I. Déjeriu»- et (àauckler, o/». cit.. p. "j
Ci LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
ffrnnd rôle et ces troubles doivent être traités comme les troubJes du môme genre et avec autant de chances de succès. Toutes les thérapeutiques psvchologicjues doivent être employées suivant les cas: nous avons déjà vu bien des cas de troubles sexuels guéris par suggestion, nous en verrons d'autres transformés par les diverses excitations. On ne saurait trop insister sur l'importance de l'éducation sexuelle. Malheureusement les dangers inhérents il cette fonction et l'état de nos mœurs rendent -cette éducation très dilhcile. 11 est même délicat d'en parler el je ne puis donner que des indications générales sans exposer avec précision les observations.
Le premier point dont le médecin doit se préoccuper c'est la connaissance des phénomènes sexuels que doit posséder un individu normal, homme ou femme, parvenu à la jeunesse, à 1 âge de vingt ans par exemple. On ne se figure pas les ignorances, les erreurs ridicules et dangereuses que l'on rencontre dans l'esprit des névropathes. Une pudeur mal comprise empêche les parents de parler de ces questions et empêche les enfants d'inlerroger malgré leur curiosité. Dans des familles intelligentes et instruites on rencontre des jeunes gens comme Jean qui à 3o ans demandent si « les femmes font les enfants par les mamelles » et si « les rapports se pratiquent dans le nombril », des jeunes filles de 25 ans qui demandent « s'il y a danger de devenir enceintes en s'asseyant sur le fauteuil où s'est assis leur père... en embrassant leur mère sur la même joue où leur père vient de l'embrasser... ou en poussant trop fort quand on va aux cabinets ». 11 y a encore aujourd'hui des personnes qui trouvent ces naïvetés très poétiques, il faut savoir qu'elles sont dangereuses et que 1 on rend service à ces individus en leur donnant clairement les notions de physiologie élémentaire que tous les jeunes gens doivent posséder. Je dois de la reconnaissance à un excellent petit livre qui m'a souvent rendu service dans des cas semblables, celui de M™° Leroy-AUais, qui a pour titre: « Comment j'ai instruit mes filles ». On peut également recommander le livre de M. Forel : (( i.a question sexuelle exposée à des adultes cultivés ». Mais ce <l('rni('i' livre est moins simple et plus dilficile à lire pour des incapables.
Quelles (|nc soient les illusions que les théories moiales aient entretenues, le médecin est obligé de dire qu'il est dangereux de marier des jeunes gens trop ignorants et trop chastes. Sans pou-
voir entrer dans le détail des obstrvations, je puis rappeler que souvent des malheurs résultent de ces pratiques idéalistes. Quand les accidents ne sont pas aussi sérieux, il y a néanmoins dans bien des cas, des phénomènes de vaginisme. des crises d'hystérie, des impuissances totales ou partielles, des phobies, des obsessions qui troublent complètement la vie du ménage, qui donnent naissance chez l'un des conjoints et quelquefois chez les deux à des accidents névropathiques très prolongés.
Sans doute on peut dire que le fonctionnement des organes sexuels n'est pas absolument indispensable et que nombre d individus peuvent conserver la santé malgré une abstinence ii peu près complète. Mais il est non moins vrai que c'est là une condition anormale et qu'un exercice modéré de ces fonctions, à partir d'un certain âge, est très avantageux pour l'équilibre du système nerveux. Toutes les fois que cela est possible il est bon d'empêcher les névropathes de renoncer à tout rapport sexuel, comme ils le désirent trop souvent même (juand ils sont mariés. Quand les conditions ne sont pas favorables à des rapports normaux il ne faut pas manifester une trop grande indignation à propos des pratiques solitaires, d'autant moins dangereuses qu elles sont considérées comme moins importantes. La terreur de la masturbation, répandue dans' le public par des ouvrages célèbres, a fait aux névropathes plus de mal que de bien: elle a provoqué plus de scrupules et do phobies c}u elle n'a empêché d épuisements. Le médecin rend service en abordant ces (juestions avec calme et en donnant sans indignation des conseils de modération.
