W. James, The enenjies of tnan, p
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il est vrai d'ujie manière particulière et surajoutés à des conseils moraux. M. P. M. Heubner insiste peut-être davantage sur les efforts de la volonté dans son « Perpétuai liealth, how to secure a ncAv lease of lite by the exercice of will power ». Les articles du Rev. Samuel Fellows publiés dans la psychotherapy de Parker (III, II, p. 79, III, m, p. 78) se rattachent à la même inspiration : il nous propose différents remèdes pour assurer le sommeil et il nous révèle : « comment vivre cent ans et être heureux. » Ces auteurs croient au pouvoir de la religion pour multiplier nos années, ils nous conseillent de maintenir devant nos yeux des exemples de longévité heureuse et de nous figurer que nous nous sentons plus jeunes tous les jours. Ces conseils sont excellents mais peut-ôtre d une exécution difUcile.
M. Thomas F. Adkin a publié un cours sur la « vit;eopathie ». « La vitaeopathie, dit-il, telle que je la pratique, est une combinaison de magnétisme personnel, de thérapeutique magnétique et de thérapeutique suggestive-... Du moment où je regarde un patient, je commence le traitement ; le regard que je lui envoie entre les deux yeux, la poignée de mains où je concentre ma volonté signifient : je puis vous guérir, je veux faire une bonne impression sur vous, et je mo répète celte phrase tout le temps... En regardant ainsi à la racine du nez, en arrière de la base du cerveau, vous devenez fascinant et -plaisant et vous faites la suggestion mentale : u Vous vous trouvez mieux, vous vous trouverez mieux d'heure en heure. » Ajoutez l'usage des passes, surveillez le timbre de votre voix, séparez les svllabes, ayez une haleine chaude, soyez toujours poli et encourageant avec vos clients : vous guérirez ainsi beaucoup de personnes en les encourageant à vivre et vous gagnerez beaucoup d'argent. » Cela est simple et naïf, mais cela indi(jue bien le caractère général de cette médecine d'encouragement qui a le culte du succès.
M.William Walker Atkinson, co-directeur du (i new thought magazine » a écrit un livre sur « la force-pensée, son action et son r(Me dans la vie, Leçons graduées sur le magnétisme personnel ou subjectif, influence psychicjue, concentration, volonté, science mentale praticjue. » « Ce petit livre, dit l'auteur, est destiné à faire connaître à chacun les forces secrètes qu'il renferme, il sera un manuel d'énergie, il enseignera la volonté, éduquera le caractère... : Voulez-vous être énergique, que votre pensée soit énergie, voulez-vous être courageux, que votre
pensée soit courage... Dites avec force : « je veux être ceci ou cela » ; ne dites plus : « je ne puis «.Vous pouvez tout, il suffît de le vouloir bien. On n'arrive pas au succès, à la fortune par 1 intelligence pure, il faut toujours faire appel à la volonté pratique. ))Mais, dira-t-on, la force de la volonté est très inégale chez les divers individus. Peu importe, il faut la développer on vous, il faut arriver à croire en soi, à avoir conscience de son moi. Pour y parvenir il faut faire des exercices déterminés qui demandent l'efTort de concentration de la pensée sur un objet particulier. Par exemple, un exercice consiste à concentrer votre pensée sur un individu qui se promène devant vous : « que sa nuque soit votre point de mire, et travaillez à le faire se retourner par l'effet de votre pensée. Pensez fortement que vous voulez que cet individu regarde autour de lui dans votre direction. Figurez-vous pour cela que cet individu est h l'extrémité d'un tube qui part de votre œil, arrivez à imaginer une forme concrète de ce tube. » Dans un autre exercice « pour développer le moi, il faut se le figurer sous une forme concrète : il faut imaginer qu'une enveloppe le protège, l'isole, que nulle force ambiante, nulle action extérieure ne peut s'exercer sur lui, et le déterminer dans un sens ou dans l'autre... » Pour développer la volonté « il faut se placer dans des conditions de calme et de repos, se détendre complètement, se mettre dans l'immobilité, pendant cinq ou dix minutes, respirer profondément et lentement, concentrer I attention sur soi-même et se répéter sans cesse : « je suis sans crainte, je veux rester sans crainte... je veux me débarrasser de la crainte, je la somme de disparaître. » Fixez la forme graphique de ces deux mots : « sans crainte » analysez cet état d un homme sans crainte, répétez ces mots très souvent. »
Nous retrouvons des idées et des pratiques du même genre dans le petit livre de M. X. Lamotte Sage, qui a pour titre: « Le magnétisme personnel, Cours supérieur de thérapeutique suggestive », New-York, 1902. Malgré le titre il n'est pas du tout question de magnétism*' ni de suggestion : l'auteur, je ne sais |)ouri|u«ti. appelle K Magnétisme personnel ,1 I influence qu'un homme peut exercer sur un autre pour l'amener à ses fins, ce que Ion appelle d'ordinaire « être svmpathique, êli-e sé<luisant. être dominateur », il l'appelle être magnétique.
