SERPENTAIRE
Sous le nom ôiQ serpenlaire^ on désigne plusieurs espèces qui avaient la réputation de guérir les morsures de serpents. La ser-
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pentaire de ^\v^\mQ[A7nstolochiaserpentaria) a une racine onduleuse et serpentine, stimulante, apéritive, diaphorétique comme les plantes aromatiques. C’est un sudorifique et un emménagogue.
La racine de serpentaire s’administre en poudre (2 grammes), en infusion (4 grammes p. 500), en teinture (1 à 2 grammes).
SÉRUM ET SÉROTHÉRAPIE
On entend par sérum la partie liquide du sang d’un animal ; c’est le sérum naturel qui peut être préalablement immunisé ou non. Par extension, on applique le nom Ao, sérum artificiel à des liquides composés approximativement suivant la formule du sérum sanguin ou même s’écartant complètement de cette formule. L’emploi des sérums en thérapeutique, surtout des sérums d’animaux immunisés, dérive directement des découvertes de Pasteur, et c’est à ce grand homme qu’il faut en attribuer la gloire.
Parmi les précurseurs de la sérothérapie, il faut citer les médecins qui ont fait de Yhématothérœpie^ Maurice Raynaud, Ch. Richet et Héricourt.
Parmi ceux qui ont réalisé la plus belle et la plus décisive application de la séro-thérapie, il faut citer Behring et Roux. Aussi bien allons-nous commencer l’étude des sérums par celle du sérum antidiphtérique, le plus efficace et le plus justement populaire de tous(l).
Sérothérapie de la diphtérie. — On prépare le sérum antidiphtérique en cultivant le hacille de la diphtérie, en filtrant la culture, et en injectant la toxine ainsi obtenue au cheval.
Pour rendre la toxine moins dangereuse. Roux et Martin l’additionnent d’iode (1/10 de liqueur de Gram) et l’injectent sous la peau à la dose de 1/4 de centimètre cube. Le lendemain, injection un peu plus forte, etc. On arrive ainsi à pouvoir injecterai! cheval en une fois 250 centimètres cubes. Il est alors immunisé; on peut le saigner et recueillir son sérum. Ce sérum est réparti dans des flacons de 1 0 et 20 centimètres cubes. Il se présente comme un liquide clair, ambré, sans odeur. 11 se conserve bien à l’abri de l’air et de la lumière. Pour faciliter la conservation, on introduit dans le flacon un peu de camphre.
(1) Consulter le livre de Landouzy sur la Sérothérapie (1898).
SÉRUM ET SÉROTHÉRAPIE.
En principe, il ne faut pas employer un flacon trouble, louche; cependant j’ai injecté avec succès des échantillons obtenus depuis six mois, un an, et présentant une opacité notable.
En présence d’une diphtérie avérée ou seulement probable, il faut sans hésiter injecter une bonne dose de sérum. Pour un nourrisson,’ un enfant de deux ans et au-dessous, 10 centimètres cubes suffisent; dans la seconde enfance, on injectera d’emblée 20 centimètres cubes. S’il s’agit d’un cas grave, d’une diphtérie laryngée (croup), on injectera rapidement une deuxième dose de 20 centimètres cubes (dans les douze ou vingt-quatre heures), à moins d’une amélioration notable. Il ne faut pas avoir peur du sérum.
Le traitement par le sérum n’exclut pas les traitements locaux (irrigations de la gorge avec la liqueur de Labarraque à S p. 100 ou l’eau bouillie, badigeonnages avec le percblorure de fer); il n’exclut pas non plus et il aide beaucoup les interventions chirurgicales quand elles sont nécessaires (trachéotomie, tubage).
Mais il faut s’abstenir de certains topiques (acide phénique, sublimé) qui semblent contrarier l’action spécifique du sérum.
