‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 35 sur 118 · I. Ubseuioru et p$ychastènie, 190^5, I, p · texte numérisé non relu

I. Ubseuioru et p$ychastènie, 190^5, I, p

la guérison spontanée. Sans doute certains individus, une fois tombés, ne se relèvent jamais, chez eux la tension psychologique s'abaisse de plus en plus et on assiste avec tristesse à une décadence lentement progressive. C'est là ce qui a donné naissance à la conception de l'hébéphrénie, de la démence précoce. Il s'agit de malades ordinairement jeunes, surpris par la dépression de la tension psychologique en pleine période de formation : la dépression chez eux devient rapidement profonde et entrave le fonctionnement non seulement des tendances les plus élevées et les plus récentes mais encore des tendances les plus élémentaires et les plus anciennes. Ils passent rapidement de la dépression psychasténique avec doutes et obsessions, aux délires asthéiiiques avec entôtements et négativismcs, puis aux démences asthéni(]ues avec impuissances complètes, qui deviennent vite irrémédiables. En dehors de ces maladies très spéciales, il est également vrai (jue certains sujets après être tombés rapidement dans un étal de dépression psychasténique semblent n'en jamais sortir et rester toujours à ce même niveau. J ai décrit autrefois le cas de Boa., f. 20, comme un type de psycholepsie, car cette jeune fille était entrée brusquement dans la dépersonnalisation et dans les doutes à la suite de la. lecture d'un article de journal. Cette malade, douze ans après, me semble être restée dans un état presque semblable à celui où je l'ai vue au début et je pourrais citer une dizaine de cas analogues. Ce sont là des faits plutôt exceptionnels, car chez la |)lupart des malades les dépressions se présentent sous la forme de crises (|ui ont une terminaison comme elles ont un début.

Ces malades, dira-t-on, retombent toujours. Cela n'est pas absolument certain : nombre d individus ont eu une grande crise de dépressioji dans leur jeunesse et ne sont pas retombés. Les autres retombent-ils fatalement? C'est possible. dans certains cas, quand j)ar suite de l'évolution de la maladie après bien des rechutes, par suite du développement d'un automatisme mal^connu la [)ériodicité est devenue un élément de la maladie elle-même. Mais ces remarques (|ui s'appliquent à certaines formes, à l'ancien délire circulaire j)ar exemple, ne doivent pas être étendues ii tort et à travers à toutes les dépressions (pielles qu'elles soient. La plupart des malades sont des fragiles, des dépressibles et non des périodiques : ils ne retombent que lorsqu'ils rencontrent de nouveau des causes de chute analogues à celles que nous avons

LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION l.-)9

étudiées. Tout ce que 1 on peut dire c est que bien des choses deviennent pour eux des occasions de chute. Ils n'en ont pas moins été guéris et ces rechutes plus ou moins fréquentes ne suppriment pas l'importance du fait essentiel, c est (jue leur niveau mental a pu se relever.

Quand on étudie ces relèvements on appelle d'ordinaire « cruéson » de la crise ceux qui se prolongent un certain temps, un an par exemple et on n'accorde pas d'importance à ceux qui ont eu une courte durée, un mois ou seulement quelques jours. Cela n'est pas bien correct, car la rechute dépendant souvent des circonstances, c'est en grande partie le hasard qui détermine la durée des bonnes périodes. Il est bien vraisemblable que les élévations momentanées au cours de la maladie et les élévations à peu près définitives à la fin de la crise sont de la même nature, il faut s'intéresser aux unes et aux autres. Nous avons montré autrefois que l'on constate de ces « instants clairs » à toutes les périodes de la maladie, quoiqu'ils soient plus fréquents au début <^t à la fin des grandes cHses de dépression. « .\ plusieurs repri- -t'S, disait Claire, la lumière cessait tout d'un coup de s éloigner, elle se rapprochait de moi, je ne sais pourquoi, alors je me trouvais ridicule, je savais bien que je n'avais pas mal fait, je cessais de me tourmenter. Il me semblait que je remontais, c'était un sentiment de confiance en Dieu, d'espoir qui me revenait... Opendant je ne suis revenue que deux fois h la lumière complète, ce souvenir-là m'a soutenue longtemps, il me montrait le chemin... '. » •

