I. .\ th' roses et idées Ji.ccs. iNijN, I, p. i()i
On pourrait reprendre plusieurs des observations que je viens de résumer à propos de l'isolement et montrer que dans bien des cas il a fallu enseigner à des faibles la nécessité d'une certaine indépendance dans le ménage, la nécessité de résister à des accaparements dangereux. Il ne suffit pas toujours d'un acte de résignation et' de liquidation qui débarrasse d une réminiscence traumatique et bien souvent des malheureux ont besoin d'arriver par une sorte de réglementation de leur vie à l'habitude du calme, de l'indifférence et de la résignation.
Mais dans tous ces cas s'agit-il encore d'éducation proprement dite ou du moins l'éducation qui intervient sans aucun doute joue-t-eile le rôle essentiel? Cela me paraît douteux et nous arrivons à la limite de celte thérape'utique.
-. — Les indications dl traitemem éducatif.
Des observations précédentes nous pouvons peut-être tirer quelques conclusions sur la valeur des traitements éducatils dans les névroses, qui nous permettent de préciser les indications de leur emploi.
En premier lieu les troubles qui semblent avoir été le plus favorablement influencés par l'éducation sont des troubles qui portent sur des fonctions psychologiques fort élémentaires. Quand le trouble est limité à une fonction motrice simple, à la fonction de la marche par exemple, ou à la fonction de la respiration, il s'agit d'actions relativement simples dont l'anatomie et la physiologie nous ont assez bien fait connaître le mécanisme, d'autre part nous avons affaire h des sujets (jui ne présentent guère de dépression psychologique générale, qui sont susceptibles de comprendre ce qu'on leur demande, de faire des efforts attentifs et prolongés. Ce sont les conditions les plus favorables dans les- (|uclles nous rencontrons le plus de succès. On sait que par un<> gymnastiqur- \>'n^u dirigée on arrive fort bien ii réédu(|uer un bless('' dont un des membres est mutilé ou même amputé : on arrive de même ii rétablir au moins en |)arlie les mouvements des maladr^ (|ui prés<Mili'nt des lésions localisi'rs du svstèmc nerveux.
I)«* niêriip que l'on peut apprendre ii écrire de la niaiti gauche à un individu (|iii :i perdu l;i tnain droite, on |ieiit ;i|iprendre une niar-
che nouvelle à un tabétique ou à un hémiplégique qui a perdu une partie de ses centres nerveux. Cet apprentissage sera évidemment d'autant plus difficile que la lésion sera plus étendue, mais en général les troubles fonctionnels apparents au début sont plus étendus que ne le comportent les lésions réelles et 1 on est étonné de voir le nombre des mouvements que le malade peut récupérer.
Sans doute les choses sont déjà beaucoup moins simples quand il s'agit de paralysies, de contractures hystériques, de tics, de troubles viscéraux chez des névropathes, nous savons beaucoup moins exactement le mécanisme de la fonction qui est troublée. Cependant les succès sont encore assez nombreux et .montrent que nos hvpothèses sur ces accidents contiennent quelque chose de juste; quand nous pouvons, par l'analvse psvchologique. découvrir quelle est exactement la tendance altérée nous arrivons beaucoup plus vite à une éducation utile. C'est pourquoi j'ai insisté sur le trouble singulier de la vision observé chez Mme Z... et sur son traitement par la rééducation de la vision monoculaire consciente. Il est rare qu il en [)uisse être ainsi et le vaoïte de nos connaissances sur le mécanisme de ces innombrables paralysies fonctionnelles rend en général le traitement par la rééducation beaucoup plus difficile et aléatoire. C'est ce qui arrive le plus souvent quand nous voulons appliquer l'éducation à des troubles mentaux plus complexes. La valrur du traitement éducatif sera en proportion de la connaissance que nous j)ourrons avoir du mécanisme de la fonction troublée.