Au bout de vingt-quatre heures, l’effet du traitement par le sérum se fait sentir ; la fièvre baisse, l’état général se relève, les fausses membranes se décollent. Cette action décollante sur les fausses membranes se voit même dans les cas d’angines diphtéroïdes, sans bacille de Lœffler, et chez un garçon de six ans que j’avais injecté, quoique l’examen bactériologique ultérieur n’ait montré que des streptocoques, j’ai très nettement constaté, au bout de vingt-quatre heures, un détachement facile des fausses membranes et un relèvement rapide de l’état général. On a prétendu que le sérum agissait aussi dans l’ozène.
Les accidents imputables au sérum sont exceptionnels et insignifiants : la douleur au point piqué, l’érythème, les éruptions mobilliformes ou scarlatiniformes précoces ou tardives, la fièvre, les arthropathies, etc. Quant à l’albuminurie, rien ne prouve qu’elle soit due au sérum plutôt qu’à la diphtérie ; les pai'alysies, si elles n’ont pas été prévenues par le sérum, sont bien évidemment imputables au poison diphtérique. Les morts subites, les convulsions, etc., citées dans quelques cas, sont passibles d’interprétations contradictoires. En réalité, sur des centaines de milliers d’injections, on en est à compter les accidents graves, tandisqu’on
ne compte plus les guérisons, les vies sauves d’enfants qui, avant l’avènement de la sérothérapie, étaient voués à une mort certaine.
Partout les statistiques de la diphtérie ont montré un abaissement considérable de la mortalité. De 50 p. 100, elle tombe au début (1894) à 25 p. 100, puis à 15 et parfois à 10 p. 100. Bref, la cause du sérum antidiphtérique est définitivement gagnée, et le médecin qui hésiterait à s’en servir encourrait une grave responsabilité.
Si la valeur curative du sérum de Roux est incontestable et incontestée, sa valeur 'préventive soulève encore des controverses. L’immunité conférée par le sérum est passagère ; elle n’est nullement comparable à l’immunité vaccinale. Cependant, quand on se trouve dans un foyer épidémique localisé (famille, école, maison, etc.), quand plusieurs enfants sont ou ont été en contact avec des diphtériques, il y a tout avantage, surtout si l’isolement n’a pu intervenir de bonne heure, à les immuniser systématiquement par une injection de sérum. Dans ce cas, on sera autorisé à employer des doses minimes (5 centimètres cubes). Etant donné l’innocuité du sérum, cette pratique est parfaitement justifiée.
L. Martin, se trouvant aux prises avec une épidémie de diphtérie dans l’Ardèche [Soc. deméd. publique., 25 janvier 4899), a pu inoculer préventivement dans une famille quatre enfants en contact avec un diphtérique ; ils restèrent indemnes ; une fille de dix-huit ans, qui s’était refusée à l’opération, fut atteinte. Ayant inoculé préalablement 56 enfants dans une école, il put s’assurer un mois après qu’aucun de ces enfants n’avait été atteint, et deux mois après, qu’un seul avait perdu l’immunité. Parmi 47 enfants, qui n’avaient pu être injectés, 8 tombèrent malades. Il conclut :
Si le médecin constate la présence de la diphtérie dans une localité où il lui est difficile de revenir et où la plupart des enfants ont de grandes chances d’ètre contaminés, il doit procéder à l’mocidationpréventive. Il agira de même dans les familles pauvres où les enfants malades ne peuvent être isolés et font courir à leurs frères et sœurs un perpétuel danger.
J’ajoute que, soit à titre préventif, soit à titre curatif, le sérum doit être employé le plus tôt possible, avant môme tout examen bactériologique. C’est ainsi que tout enfant entrant dans unpavil-
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Ion de diphtériques, à riiôpital, est injecté sur-le-champ. Cette injection est parfois inutile ; mais à coup sûr elle n’est pas nuisible, et grâce à elle, la marche de la diphtérie est souvent enrayée. Quand l’injection intervient trop tard, elle risque d’échouer, l’enfant étant depuis plusieurs jours empoisonné par la toxine diphtérique.