« 11 existe, nous dit-il, une influence subtile et invisible qui se (lé"!i<fe d'iiTie volonté terme et forte el nui roritrôle !«•>, nuire»;
bien plus que toutes les paroles ne peuvent le faire. Décidez chaque jour d'avoir une volonté forte et décidez de contrôler autrui par votre volonté..., décidez de réussir » (p. 26). Il est possible de développer en soi un « magnétisme personnel » assez fort pour devenir magnétique à environ g5 j)our 100 des personnes avec qui Ion vient en contact, et 1 acc|uisition de ce magnétisme personnel est la chose du monde la plus importante puisqu'elle vous donnera la santé, rinducncc, le bonheur et la richesse. Pour parvenir à cette puissance on doit faire certains exercices préparatoires : les uns consistent en exercices respiratoires, les autres en méditations dans la solitude. Mais il faut surtout écrire en gros caractères, apprendre par cœur et répéter sans cesse certaines phrases importantes sur lesquelles on fixe sa pensée en se couchant et en se réveillant. Voici quelques-unes de ces maximes : « J'ai réussi, je réussirai, il faut que je réussisse, rien ne |)eut m'cmpêcher de réussir, je ferai un succès de ma vie, je ne veux pas faiblir... Ma volonté est forte, personne ne [)eut résister à mon induencc, je puis contrôler autrui; ils m'aimeront tous et feront tout ce que je désire (ju'ils fassent, je les forcerai à m'aimcr... Je me contrôlerai moi-même, je ne me découragerai jamais, je ne serai jamais morose, ni timide, etc. » « Si vous faites régulièrement ces exercices, ils développeront positivement votre volonté à un point qui vous surprendra ; ils j)araissent innocents par eux-mêmes, mais prolongés ils produisent des résultats merveilleux. » Au dernier moment avant daller chez une personne avec qui on a affaire : « Pensez tout le temps ;i la personne que vous désirez contrôler, décidez fortement qu'elle ne pourra vous désobéir, (juelle fera selon votre désir, qu elle fera cette vente ou (juolle vous achètera cet article spécifié. Allez la trouver avec ces suggestions fortement incrustées dans votre es|)rit, vous seiez en sa présence une puissance pratiquement inésistihle. Cette énergie, cette confiance en vous-même, il faut 1 avoir à tout moment, mêm(> en donnant une poignée de main, elle manifestera votre volonté et vous rendra magnifique. »
Tout cela est bien Américain, c'est un traitement de la dépression par l'afifirmation constante de l'énergie. J'ai été étonné de constater récemment que ces petits livres ont été lus à Paris par des malades à raflVit de tout ce (jui leur |)romet cette énergie qu'ils n'ont pas. Des femmes du peuple (jui venaient à la Salpê-
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trière croyaient bon de porter sur elles des petits papiers où étaient écrits en grosses lettres les formules qu'elles répétaient : « Je suis forte, très forte, ma volonté sera très forte devant le's hommes et ne sera nulle que devant Dieu ; personne ne peut^ résister à mon influence, je suis décidée à réussir, je suis sûre de réussir. » Je dois ajouter, hélas ! qu'il s'agissait de pauvres femmes déprimées et horriblement timides qui ne réussissaient rien du tout.
Le dernier livre de cette collection que je désire signaler est le cours de Magnétisme personnel de M.V.Turnbull : il contient une conception psvchologique particulièremertt intéressante sur le désir et sur les ressources énergétiques que les désirs peuvent procurer si on sait les utiliser. Le désir sous toutes ses formes est un courant mental chargé de puissance. Lorsque vous cédez au désir vous gaspillez de la force et vous diminuez par conséquent votre puissance d'attraction, vous déchargez le magnétisme que vous auriez du garder en réserve. La force du désir se manifeste dans un grand nombre de courants mentaux, tels que l'impatience, la colère, la prodigalité, le laisser aller, la vanité surtout : ce dernier courant est celui qui affaiblit le plus et celui qui se dissimule partout.