Un second point a encore plus d'importance : les auteurs qui ont essayé la rééducation des malades atteints de lésions organiques avaient déjà remarqué que le degré d énergie et d'intelligence du malade avait plus d'importance que l'étendue même des lésions. L'observation est encore plus juste quand il s'agit des troubles névropathiques. L'éducation réussit chez des individus dont le trouble est au moins en partie localisé sur une fonction particulière, sans que lensemble de lespril soit profondément altéré. Les individus qui tirent des bénéfices de l'éducation n ont pas une dépression troj) j)rolonde. ils sont encore ca|)ablcs de (|uel(|uc attention, de quehjues actes tl'obéissance, (le quehjues efforts prolongés. Au contraire quand le sujet est tout à fait délirant, ou quand il est très aboulique, incapable d'exécuter aucun des actes les plus simples qu On lui demande
on ne peut guère obtenir la guériàon par la simple éducation. Or les troubles névropathiques sont presque toujours généraux et sont caractérisés par une dépression de toutes les activités. C'est là ce qui semble- évidemment restreindre énormément le rôle de l'éducation dans les névroses.
Les défenseurs de ces traitements répondront sans doute que les individus déprimés pourront être transformés puisque nous les voyons quelquefois se relever sous nos yeux et qu'il est possible d'obtenir ce relèvement par l'éducation elle-même. Ne peut-on apprendre à être plus attentif, plus présent, plus énergique, ne peut-on apprendre à apprendre?
Des transformations de ce genre se présentent certainement au cours de divers traitements et elles apparaissent quelquefois pendant les tentatives d'éducation, bien des auteurs les ont alors rattachées à l'éducation elle-même qui prendrait ainsi dans la thérapeutique deSTiévroses une importance beaucoup plus grande. Il y a là, à'mon avis, une confusion de langage et une extension du sens du mot « éducation » analogue à celle que nous avons étudiée à propos du mot «suggestion ». Le progrès de ces études exige une précision plus grande du langage. Il me semble qu'il vaut mieux n'employer le mot éducation que dans un sens restreint, quand il s'agit de construire, de préciser et de rendre automatique un système d'actions particulier et qu'il ne faut pas l'employer (|uand on parle du développeinent de l'activité en général, des modifications de la tensioii psvchologique. L'éducation utilise les forces de lindividu, elle les canalise dans une direction particulière qui permettra plus tard d'économiser et d'augmenter CCS forces, mais elle ne les augmente pas actuellement. Si un certain traitement permet d'obtenii' une augmentation des forces actuelles, une ascension de la tension psychologique, il a une action si importante et si nouvelle (|u'il me paraît nécessaire de le dislinguei' des traitements précédents et de l'étudier sous un autre nom. Nous avons déjà relevé dans les observations précédentes (|uel(|ues-unes des influences qui se sont ajoutées ii l'éducation proprement dite, la suggestion, la recherche et la tlissociation des idées fixes, l'économie des forces pai- le repos et l'isolement. Mais je cniis ijudii peut discerner encore dans ces phénomènes 1 action d une autre influence très iniportante (pie l'on peut appeler Vcxcitdtion et dont nous commencerons l'étude dans le prochain chapitre. C!e sont ces diverses influences (|ui Itansloi meut
7i LE^ ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
le innliiclc ot ([iii peimeltent alors à l'éducation de jouer son rôle.
En effet, même dans ces cas où d'autres actions interviennent au début, l'éducation n'est pas sans utilité : elle agit plus tardivement, à une période déjà avancée de la guérison, mais elle précise et surtout elle fixe cette guérison. Son rôle essentiel consiste à transformer une action en une tendance automatique, à la fixer en quelque sorte. 11 ne suffit pas d'avoir obtenu une fois par un procédé quelconque un mouvement du membre paralysé et d'abandonner ensuite le malade, car la paralysie ou la contracture serait bien vite aussi complète qu'auparavant. Il faut à ce moment faire répéter le mouvement, le simplifier, obtenir qu'il soit produit avec moins de conscience, moins de surveillance et moins d'efforts : après avoir obtenu l'action isolée, il faut reconstituer la tendance à cette action et l'éducation joue toujours dans cette reconstruction un rôle considérable.
En un mot nous retrouvons encore une fois le prol)lème du diagnostic et de l'application précise des médications. Il laudra renoncer à parler d'éducation à tout propos dès cju'il s'agit d un trouble névropathique, il faudra un jour distinguer avec précision les symptômes et les malades auxquels l'éducation est applicable et la place que cette médicatjon spéciale doit occuper dans le traitement. On verra alors quelle ne peut sullire a tout, mais que son rôle reste des plus importants.