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CHLOROFORME

Découvert par Soubeiran en 1831, le chloroforme est un liquide incolore, très dense, de goût sucré, soluble dans l’alcool et l’éther, peu soluhle dans l’eau (1 p. 100). Il ne brûle pas, ne s’enflamme pas au contact d’une bougie. Il sert de dissolvant pour un grand nombre de métalloïdes (soufre, iode, phosphore), pour les corps gras, résines, alcaloïdes végétaux (digitaline, etc.). Soubeiran le préparait en chauffant le mélange suivant dans un appareil convenable :

Chlorure de chau-x sec 10 kilog.

Chaux éteinte 3 —

Eau 60 —

Alcool a b I 2 —

Le chloroforme doit être conservé dans des flacons fumés ou colorés.

L’action locale du chloroforme sur la peau produit une irritation vive qui peut aller jusqu’au sphacèle. De même sur les muqueuses, où la désorganisation est plus rapide. Les vapeurs de chloroforme inhalées produisent très rapidement l’anesthésie générale : ivresse, excitation, perte du sentiment, sommeil, résolution musculaire. Si la dose est trop forte, l’asphyxie, la syncope peuvent en résulter. On peut produire l’anesthésie en donnant le chloroforme par l’estomac ou par l’intestin, mais il faut des doses plus fortes. Il s’élimine par les poumons, par la peau, par les glandes mammaires, etc.

On ne se sert guère du chloroforme comme narcotique et

hypnotique, car on a le chloral, le bromure, le sulfonal, etc., bien plus sûrs, bien moins dangereux. Toutefois on peut, dans quelques cas, faire absorber le chloroforme en potion pour calmer les douleurs intenses ; eau chloroformée saturée, 10, 20, 30 grammes suivant l’àge ; sirop 20 grammes ; eau pure 30 à 100 grammes ; prendre par cuillerées d’heure en heure. Dans les états spasmodiques et convulsifs, on peut faire inhaler sur le coin d’un mouchoir quelques gouttes de chloroforme.

Pour l’usage externe, on se sert du chloroforme dans les manifestations douloureuses des organes internes ou externes ; on fait des onctions avec un liniment chloroformé, par exemple :

Baume tranquille :{0 grammes.

Chloroforme 4 —

Onctions deux ou trois fois par jour sur l’abdomen, etc.

En 1847, Simpson guérit une névralgie très douloureuse en faisant inhaler du chloroforme ; plus tard il appliqua les inhalations de chloroforme au traitement de l’éclampsie infantile. En 18o2 il fit ces inhalations chez un enfant de 13 jours, avec succès. Chez un enfant de 30 jours, il employa 300 grammes de chloroforme en 24 heures. Fuster (de Montpellier) traita la chorée par le même moyen. 11 faut le donner jusqu’à production du sommeil. On le réservera pour les cas très graves de folie musculaire. En 1850, Gassier fit des frictions de chloroforme le ,long de la colonne vertébrale. En 1853, Dowe traita un épileptique de 18 mois, ayant 5 à 6 attaques par jour, par des inhalations de chloroforme; son exemple n’a pas été suivi. Dans le tétanos, les rémissions ne sont que momentanées. Le chloroforme réussit mieux dans la tétanie; de même dans le spasme de la glotte, le hoquet, etc. Dans ces derniers cas, on le donnera en lavements. Dans l’asthme, la coqueluche, le chloroforme a pu rendre des services. Dans le rhumatisme aigu, les compresses de chloroforme procurent xin soulagement.

En potion le chloroforme doit être très dilué, car sa saveur n’est pas agréable :

Chloroforme... .\X gouttes.

Sirop de llcurs d’oranger .10 grammes.

Eau distillée. 160 —

A prendre par cuillerées de deux heures eu deux heures.

CHLOROFORMli.

Pour lavement, on formulera :

1 gramme.

l'20 gramme.s.

Ghloi’oforme Jaune d’oeuf.

Eau dirtillée.

Pour l’usage externe, pommade avec :

10 grammes.

Chloroforme Axonge

Liniment :

Chloroforme.. 5 grammes.

Huiles d’amandes douces 50 —

Collutoire de dentition :

âa 1 gramme.

.. 30 grammes.

(Deboutj.

Chloroforme anesthésique. — Le chloroforme servant à l’anesthésie générale doit être absolument pur et on ne doit employer que des flacons de marque sûre. Il suffit d’un mouchoir plié en quatre sur lequel on verse quelques gouttes de l’anesthésique. L’enfant étant couché sur le dos, la tête étendue, le chirurgien applique la compresse ou le mouchoir sur la bouche et le nez de l’enfant préalablement graissés de vaseline pour éviter les brûlures. Pendant ce temps, un aide surveille le pouls et la respiration.

Il suffit parfois de quelques inhalations pour produire le sommeil et récemment j’ai pu faire une opération d’empyème en ne dépensant que quelques gouttes d’un petit flacon de 30 grammes Adrian. Dans les opérations de longue durée, la consommation est beaucoup plus grande et il peut y avoir des accidents. Voici les règles tracées récemment par M. Castueil qui a fait un grand nombre d’anesthésies chez les enfants, avec les résultats qu’il a constatés :

Sur 612 enfants endormis, aucun n’est mort.

La durée de la chloroformisation a varié depuis deux minutes jusqu’à deux heures.