Il n’y a aucune contre-indication à l’emploi du sérum. Sans doute les enfants tuberculeux en éprouveront un bénéfice moindre que les enfants indemnes ; ils pourront présenter une réaction fébrile très accusée ; mais la tuberculose, quelle que soit sa forme, quel que soit son degré, ne contre-indique pas l’injection. L’albuminurie, la broncho-pneumonie, la paralysie, ne doivent pas arrêter davantage.
Si les diphtéries pures sont les plus favorables à la sérothérapie, les diphtéries associées n’échappent pas à son action ; il convient même de redoubler les injections en pareil cas, tout en faisant l’antisepsie locale, car il ne peut y avoir que des avantages à neutraliser l’intoxication diphtérique chez un enfant qui est en proie à d’autres infections associées. En cas de diphtérie associée au streptocoque (strepto-diphtérie) on a fait, concurremment avec les injections de sérum de Roux, des injections de sérum de Marmorek ; des résultats inconstants ont été obtenus et nous dirons bientôt ce qu’il faut penser du sérum antistreptococcique.
La technique de la sérothérapie, applicable au sérum antidiphtérique comme à tous les autres, est des plus simples. Avant tout, il faut employer des instruments propres. Toute seringue fonctionnant bien et munie d’une aiguille analogue à celle de l’appareil Dieulafoy peut servir si elle a été préalablement placée dans une casserole d’eau froide portée à l’ébullition. Mais il est préférable de se servir de la seringue de Roux^ ayant 20 c. c. de capacité et vendue partout aujourd’hui. Cette seringue est munie d’un tube en caoutchouc armé d’une aiguille assez longue et assez forte. Ce tube en caoutchouc permet d’agir plus sûrement, sans avoir cure des mouvements de l’enfant. .La seringue ayant été bouillie après démontage, pour éviter la cassure du verre, on la laisse refroidir avant d’aspirer le sérum, pour que ce dernier ne se coagule pas. Pendant ce temps, le ventre de l’enfant (côté droit ou gauche indilTéremment) a été savonné, lavé à l’alcool ou à la
liqueur de van Swieten. On enfonce l’aiguille sous la peau du flanc et on pousse l’injection doucement. Il se fait une ampoule grosse comme un petit œuf. On recouvre le tout d’ouate maintenue par un bandage et on laisse le sérum se résorber tout seul sans exercer de massages ni de frictions sur la tumeur. Si l’on a négligé les précautions antiseptiques conseillées plus haut, on pourra avoir un abcès au lieu de la piqûre, une lymphangite, une septicémie locale ou générale.
Instructions de l’Institut Pasteur pour l’emploi du sérum antidiphtérique. — Le sérum antidiphtérique est du sérum de sang de cheval immunisé contre la diphtérie. Il conserve ses propriétés si on le maintient dans un endroit dont la température est peu élevée, et à l’abri de la lumière, sans sortir le flacon de l’étui qui le renferme ; au-dessus de 50°, le sérum devient inactif; on a assuré sa conservation en y ajoutant une très petite quantité de camphre.
Action 'préventive. — Employé à la dose de 5 centimètres cubes, le sérum donne une immunité passagère contre la diphtérie ; cette immunité dure quatre à six semaines ; on peut donc faire des injections préventives aux personnes exposées à la contagion. Le pouvoir préventif du sérum livré par l’Institut Pasteur est au moins de 50000, c’est-à-dire qu’il suffit d’injecter à un cobaye une quantité de ce sérum égale à 1/50 000 de son poids pour qu’il puisse supporter, sans être malade, une dose de culture virulente ou de toxine capable de faire périr les cobayes témoins en moins de trente heures. Cette activité correspond environ à celle d’un sérum de 100 à 200 unités immunisantes de Ebrlich.
Action thérapeutique. — Injecté en quantité suffisante, le sérum antidiphtérique guérit la maladie déclarée, si toutefois elle n’est pas arrivée à une période trop avancée.
