortement, provoquant des lésions analogues aux brûlures. Le contact de la scille se traduit sur les tissus par une congestion vive qui peut aller jusqu’à la phlogose et à la destruction superficielle. On n’est pas encore parvenu à isoler le principe actif delà scille et ce qu’on a décrit sous le nom de scillitine n’est pas un alcaloïde qu’on puisse substituer aux préparations vingt fois séculaires de la plan te.
Absorbés, les principes actifs de la scille ont des effets plus intéressants pour la médecine interne. A dose forte, la scille produit un empoisonnement qui se traduit par des vomissements, de la diarrhée, de la salivation, des convulsions, de la paraplégie, de l’hyperlhermie, de la dilatation pupillaire, de la dyspnée, des palpitations; à dose toxique, pas de diurèse.
Le cœur, d’abord accéléré, devient irrégulier dans ses battements, il peut s’arrêter; la mort survient par syncope ou dans le cx)llapsus.
A dose non toxique, mais assez forte, la scille agit comme un éméto-cathartique, elle provoque des nausées, quelques garderobes, amène la sédation du pouls et de la respiration, et produit
de la diurèse. Le pouls est plus lent, la respiration moins précipitée, les urines sont plus abondantes. Tels sont les principaux effets de la scille. On peut en conclure que ce médicament est diurétique, c’est sa caractéristique; accessoirement, il est nauséeux et expectorant, sialagogue, sédatif, cardiaque et pulmonaire. La scille paraît être un poison du système nerveux, et elle agirait sur le cœur et le poumon par l’intermédiaire du bulbe. Les indications sont assez bien limitées.
Avant tout, pour comprendre les principales indications de la scille, il faut mettre au premier rang ses propriétés diurétiques, les effets émétiques et sédatifs restant au second plan. Depuis que la scille est connue, on a vanté son efficacité, dans les liydropisies. Nous la prescrirons donc dans l’anasarque, les œdèmes périphériques, les hydropisies viscérales, si ces hydropisies sont d’origine cardiaque. Car la scille partage, avec la digitale, le privilège de renforcer les contractions du cœur, de régulariser le pouls, d’augmenter la tension artérielle; sans doute, la scille ne vaut pas la digitale comme tonique cardiaque ; mais elle lui est supérieure comme diurétique. Les deux médicaments peuvent donc s’associer à l’avantage des malades, et, dans tous les cas de faiblesse cardiaque, organique ou inorganique, il sera légitime de donner la scille à doses suffisantes pour provoquer la diurèse, insuffisantes pour provoquer le vomissement.
Si l’œdème, si l’anasarque est d’origine brightique, la scille perd sa valeur ; ses propriétés diurétiques ne saui*aient prévaloir quand la barrière rénale est fermée. Il faudra donc toujours consulter l’état du rein avant de prescrire la scille et écarter résolument cet agent dans les cas d’albuminurie abondante. Les néphrites contre-indiquenl l’usage des préparations scillitiques.
Dans les œdèmes d’origine pulmonaire, dans les épanchements séreux d’origine inllammatoire, dans la pleurésie, l’ascite, l’hydrotborax, l’hydropéricarde, la scille peut encore être employée comme diurétique. On l’a même essayée en applications locales dans l’hydartlirose, dans l’iiygroma, dans l’hydrocèle infantile. Warin g aurait obtenu la guérison d’une hydrocèle en appliquant sur les bourses du vinaigre scillitique.
Nous savons que l’hydrocèle des jeunes enfants se résout souvent toute seule, et cela nous fait douter de l’efficacité de la scille en pareil cas. Mais, après tout, le procédé n’offre aucun danger
SCILLE
et le médecin est libre d’y avoir recours. De même, on pourrait employer la teinture de scille en frictions sur un membre œdémateux.
Dans les affections de l’appareil respiratoire, surtout le catarrhe bronchique subaigu ou chronique, la coqueluche, les propriétés expectorantes et liquéfiantes dé la scille sont mises en jeu.
Quant à l’action locale de la pulpe cuite ou râpée sur les verrues, les cors, elle est peu usitée, car nous avons mieux à opposer à ces productions (pointes de feu, etc.).