L’enfant prend un bain la veille, est purgé et mis à la diète le soir. Le lendemain matin, on lui donne un lavement. Puis on

Chloroforme

Alcoolé de safran Glycérine

ausculte le cœur et les poumons, mais cette précaution n’a jamais fait renoncer à raneslliésie.

L’enfant à endormir sera nu, recouvert seulement d’un linge de toile ou de laine, suivant la saison. Température delà salle, 18”. On vérifie la dentition; s’il y a des dents mobiles, on les arrache. wSi les amygdales sont grosses, on donne un peu plus d’air que d’habitude dans la chloroformisation. Le chloroforme employé par M. Castueil était celui d’Adrian, en flacons de couleur de 30 grammes bouchés à l’émeri. Au moment de s’en servir, on les vidait dans un llacoii compte-gouttes, fabriqué à cet usage. On se sert d’une compresse petite, en toile, pliée en six doubles, agrafée avec une épingle anglaise, suffisante pour recouvrir le nez et la bouche. Plus la compresse est petite, plus la chloroformisation est facile et moins on gaspille de chloroforme. Pour éviter les brûlures, on s’est servi de vaseline, glycérine, huile ; mais il suffit de bien verser le chloroforme au milieu de la compresse, en formant avec elle une gouttière concave en has, ce qui permet d’éviter le contact de la face. On aura à sa portée ; des pinces armées de coton hydrophile mouillé pour désobstruer les voies aériennes, une pince à langue pour les tractions rythmées, une seringue de Pravaz, une de Roux, de l’éther, de la caféine, du sérum artificiel, de l’oxygène, un ouvre-bouche, un écarte-lèvres, une pile d’induction, des compresses de rechange et des serviettes pour les vomissements.

Si l’enfaiit est docile ou n’a jamais été endormi, on donne de petites doses, VIII à X gouttes avec air; s’il est indocile ou a été déjà endormi, on donnera XX à XXX gouttes sans air. 11 sera tenu par des aides.

Deux à cinq minutes suffisent pour endormir un enfant de deux à cinq ans; dix pour un enfant de quinze ans.

Dès qu’il dort, on revient aux petites doses de III à Y gouttes toutes les dix ou quinze secondes, avec air. La période d’excitation du début manque ordinairement. Dès que l’enfant dort, ou lui soulève le menton; si la cornée est insensible et la pupille punctiforme, on en conclut que l’enfant dort. La dépense de chloroforme n’est que de 50 centigrammes par minute pour un enfant de sept ans, en tenant compte du gaspillage. Pendant l’anesthésie, le chloroformisateur doit être tout à sa besogne, sans se laisser distraire par rien, surveillant attentivement la respiration

CIlLOROl-’ORME.

et la circulation. En cas de ralentissement de la respiration, on donnerait de l’air, diminuant ou suspendant l’inhalation. On vérifiera le réllexe cornéen et l’état de la pupille. Quand la pupille est contractée (anesthésie), elle peut se dilater lentement (réveil) ou brusquement (syncope imminente). Dans ce cas, on <lonne de l’air.

Pendant la chloroformisation, les vomissements s’observent chez 31 p. 100 des enfants à la diète et chez la totalité de ceux qui ont mangé.

En cas de vomissement, on tourne la tête sur un côté, et on obtient facilement les évacuations. S’il y a des mucosités entravant la respiration (3 p. 100), on arrête le chloroforme, on mouche l’enfant, on écarte ses lèvres, on ramasse les mucosités avec un tampon et on donne de l’oxygène.

Après l’opération, on laisse l’enfant s’éveiller tout seul, sans le giffler, l’asperger d’eau froide ; on le couchera la tète basse, inclinée sur le côté avec une serviette pour recueillir les vomissements, plus rares chez l’enfant (32 p. 100) que chez l’adulte.

Parfois les vomissements se prolongent vingt-quatre ou quarante-huit heures (2 p. 100). Le réveil complet se produit un quart d’heure à une heure après l’opération. Sauf quelques fragments de glace, en cas de vomissement, on ne donne rien avant huit heures. Alors on peut oITrir du lait, du bouillon froid, du champagne.

L’élimination du chloroforme se fait par les poumons assez lentement ; l’haleine exhale l’odeur pendant vingt-quatre heures et plus.

La position la plus favorable pour l’anesthésie est la position horizontale, l’enfant couché sur le dos; Mais parfois on est obligé déplacer le malade sur le ventre ou sur le côté, môme la tête en bas. Dans quelques cas, l’enfant a été endormi debout (redressement de la colonne vertébrale), sans accident.

Chez les filles réglées, le chloroforme fait devancer les règles (.^0 p. 100). « En somme, dit M. Castueil, la chloroformisation chez les enfants n’offre aucun danger sérieux, puisque sur 612 observations, nous n’avons pas un seul cas de mort, et seulement 12 cas d’alerte un peu grave. Les enfants s’endorment facilement sans période d’excitation et avec très peu de chloroforme. Ils vomissent moins que l’adulte pendant et après la chloroformisa-

tion. Ils éliminent rapidement le chloroforme. Pour toutes ces raisons on n’hésitera jamais à chloroformiser un enfant pour une intervention douloureuse (1). »

En cas d’alerte, on donne de l’air, on fait la respiration artificielle, les tractions rythmées delà langue, l’électrisation du diaphragme et du cœur, les injections d’éther et de sérum artificiel^ les inhalations d’oxygène, de nitrite d’amyle, etc.

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