La dose à employer varie suivant l’âge du malade : 5 à 10 centimètres cubes suffisent pour les diphtéries bénignes prises au début ; 1 5 à 20 centimètres cubes sont nécessaires si la maladie est sévère ou si elle date de plusieurs jours ; il faut exceptionnellement jusqu’à 30 centimètres cubes et même au delà dans les cas très graves, notamment dans ceux où l’on est obligé de pratiquer la trachéotomie. Il est donc impossible de fixer la quantité de sérum qui guérit un cas de diphtérie. Le médecin devra se guider sur la marche de la température et du pouls, ainsi que sur l’état général du malade. Aussi longtemps que la température rec-
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taie n’est pas tombée au-dessous de 38®, on ne peut considérer la maladie comme terminée.
En général, les fausses membranes se détachent dans les vingtquatre heures qui suivent l’injection de sérum, si la dose injectée est suffisante.
Lorsqu’un enfant présente du tirage, on pourra souvent éviter la trachéotomie en lui injectant une première fois 15 à 20 centimètres cubes de sérum, et en pratiquant douze heures après une nouvelle injection de 10 à 20 centimètres cubes si l’amélioration n’est pas suffisante.
Il est préférable d’injecter, dès le début, une dose de sérum un peu forte et capable d’arrêter la maladie, plutôt que de faire, à plusieurs reprises, des injections de doses faibles. Chez les tout petits enfants, au-dessous d’un an, en règle générale, on injectera autant de centimètres cubes de sérum que l’enfant compte de mois. Iln’estpas nécessaire, à moins d’une gravité exceptionnelle de l’affection, de dépasser 15 à 20 centimètres cubes pour la même injection chez les adultes; car si leur poids est plus considérable que celui des enfants, ils résistent beaucoup mieux à la maladie et par suite n’ont besoin que d’une aide moins puissante.
Il faut injecter aux malades la quantité utile de sérum, mais ne pas réitérer les injections sans nécessité.
Injections. — On doit faire les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc, en prenant toutes les précautions antiseptiques nécessaires. On lave d’abord la région avec de l’eau phéniquéo à 1 p. 100, ou avec un soluté de sublimé à 1 p. 1000 : on doit, au moment même de pratiquer l’injection, stériliser la seringue et la canule, en les plongeant dans de l’eau froide que l’on porte ensuite à l’ébullition pendant un quart d’heure. On recouvrira avec du coton antiseptique l’endroit où la piqûre a été faite. L’introduction du sérum sous la peau est très peu douloureuse, et le liquide est résorbé en quelques instants.
Avant d’injecter le sérupi, il est nécessaire de s’assurer qu’il est resté limpide; un très léger précipité rassemblé au fond du flacon n’indique pas une altération.
Le diagnostic bactériologique de la diphtérie devra toujours être fait, puisque c’est le seul moyen de connaître d’une manière certaine si le cas est justiciable du traitement par le sérum et d’être fixé sur les mesures de désinfection à prescrire; mais,
comme la sérumLhérapio est d’autant plus efficace qu’elle est instituée plus tôt, il ne faudrait pas, sous prétexte d’attendre le jésultat du diagnostic bactériologique, retarder l’injection de sérum, surtout si le cas se présente comme sérieux et avec élévation notable de température. On sait, en effet, que le sérum injecté en temps utile prévient l’empoisonnement diphtérique, mais qu’il est impuissant contre l’empoisonnement accompli qui se traduit par la paralysie, l’irrégularité de la respiration et du pouls. Lorsque ces symptômes se manifesteront malgré l’injection du sérum, c’est qu’alors on sera intervenu trop tard ou que la dose administrée aura été trop faible.