Dans ces ménages où l'un des deux conjoints présente une dépression des fonctions génitales avec impuissance plus ou moins complète on peut souvent, quand le trouble mental n'est pas trop grave, obtenir des améliorations sérieuses par une véritable éducation sexuelle. Il est très important d'isoler le jeune ménage, de dissimuler aux parents et aux étrangers sa situation anormale. J ai déjii fait allusion à ces scènes tragi-comi(jues qui se passent dans le cabinet de consultation, cpiand le beau-père et la belle-mère courroucés traînent avec eux le mari tout |)enaud. Il faut écarter complètement les témoins indiscrets el ne s'adiessci' qu ;iu\ intéressés, (^uand I un des conjoints est tiormal el de bonne volonl«t il faut^ adiesser i» lui et d'abord le rassurer sur une situation (jui souvent raU'olle. (^uand il s'agit d'une impuissance névropathi(jue J\>ET. — Acquit. p»>ch III — 5
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du mari ce (jui est le cas le plus fréquent, la jeune femme s'effraye « dun mari qui n'«st pas comme tous les hommes, qui no sait lien, qui ne serait bon qu'à la blesser ». Il faut lui faire comprendre que tout peut encore se réparer, que, si elle veut conserver son mari, elle doit l'éduquer, lui simplifier l'acte, le préparer et surtout éviter à un maladroit les déceptions et les humiliations. « .Mors c'est moi qui dois faire tous les frais? — Hélas oui, pendant quelque temps, peut-être serez-vous récompensée plus tard. » Il laut arriver à obtenir une chose qui paraît singulière et qui est cependant réalisable et utile, il laut' que les premiers rapports deviennent à peu près inconscients et sefTectuent presque à l'insu du malade. Un acte, en effet, est plus compliqué, demande une plus haute tension quand il s'accompafifne de conscience et d'attention et il faut réduire autant que possible cette partie supérieure de l'acte sexuel. Dans plusieurs cas le rétablissement du ménage et la naissance dun bébé sont venus démontrer lelficacité des éducations sexuelles.
Les mêmes traitements^ interviennent dans d'autres accidents. Les masturbations ne sont réellement dangereuses qu'en raison de leur facilité et de leur répétition trop fréquente. Quand on a l'expérience des malades névropathes, on sait qu'il est bien plus souvent nécessaire de calmer les appréhensions à propos des masturbations que de les faire naître. Mais il y a cependant des excès de masturbation dangereux, les plus curieux sont les excès inconscients qui se présentent chez certaines jeunes filles. Céline, f. 28, se plaint innocemment même devant les membres de sa famille, d'une tension, d'un frémissement profond avec secousses dans le ventre qui lui fait battre le cœur quand elle reste assise une demi-heure les jambes croisées, quand elle fait du piano, ou lit des poésies. Une ignorance extraordinaire, des agitations malsaines, des tics dans la position des jambes jouent le principal ri^lc dans ces accidents: il suffit le plus souvent de les expliquer an sujet, de régler son attitude et on l'éduque assez facilement. Chez d'autres, la masturbation se produit comme une sorte de dérivation dès <|u'il y a un effort ou une émotion. Lym., h. ai. se masturbe malgré lui « dès que son travail devient pénible », une femme de Su ans le fait de même dès (|u'elle pense à aller se confesser. Ces malades sont déjà plus dilllciles à guérir, mais le règlement .des phénomènes sexuels leur est fort utile. Chez d'autres, des excitations génitales incomplètes et perpétuelles
dépendent de ce besoin de tendresse qui caractérise certains psy chasténiques. Voici par exemple comment s exprime Céline, jeune fdle de :^8 ans : « Je n ai pas de confiance en moi, j'ai constamment besoin qu'on me tienne, qu'on me remonte... Je voudrais quelqu'un qui m'aime beaucoup, qui s'occupe tout le temps de moi... je rêve d'être constamment sur ses genoux comme un petit enfant... Cela me donne une grande tension comme un désir violent, je ne songe qu'à des caresses continuelles, j'ai la fascination du baiser et alors... Ce n'est pas de ma faute, cela commence par être moral et cela finit autrement, j'ai trop de tendresse en moi, que faut-il en faire? » Je ne crois pas que dans des cas de ce genre le point de départ soit réellement le besoin sexuel non satisfait: il est bien peu exigeant chez ces déprimés. C'est bien plutôt la dépression morale elle-même qui entraîne le besoin de direction, le besoin d'encouragement, d'excitation, de caresses. Cela aboutit à une masturJjation incomplète et peu consciente, mais à peu près perpétuelle qui devient une nouvelle cause d'épuisement. L'éducation sexuelle ne guérira pas ces malades, mais elle rend service en supprimant au moins cette dei-nièro occasion de dépression surajoutée.