Quand ces ascensions sont rapides elles ressemblent ii une sorte d ivresse passagère et elles donnent naissance à des sentiments curieux d exaltation et de bonheur ineffable, analogues, mais de ^ens inverse aux sentiments d'incomplétude des scrupuleux. J'ai déjà décrit beaucoup de faits de ce genre*, en voici, quelques nouveaux exemples. Rb.. f. 58, qui depuis dix mois déjà se plaint d'un sentiment continuel de dépersonnalisation, qui s'interroge constamment avec angoisse pour savoir « si elle n est pas translormêe en quel(|ue autre personne infecte et qui médite constamment sur la mort » s'étonne elle-même de ces améliorations subites qui survit-nnent au ctiurs d'un traitement par !»■

I. Obseuions et psychatlénie, I, p. biH a. ObiessioOM fl psreltaslênie. I, p. 38o.

repos ol l'isolement : « C'est drôle, tout à coup je suis moi, je reconnais le timbre de ma voix, mes inquiétudes ont disparu, j'ai la confiance, la paix du cœur, j'ai même du toupet...» Noémie tourmentée depuis un an par ses obsessions de la mort retrouve pendant un moment le calme et le bonheur : « J'ai été guérie tout d'un coup, la mort n'existait plus... j'ai ressenti une grande exaltation, une surabondance de vie. Mardi matin, à propos de rien, du beau soleil peut-être ou de quel- (jue idée rose, cela m'a fait chanter une heure entière, et ma donné des idées d'embrassertout le monde, d'aimer tout le monde, et de crier cette airection enthousiaste... » Quand ces exaltations sont trop grandes, elles semblent, comme nous l'avons déjà remarqué, épuiser les forces du sujet et devenir elles-mêmeirt une des causes de la dépression consécutive. Dh,, jeune fille de 22 ans, a des sentiments de bonheur de ce genre et des ivresses de joie qui lui font du mal : « 11 y a dans ces joies une intensité de sentiment (]ui me cause une douleur au cœur... La visite d'une de mes amies m'a causé tant de joie que j'ai été bouleversée, le lendemain encore je ne pouvais plus me tenir, je ne pouvais plus parler et toutes mes idées noires étaient revenues. »

Nous pouvons remarquer en passant que ce sont des faits de ce genre sur lesquels ont été fondées les singulières théories religieuses de la conversion auxquelles William James attachait tant d'importance. Il est probable que les prétendus convertis dont il parle et dont il décrit les sentiments extatiques étaient tout simplement des déprimés méconnus qièi, au cours de cérémonies religieuses, sous des influences quelconques présentaient des phénomènes d'excitation plus ou moins durable et des sentiments de joie inefTable. Si ces faits ne sont pas importants pour la théologie, ils restent, à mon avis, très importants pour la psychiatrie.

Quelques-unes de ces élévations doivent être en rapport avec des faits (]uc nous avons déjà étudiés, des repos, des liquidations, des économies qui se sont faites le plus souvent ii l'iiisu du médecin. Mais bien souvent il en est autrement et nous sommes forcés de constater que ces, transformations ont été déterminées par des circonstances qui ont obligé le sujet à une action et à une dépense; ce qui est vraiment assez étrange, c'est que ces circonstances et ces actions semblent au premier abord être exactement les mêmes qui nous ont paru précédemment des causes évidentes de fatigue et de dépression. Il y a là quelque chose d

paradoxal (|ii il est nécessiiire de mettre en évidence en disposant les observations d excitation dans le même ordre que précédemment les observations de dépression.