Inconvénients du sérum. — A la suite des injections de sérum antidiphtérique, on observe fréquemment une éruption d’urticaire qui apparaît le plus souvent dans les huit jours qui suivent le début du traitement. Cette éruption peut être accompagnée d’une élévation de température; elle disparaît d’elle-même. Plus rarement on voit survenir des érythèmes polymorphes avec fièvre. Exceptionnellement on observe des gonflements articulaires douloureux qui accompagnent l’éruption, et, dans ce cas, l’état fébrile pourra se prolonger plusieurs jours. Les adultes sont peutêtre plus sujets que les enfants à ces manifestations érythémateuses fébriles. Tous ces accidents sont passagers et n’ont jamais présenté de gravité sérieuse.
Sérothérapie antistreptococcique. — L’infection streptococcique joue un grand rôle en médecine infantile; l’érysipèle des nou yeau-nés et des enfants plus âgés, les broncho-pneumonies, certaines entérites, etc., relèvent du streptocoque et causent une grande mortalité. Nous avons donc de bonnes raisons de souhaiter la découverte d’un sérum antistreptococcique aussi efficace que le sérum de Roux. Des tentatives nombreuses ont été faites pour doter l’humanité de ce sérum curateur. Elles n’ont pas encore abouti, mais peut-être ne tarderont-elles pas à obtenir le succès qu’elles méritent.
En France, c’est à Charrin et Roger, puisa Marmorek qu’on doit la préparation d’un sérum antistreptococcique qui a été essayé successivement dans l’infection puerpérale, l’érysipèle, la diphtérie associée, la hroncho-pnenmonie, la rougeole, la scarlatine, le coqueluche, etc. Marmorek a pris comme milieu de culture le sérum humain mêlé de bouillon (2 parties do sérum pour 1 de
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bouillon de bœuf peptonisé à 1 p. 100); grâce à ce milieu, il a pu rendre le streptocoque assez virulent pour tuer le lapin à dose inllnitésimale. Ayant tué un lapin en trois jours avec un centimètre cube de culture, il prend le sang’ du cœur et l’ensemence sur' du bouillon-sérum porté à l’étuve pendant quarante-huit heures. Cette deuxième culture tue un lapin en dix-huit heures à la dose de 1/2 centimètre cube dans le tissu cellulaire sous-cutané. Une troisième culture tue le lapin en douze heures, à la dose de 2/10 de centimètre cube. Continuant ainsi, Marmorek arrive en deux années à obtenir une culture qui tue à la dose de 1 p. 100 milliards.
Au contraire, Charrin et Roger avaient procédé en atténuant la virulence par la chaleur; Marmorek inocule au chev^al ou à l’âne sa culture hypervirulente, en allant progressivement; il faut six mois pour immuniser l’animal. On le saigne alors et on peut utiliser son sérum. Ce sérum est curatif et préventif pour le lapin.
Transporté dans la clinique humaine, il a donné des résultats variables. Chantemesse l’a essayé dans l’érysipèle et Ta trouvé supérieur à toutes les autres méthodes thérapeutiques. 11 l’a employé à la dose de 20 à 40 centimètres cubes en plusieurs injections dans le cours de la maladie. Mais ses conclusions ont été discutées. Dans l’infection puerpérale, même incertitude.
De nombreuses injections de sérum antistreptococcique faites par Marmorek lui-même, sous mes yeux, à Thopital Trousseau, dans la scarlatine, la rougeole compliquée, la broncho-pneumonie, la diphtérie associée, et même l’érysipèle, m’ont laissé dans le doute sur Teflicacité de ce sérum. Plusieurs des érysipélateux traités par le sérum sont morts ; quant aux scarlatineux, je n’ai pas vu que la marche de leur maladie, que sa gravité, que ses complications aient été inlluencées par l’emploi du sérum de Marmorek à titre préventif. Par contre, j’ai vu plusieurs fois des abcès succéder aux injections.
Pas d’avantages incontestables, quelques accidents certains : voilà le bilan de la méthode à l’heure actuelle.