Beaucoup plus qu'on ne le croit, les diverses perturbations sexuelles sont en rapport avec des phénomènes do dépression soit généraux soit locaux portant alors particulièrement sur les tendances sexuelles. J'ai noté au cours tles dépressions l'apparition des rêveries du massochiste et du sadique: «Je ne peux plus penser à l'amour comme tout le monde et comme je le faisais autrefois; j'ai besoin de me représenter maintenant un maître de pension qui me bat, me bouche le nez et les oreilles, qui me mouche avec son mouchoir sale, il n'y a que celte représentation qui me donne des érections... Je ne puis plus aimer que des femmes énormes et dégoAtanles qui m'écrasent de leur poids et de leur mépris... Aimer, pour moi signifie maintenant déterrer des bières au cimetière, les emporter, les ou\ rir et regarder la figuif fju«' lait le cadavre... » (]es rt'pit'-sfiitaliniis a|>paraissent chez des niahub-s dont les fonctions sexuelles sont tl'ordinaire tout u fait normales, mais fjui traversent une crise de déj»rt'ssioM psvchasténique avec doutes et phobies variées; elles dispaiaisscnl quand ils se portent mieux et que leui- niveau inerttal se relève, il y a l:i des besoins d'excitation par l'étrangi-, par l'odieux. <les déviatitins de la tendance analogues à celles qui existent dans
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les obsessions du sacrilège. Ces représentations peuvent dégénérer en manies et en impulsions majs il ne faut pas les considérer comme la manifestation d'une constitution sexuelle anormale. Il faut les regarder comme des symptômes d'une dépression mentale curable et l'exercice sexuel normal n'est pas sans jouer un certain rôle dans leur traitement,
Le groupe des^invertis sexuels est un groupe complexe qui contient des malades très différents les uns des autres et très mal analysés au point de vue psychologique. Un grand nombre sont de simples psychasténiques scrupuleux, tourmentés par des obsessions et des impulsions criminelles: ils se croient poussés vers Ihomosexualité comme ils se croient poussés à Ihomicide ou au vol : j'aidéjà décrit plusieurs cas remarquables de ce genre '. D'autres sont des déprimés qui cherchent dans un acte anormal une excitation à la manière des dipsomanes ou des cleptomanes. D'autres sont des timides qui considèrent l'amour normal comme plus immoral et plus dangereux: « on ma tant répété que la femme était pour l'homme un danger épouvantable ». Ils sont timorés et trouvent dans le sexe opposé une différence qui rend les relations sociales et les relations corporelles plus difficiles et plus inaccessibles. Enfin il faut ajouter une mauvaise éducation de l'automatisme sexuel qui rend l'acte homosexuel plus habituel et plus simple chez des abouliques ennemis de toute innovation et de tout effort. J'ai réuni un grand nombre d'observations de tons ces cas dillerents et j'espère pouvoir un jour les publier complètement, (juoique cette étude soit d'une rédaction dillîcile. Les moins malades, quand ils sont intelligents et placés dans des situations favorables se guérissent plus complètement qu'on ne le croit et l'un d'eux m'écrivait « qu'il est tout à fait surprenant de se trouver amoureux dune jeune femme quand on s'est figuré pendant vingt ans (jue cela était tout à lait impossible ». Mais il faut reconnaître que l'éducation sexuelle devient ici de plus en plus diilicile et qu'il s'agit de modifications mentales qui ressemblent de moins en moins à des éducations.
Ces dillicultés augmentent encore (juand on considère dos névroses plus complexes pv)rtant sur des actes moins élémentaires. Encouragé par les études dont je viens de faire rhistori(|ue,