En résumé, la scille est indiquée dans les hydropisies d’origine cardiaque ou pulmonaire, dans les phlegmasies légères avec épanchement, dans les catarrhes bronchiques. Elle est contreindiquée dans les néphrites, dans la phtisie pulmonaire, dans les hémorragies, dans les états nerveux paroxystiques et douloureux, dans les gastro-entérites. Elle peut être employée dans les maladies infectieuses aiguës accompagnées d’oligurie, dans la pneumonie, etc.
Sous quelle forme et à quelle dose emploie-t-on la scille?
La forme la plus parfaite est la forme pulvérulente. La poudre de scille, rougeâtre, inodore, mais amère, a le défaut d’être très hygrométrique; il faut l’additionner d’un peu de sucre de lait pour assurer sa conservation. On la prescrira à la dose d’un centigramme par jour et par année d’âge. Soit un enfant de cinq ans, on pourra formuler :
Poudre de scille 0 gr. 05
Sucre de lait 0 gr. 50
Faire 5 paquets, qu’on fera prendre toutes les deux heures dans une cuillerée d’eau ou de lait.
On peut l’associer â la digitale, à la scammonée :
Poudre de scille.
— de digitale
— de scammonée
Sucre de lait
Faire 5 paquets ; 1 toutes les deux heures.
On peut prescrire encore :
Poudre de scille ) - „ «<>
„ , , , I ; aa 0 gr. Oz
Calomel a la vapeur )
Sucre en poudre 0 gr. 20
Pour 1 paquet; en prendre 5 dans la journée pour un enfant de dix au».
aa 0 gr. 05 . .. 1 gramme.
En cas d^affection broncho-pulmonaire, la scille sera associée au soufre :
Poudre de scille 0 gr. 02
Soufre lavé 0 gr, 04
Sucre 0 gr. 10
Pour 1 paquet ; en prendre 3, 4, 5 par jour, suivant l’âge de l’enfant.
Il serait aussi facile de prescrire sous forme pilulaire, mais les grands enfants seuls peuvent déglutir les pilules.
L’extrait alcoolique de scille (1 partie de squames concassées pour 8 d’alcool à 60“), l’extrait aqueux (1 partie de scille fraîche pour 4 d’eau) sont peu usités; ils pourraient servir à la confection des pilules :
Poudre de scille 0 gr, 05
Extrait alcoolique de scille 0 gr. 10
Excipient avec glycérine q. s.
pour 1 pilule; en prendre 2 ou 3 par jour, suivant l’âge (dix à quinze ans).
La teinture alcoolique de scille se prépare avec une partie de squames sèches pour S parties d’alcool à 60"; elle se prescrit à la dose de 2 gouttes par jour et par année d’âge, comme la teinture de digitale, à laquelle on peut l’associer :
Teinture de scille ) ...
— de digitale '
Sirop des cinq racines
Eau distillée
X gouttes.
15 grammes.
GO
Par cuillerées, dans la journée, pour un enfant de cinq ans.
On pourrait, avec la teinture de scille, faire un sirop analogue au sirop de digitale, en mettant 50 centigrammes de teinture pour 20 grammes de sirop.
Le vinaigre scillilique^ préparation bien connue des Romains, s’obtient en faisant macérer pendant huit jours 1 partie de squames de scilles dans 10 parties de vinaigre blanc additionné d’un peu d’acide acétique (1/50). Ce vinaigre n’est guère employé en nature que pour l’usage externe, mais il sert à la préparation de l’oxymel scillitique, qui est la préparation la plus usitée et la meilleure en médecine infantile. L’oxymel se prépare avec une partie de vinaigre scillitique et 4 parties de miel blanc. Je le prescris à la dose de 2 grammes par jour et par année d’âge.
Soit un enfant de cinq ans atteint de bronchite ou de coqueluche, je formule ;
SCILLE
Oxyinel scillitique
Teinture de belladone
Alcoolature de racine d’aconit
Sirop de terpine..
Eau distillée
A prendre dans la journée par cuillerées à dessert (une toutes les deux heures).