Cependant, dans les cas désespérés d’infection puerpérale, de diphtérie associée, de broucbo-pneumonie, il est légitime d’essayer les injections de sérum autistreptococci(|ue, dont l’action favorable, non encore démontrée, est à espérer dans quelques cas.
La technique est la môme que pour les injections de sérum de Roux; on injecte à la lois 10 centimètres cubes. On peut répéter l’injection plusieurs fois à vingt-quatre, quarante-huit heures d’intervalle.
Sérothérapie ajstitétanique. — Le tétanos des nouveau-nés, dont la porte d’entrée est généralement l’ombilic, le tétanos des enfants plus âgés qui est d’origine traumatique, peuvent être traités soit préventivement, soit à la période conlirmée par les injections de sérum antitétanique. C’est à Nicolaïer (1884-1 880) qu’on doit la découverte du microbe du tétanos, isolé plus tard par Kitasato (1889). Ce microbe, commun dans la terre des rues, des jardins, pullule au niveau de la plaie qui lui a servi de porte d’entrée; et dans ce foyer qu’il faudrait détruire sans délai, il élabore une toxine qui agit sur le système nerveux pour déterminer les spasmes tétaniques. Brieger, Kitasato, Tizzoni, Cattani, Frankel, Vaillard et Vincent, ont étudié la toxine tétanique. Kitasato, Yaillard, en même temps et à l’insu l’un de l’autre, ont pu reproduire le tétanos expérimental avec cette toxine. Modifiant la toxine, ils ont pu en faire un vaccin. Yaillard, injectant la toxine tétanique aux poules, qui sont réfractaires, a obtenu un sérum antitoxique. Ce sérum, injecté sous la peau ou dans les veines, agit préventivement ; il ne peut rien contre le tétanos confirmé, surtout dans ses formes aiguës.
Behring et Kitasato ont immunisé des lapins, Tizzoni et Cattani des pigeons et des chiens, etc.
Aujourd’hui, on immunise le cheval( Vaillard, Roux et Nocard) avec la toxine iodée, c’est-à-dire atténuée. Ces auteurs ont pu injecter impunément jusqu’à 2o0, 300, 600 centimètres cubes. Le sérum du cheval ainsi immunisé a des propriétés préventives : injecté à un animal ou à un homme ayant une plaie malpropre, souillée de terre, pouvant faire craindre le tétanos, il préviendra sûrement l’apparition de cette maladie. Quand ce sérum, au lieu d’être injecté sous la peau, est injecté dans les centres nerveux, dans le cerveau après trépanation, il peut guérir le tétanos déclaré (Roux et Borrel). Les succès obtenus chez l’animal par cette méthode ont été vérifiés chez l’homme dans un petit nombre de cas. Un garçon de onze ans, entré àTliêpilal des Enfants (service de i\I. Lannelongue), le 25 juillet 1898, avec du tétanos, de Topistholonos, reçoit une injection de 40 centimè--
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1res cubes de sérum antitétanique sous la peau du ventre. En présence de l’ag-gravation persistante, on fait le soir même deux trépanations au-dessus des bosses frontales, à 4 centimètres de la ligne médiane, et on pique à 3 centimètres de profondeur, en plein cerveau, pour injecter 3 centimètres cubes d’une solution de sérum desséché. Guérison (Obs. de L. Ombredanne , rapportée dans la Presse Médicale du 3 septembre 1898).
Dans un cas analogue {Delmas, Presse Médicale, 17 septembre 1898), l’enfant mourut, et à l’autopsie on trouva un piqueté hémorragique à droite, une cavité pleine de sang à gauche, à la place des injections. Dans un autre cas de mon service (fille de douze ans), ayant reçu sous la peau 80 centimètres cubes de sérum et dans le cerveau 4 centimètres cubes (opération faite par M. Ombredanne), la mort n’a pu être prévenue. La méthode serait donc assez délicate à employer, et pas infaillible.