I. Obsessions fl pSYrhnstcnic. !■■'' J'clit. , ujoo, L pp. 16, !\\). 5ijO ; H, pp. 3o, 367.
j'ai essayé pendant des années de traiter par l'éducation, tles névropathes de toute espèce, il est intéressant de résumer les résultats obtenus. Dans un certain nombre de cas les résultats sont encourageants, il ne faut pas le méconnaître. Quand Ac. cette jeune fille obsédée par la pensée de ses selles se discipline peu à peu et cesse daller aussi souvent aux cabinets, elle prend l'habitude de se préoccuper moins de sa santé; chez plusieurs malades on voit l'hypocondrie diminuer ainsi par l'édncation. Dans bien des cas de phobie, des malades semblent avoir été améliorés de la même manière. Gc, f. 19, arrîve'avec la phobie de la solitude : « Elle n'existe plus, elle s'effondre, elle disparait dans le néant, si elle se sent abandonnée seule dans une chambre ou dans un jardin, même une minute ». Sa gaYde reçoit l'ordre de la quitter de temps en temps, pendant un temps d'abord très court, puis graduellement plus long et je lui apprends à supporter cet éloignement. Le rétablissement qui est complet en quelques mois semble bien le résultat dune éducation. Des agoraphobes de toute espèce ont dû répéter tous les jours pendant des mois de véritables exercices pour s'entraîner à sortir seuls, à passer dans des places plus grandes, à « suivre des rues bien dangereuses où il n'y a pas de pharmacien ». Chez les malades qui ont peur des poisons, des microbes, des parcelles d'hostie, etc. et qui ont pris la peur du contact et la manie de se laver perpétuellement les mains, une certaine éducation imposée avec fermeté-a rendu bien des services. Il est fort mauvais sous prétexte d'éviter au malade des peurs et des angoisses de céder à toutes ses manies et de le laisser faire ses sottises. Dans bien des familles et même hélas dans des maisons de santé, on voit des manies du contact qui ont été fortement aggravées ^ar ces condescendances-et nous venons d'en étudier un exemple remarquable à propos de l'observation de Clarisse. Au contraire il est bon de changer le malade de milieu, ce qui l'aide à modifier sa conduite et de lui im|)0ser une discipline assez sévère pour supprimer presque complètement ses lavages et ses manies malgr/' ses pi«)testalions. Sans doute l'état mental et les obsessions ne sont pas immédiatement modifiés- par lit et le malade prétend qu'il conserve les mêmes idées quoiqu'on l'empêche de les mettre en pratiqua. Il Ji'eij est pas moins vrai qu'après une interruption de ce genre, assez prolongée, il arrive souvent it oublier ses craintes et ses manies. Dans une douzaine d'obsérrations des manies de ce genre
ont été supprimées a» moins pour une année après quelques mois dune vie bien disciplinée.
Comme l'ont remarqué les auteurs que nous venons d'étudier, l'éducation du travail, même du travail intellectuel et l'acquisition de quelques bonnes habitudes n'est pas impossible et rend aux malades les plus grands services. Les conseils que donne si souvent M. Maurice de Fleury sont excellents: « La grande affaire c'est de ne pas se gaspiller, c'est de ne pas s'éparpiller. Age quod agis, disaient les vieux pédagogues, faites ce que vous faites et ne faites pas autre chose. Si vous jouez, jouez absolument, entièrement, de toutes vos forces; mais quaïid vous êtes au travail, bannissez énergiquement tout ce qui n est pas le travail, fût-ce même un autre travail... Concentrez votre esprit, mettez-vous des œillères, rétrécissez le champ de votre intelligence sur l'unique objet en question... Sous aucun prétexte ne différez de cinq minutes la mise en train, ce sont les premiers mom.ents qui décident de la valeur de toute la soirée. Les plus grands esprits prennent des précautions peureuses dans la crainte, du gaspillage. » Je pourrais citer bien des malades qui ont tiré un excellent profit de ces conseils ou d'autres analogues. Dans une de mes premières observations que je publiais en 1896, celle de Justine, cette femme obsédée pendant vingt ans par l'idée fixe du choléra, l'éducation du travail a joué un rôle considérable'. La malade en était ariivée ;i éprouver le besoin du travail pour arrêter ses troubles: « Je ne puis plus rester inactive, sinon ma tête divague, et si je travaille, tout se dégourdit: une heure de déchiIVrage au piano et j arrête une grande crise. » Dans d'autres cas des femmes atteintes de maladie du doute présentaient, comme cela arrive toujours, de grands troubles de la conduite. L'éducation du travail transforme par exemple Ro., f. 35. Vkp., f. 27; elles reconnaissent qu'elles ne savaient pas agir dans leur ménage, qu'elles voulaient trop faire et trop faire ii la fois, qu'il faut apprendre à se limiter, à ne faire qu'une chose ii la fois et à la terminer, Kb., h. 3i , a renoncé peu à peu à ses classifications |ierpétuelles cl ridicules, à ses manies d'abstraction (jui rendaient son travail interminable. Les bons efl'ets de ces éducations j)ortant sur la conduite phvsique et sui" le travail mental sont incoiilestablcs dans bieii des cas.