Le vin scillitique s’obtient en faisant macérer 60 grammes de squames sèches dans un litre de vin de Grenache. Ce vin diurétique, auquel Tessier, dans les affections pulmonaires, ajoutait du laudanum, se prescrit chez l’enfant à la dose de 2 grammes par jour et par année d’àge :
Vin scillitique 10 grammes.
Sirop de cerises 10 —
Décodé de chiendent 60 —
A prendre en trois ou quatre fois dans la journée (enfant de cinq ans).
Le vin diurétique amer de la Charité est une préparation plus complexe, moins chargée en scille (4 grammes par litre), mais riche en quinquina, écorce de winter, de citron, racines d’angélique, genièvre, etc. Il peut se donner à dose quadruple ou quintuple.
Le vin diurétique de Trousseau a la composition suivante ; pour 4 litres de vin blanc et 500 grammes d’alcool à 90®, on prend 60 grammes de feuilles de digitale, 30 grammes de squames de scille, 300 grammes de haies de genièvre, 200 grammes d’acétate de potasse. 11 peut se prescrire chez l’enfant à la dose de 2 grammes par jour et par année d’âge, car il est plus énergique que le précédent, à cause de sa teneur en scille et surtout en digitale.
De cet exposé sommaire, il faut retenir comme préparations usuelles : la poudre de scille, l’oxymel scillitique, la teinture de scille, le vin scillitique.
Les conclusions que l’on peut tirer de cette étude, sont les suivantes.
La scille est un médicament peu dangereux, d’un maniement facile. Succédané de la digitale, il n’a pas les inconvénients de l’accumulation et de l’intolérance que présente cette dernière, son usage peut être continué longtemps sans grands inconvénients. Tout au plus, chez les enfants dyspeptiques, faut-il prévoir son action irritante sur les muqueuses digestives. Cette action irritante pourrait d’ailleurs être utilisée localement, et l’on s’est servi de bulbe descille cuit ou râpé, de pommade scillitique, de teinture
10 grammes.
I ââ X gouttes.
de scille, de vinaigre scillitique pour faire disparaître certaines végétations cutanées congénitales ou acquises, et pour faire résorber des collections liquides de petit volume. Mais, dans l’histoire de la scille, cette action locale ne joue qu’un tout petit rôle.
La scille est avant tout un médicament pour l’usage interne, que les plus anciens médecins de la Grèce et de Rome savaient déjà manier avec méthode et succès. La scille est un diurétique puissant, qui met en jeu le grand émonctoire de l’organisme et favorise dans une large mesure la dépuration générale. Elle sera donc indiquée toutes les fois que les urines seront rares, peu abondantes, quand cette oligurie ne dépendra pas d’une lésion de l’appareil excréto-sécréteur, mais tiendra à l’état fébrile, à la faiblesse cardiaque, etc.
Elle sera indiquée surtout, quand la pression s’élevant dans les veines et baissant dans les artères, la sérosité transsudera dans les mailles du tissu cellulaire, dans les cavités séreuses ou dans les parenchymes. C’est dire que la scille est un antihydropique de premier ordre.
Mais elle est aussi un anticatarrhal, un expectorant, un sédatif de l’appareil respiratoire, et, pour être moins évidente, celte action n’en est pas moins précieuse. Je me suis efforcé de déterminer dans quelle mesure et sous quelle forme, celte double action diu~ rétique et incisive pouvait intervenir en médecine infantile. Les doses que j’ai indiquées ont été éprouvées par moi, et je puis les recommander sans crainte.
SELIN
Le selin, selinum (ombellifères), a été préconisé dans
l’épilepsie. On se sert de la racine réduite en poudre, entre sept et treize ans; on donne 20 grammes divisés en 21 paquets (3 par jour pendant la première semaine) ; chaque semaine, on augmente de 10 grammes. On interrompt quand il y a une amélioration,
SEMEN-CONTRA (Voy. Santonine).
SEMOULES
En broyant incomplètement les graines des céréales, et en les débaiTassant des parties corticales à l’aide d’une mouture spéciale.