En résumé, en présence des enfants suspects, pouvant faire des accidents tétaniques (plaies contuses, souillées), il est recommandable d’injecter sous la peau 10 ou 20 centimètres cubes de sérum antitétanique. Dans le tétanos aigu confirmé, on est autorisé à injecter dans le cerveau 3 ou quatre centimètres cubes du même sérum.
Sérothérapie antivenimeuse. — Dans tous les pays, même en France, la morsure des serpents peut causer de graves désordres et mettre la vie en danger.
Nous devons aux travaux de Calmette, Phisalix et Bertrand la découverte d’un sérum curateur. Phisalix et Bertrand ont immunisé le cobaye contre le venin de vipère, en employant ce venin chautTé à 80“ au bain-marie pendant cinq minutes. Calmette rend les animaux réfractaires par l’accoutumance à des doses répétées (mithridatisation), par les injections de venin chautTé, ou par les injections d’un mélange de venin avec des hypochlorites ou du chlorure d’or. Les ii^jections de venin mélangé à des quantités décroissantes d’une solution d’hypochlorite de chaux à 1 p. 60 sont très efficaces. L’injection d’hypochloritede chaux à petite dose pendant quatre à cinq jours pourrait suffire. Le sérum des animaux ainsi immunisés a un pouvoir antitoxique réel, même contre les venins d’une autre origine (quel que soit le serpent), môme contre les venins de scorpion, etc. Ce sérum est à la fois préventif et curatif.
Des chevaux ont été immunisés, et aujourd’hui l’institut Pasteur livre du sérum antivenimeux qu’on peut utiliser partout.
Si l’on se trouve en présence d’un enfant mordu par une vipère, on fera d’abord une ligature du membre pour limiter l’absorption; on fera un lavage de la plaie avec la solution d’bypocblorite de chaux à 1 pour 60, et on injectera sous la peau, près de la morsure, 10 centimètres cubes de sérum anlivenimeux. On injectera aussi dans la morsure, et à son voisinage, 8 à 10 centimètres cubes de la solution d’hypochlorite dè chaux.
Sérothérapies diverses. — La plupart des maladies infectieuses ont été l’objet depuis quelques années de tentatives sérothérapiques plus ou moins heureuses, auxquelles peut-être un avenir brillant est réservé. Contre la fièvre jaune, la lèpre, \d. scarlatine, la rougeole, la coqueluche, on a injecté le sérum du sang provenant de malades convalescents ou à la période aiguë de leur infection. On a fait des injections de sérum anti-coli-bacillaire, dans les entérites infectieiises et cholériformes des jeunes enfants. Rien de concluant n’a été encore obtenu: la question est à l’étude.
Béclère, Chambon et St. Yves Ménard ont étudié le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée. Ce sérum a un elfet curatif dans la variole. Chez un nouveau-né de vingt et un jours, atteint de variole, Béclère a injecté avec succès, sous la peau de l’abdomen et des cuisses, une dose de sérum égale à 1 pour 20 du poids du corps. Ce sérum doit en effet être injecté à doses massives pour avoir un effet.
Viquerat a employé du sérum antistapbylococcique provenant de la chèvre ; il dit avoir eu des succès.
Dans le typhus récurrent et le typhus exanthématique, le sérum des convalescents serait efficace (Gabritchewsky, Legrain, etc.)
Dans la morve, la rage, la sérothérapie est à l’étude; de môme dans la pneumonie et les infections pneumococciques en général. Le sérum de lapin vacciné (5 à 10 centimètres cubes) ^ a été employé avec succès par Klemperer, Foa et Carbone, Scabia, Janson, de Benzi. Andeoud a injecté le sérum de pneumoniques convalescents dans deux cas terminés par la guérison. Dans le charbon, le choléra, la fièvre typhoïde, les résultats ne sont pas encore concluants.
Entre les mains de Yersin, la sérothérapie de la peste a fait un
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grand pas; grâce à lui, on possède déjà un sérum préventif et curatif.
Quant à la syphilis^ à la tuberculose^ rien de décisif n’a été obtenu.