Les cérémonies religieuses. — Quand nous avons passé en revue les diverses circonstances danorereuses de la vie, nous avons noté au début que la première communion el les pratiques religieuses créaient chez beaucoup denfants et dadultes des doutes, des scrupules et des mélancolies. La constatation opposée est trop facile, elle est déjà contenue dans les études de William James aux({uelles je viens de faire allusion et qui nous montrent tant de guérisons de maladies nerveuses par des conversions ou des cérémonies religieuses. Je n'insiste pas ici sur des cas que j'ai recueillis où la guérison a été amenée par l'entrée au couvent car ici les influences en jeu sont plus complexes^; je rappelle seulement que j'ai vu bien des enfants ou des adultes reprendre courage et se relever rapidement à la suite d'un sermon, d'une confession ou en reprenant des pratiques religieuses abandonnées depuis longtemps. Le fait est le même pour toutes les religions et, il faut bien le dire, pour toutes les superstitions. J'ai constaté dans quatre cas linfluence bienfaisante des croyances et des pratiques du spiritisme ; une femme hvp(»c«tndria<[ue, autoritaire, persécutée a été transformée pour son plus grand bénéfice et pour celui des siens (|uand elle a été introduite dans un petit cénacle de théosophes. Ces malades guéris par la religion sont naturellement en petit nombre dans les observations des médecins, ils doivent être beaucoup j)lus nombreux dans la clientèle des prêtres ou des pasteurs.

Les salons, les réit/iions mondaine. — Les fré<juentation s sociales, les réunions de la vie mondaine (jui ilomieiit naissance si fré(|uemment a toutes les maladies si nombrruses de la timidité rendent de grands services à beaucou|> il'autres. J'ai raconté iiitrelois comment Jean a été transformé pendant quinze jours par un diner un j)eu cérémonieuv »>ù je l'avais forcé à se rendre. Sb., f. 27. aboulique et phobique, poursuivii- parla crainte lolle lie s'étrangler en avalant des moui-h»»irs ou des coussins 11 a plus iiicune peur de ce genre « dans une société ou l'on s amusr un |iou ; je ne suis bien que ch«'Z les autrrs oi fout reprt'inl i|uanil je Ja>ki. — .\ii|iii-i. |>*vfli. III — M

suis chez moi. » Lydia a guéri jadis d'une grande crise de dépression la veille «d'un grand bal où il fallait être brillante» ; récemment elle est sortie d'une autre crise très grave pour prendre |>flrt à des réceptions en l'honneur d'une jeune fiancée. Bs. a besoin de diner en ville pour pouvoir dormir et Héloïse est transformée par l'organisation d'un giiuul diner. Ces faits nous [)ermettent de comprendre pour(|uoi tant i\c psychasténiques ont l'amour de la ville et l horreur de la campagne.

Les écoles, les examens. — Le travail intellectuel est loin d être toujours nuisible. Un artiste peintre de talent, Rv.. h. ^o, arrête une crise de dépression en se remettant au travail malgré sa fatigue et malgré ses maux de tête qui augmentent au début du travail. Tb., f. 20, sait arrêter elle-même des crises de doute et de scrupules qu'elle reconnaît bien en se remettant h l'étude. Kx., f. 26, malgré son épuisement et ses phobies se fait porter à des concerts ou à des conférences, et "souvent arrive ainsi à échap])er à ses angoisses « qui auraient été bien plus fortes et qui dureraient encore si j'étais restée à me reposer' ».

Les examens mêmes (|ui paraissent si elTrayants et qui semblaient responsables de tant de dépressions ne méritent pas toujours leur mauvaise répiilation : « .lamais je ne suis aussi bien (|ue pendant les périodes d'examens; un jour d'examen a toujours été pour moi le plus beau jour de ma vie, car je n'ai plus alors aucun scrupule, répète Ud., h. 20. Après un examen, je suis ordinairement guéri pour |)lusieurs semaines. » Une jeune fille de 26 J ans, Bkn., ne peut se consoler de ce que la période des examens ' soit finie pour elle : « J'étais bien plus heureuse (|uand j avais des examens ;i passer, cela m'empêchait dêtre malade et me faisait tant de bien. »

Les vacances, les vortii^es, les sports. — ^h^lgré les observations précédentes il faut reconnaître (jue les voyages et les vacances ont été lavorables à bien des malades. Bien des crises de dépression chez des universitaires eu particulier se terminent au mois d'août, période des vacances. Wkx., h. 29, est en général bien mieux |)eiulant ce mois qu'il passe avec des amis dans une ville d'eaux : « Le voyage me donne une distraction qui change mes

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