Quand vous sentez un courant de désir, refusez de le satisfaire ; par un effort conscient tie votre volonté vous arrêtez la décharge affaiblissante et en même temps vous créez un état d'attraction qui existera aussi longtemps que ce désir ne sera pas satisfait. l*ar exemple, vous sentez le désir de faire quehjue chose qui donne une idée de votre importance, de vos talents, de votre supériorité, c'est le désir de l'approbation. Ce désir vous pousse à agir contre votre volonté, votre jugement, votre bon goût. (2'est un courant montai dont vous pouvez tirer parti au lieu de le laisser décharger avec un éclat trompeur comme l'étincelle de la machine statique. Réprimez à chaque instant votre désir do l'approbation, vous éprouverez un sentiment croissant de dignité
et de puissance .\ ce point de vue, rien n'est important
comme le secret ; quand vous savez une nouvelle gardez le silence. « Le secret est une unité de magnétisme mental mis en réserve dans la batterie de votre cerveau. Ce secret gardé produit une force qui en attire une autre comme l'argent mis ù la banque protluil des intérêts: plus de secrets gardés, plus de forces de réserve La tentation (juelle (|u'elle s«)il est un bien-
fait déguisé, emmagasiner sa force en soi-même c'est augmenter sa batterie de réserve mentale et son magnétisme personnel. N'exposez donc pas vos griefs, ne cherchez ni la svmpathie, ni la flatterie, découvrez la force qui agit dans tous les désirs et appropriez-vous cette force. »
Il V a là à mon avis des réflexions très remarquables sur le budget mental, nous aurons à les discuter plus tard et à en montrer l'importance. Tous les écrivains de ce grouj)e présentent, peut-on dire, les mêmes défauts et les mêmes qualités. Ils ont évidemment beaucoup d'exagération et de naïveté, ils n'ont aucune précision ni psychologique-, ni clinique et ils ne donnent aucune observation qui permette de contrôler leurs alRrmations. Mais il n'en est pas moins vrai qu'ils ont un sentiment assez net de ces forces latentes dont parlait William James et qu'ils font appel d'une manière intéressante à l'excitation psvchologique comme au traitement essentiel d.es dépressions.
D autres écoles ont été également encouragées par le succès de la « Christian science ». La thcosophie que je regrelte|de ne pouvoir étudier ici d'une manière plus complète a souvent exprimé des idées du même genre sur la guérison de toutes nos faiblesses, comme on peut le voir dans le livre de M"'" Annie Besant, » le pouvoir de la pensée, sa maîtrise et sa culture », 1907.
D'autre part nous trouvons en Amérique tout un groupe de médecins et de psychologues, tout à fait indépendants de ces différentes sectes qui ont étudié les mêmes problèmes d une manière plus scientifique et plus clinique. 11 serait possible de réunir ces nouveaux conseils thérapeutiques sous le nom de « work cure » proposé par AI. R.-C. Cabot et des opposer au « rest cure » autrefois en honneur à Philadelphie.
M. Philipp Coombs Knap (de Boston) constatait déjà en i8()7 f|ue le meilleur moven de guérir des travailleurs atteints de névroses traumatiques était de les maintenir le plus possible et le plus t(M possible à leur travail au litMi de les faire reposer indéfiniment comme on avait trop de tendance à le faire. M. Schwab (de Saint-Louis) constate chez ses malades névropathes « le besoin d existence social(\ le besoin d'alTaires sérieuses dans la vie, le besoin d'un idéal en dehors de leurs souffrances «. Il a essayé de réunir quchpies-uns de ces malades, de les occup(>r, de les intéresser même à de petits travaux litté-
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raires, d'organiser leur vie et dans bien des cas la dépression et le sentiment de fatigue perpétuelle ont disparu. M. Lewellvs F. Barker (de Baltimore) veut surtout faire appel dans le traitement des névropathes à l'intérêt, à l'attention et à lefTort, et il insiste sur le bon effet des émotions stimulantes. « Nous avons moins à chasser le tracas « worry » et le désespoir qu'à cultiver la foi, 'espérance et l'amour. Les émotions joyeuses sont le plus puissant stimulant du corps et de l'esprit. La thérapeutipue par les émotions a un avenir important devant elle'. »
M. Morton Prince (de Boston) a réuni dans un petit volume très intéressant auquel nous avons déjà fait beaucoup d'emprunts les opinions de plusieurs des médecins psvchologues qui se sont intéressés h la psvchothérapie '. Il a écrit comme préface à ce recueil une remarquable étude sur « les principes psvcholngiques et le champ de la psychothérapie » dans laquelle il montre que la thérapeutique psychologique doit s'élever au-dessus des procédés usuek de suggestion et de repos ; « le point de vue, les attitudes de l'esprit, les croyances peuvent être modifiées par l'introduction de nouveaux points de vue, do données ignorées du malade et tirées de l'expérience plus large du métier, par des renseignements sur la signification des svmptômes et sur leurs causes, par la suggestion d'attentes qui peuvent être réalisées, d'ambitions qu'on peut légitimement entretenir, de devoirs trop longtemps négligés, de confiances, d'espoirs, et par-dessus tout par la suggestion d'émotion de joie qui se développe avec le succès et fjui donnent une vue d'une vie nouvelle^.» Dans le même recueil signaNms une étude do M. Boris Sidis qui se place |ilutôt au point de vue ()hilosophique pour rappeler certains principes de \V. James que nous avons résumés. Le même auteur nous avait déjà montré l'intérêt des états qu'il appelle hvpnoïdes m point de vue de la suggestion, il nous montre ici que ces mêmes états permettent il'éveiller les forces cachées ; « on atteint ici des réserves d énergie qui d<mnent lieu à de nouvelles svnthèses. Comme James l'a dit, l'individu utilise beaucoup moins i énergie qu'il n'en a actuellement à sa disposition. Plus l'organisation est élevée et complexe, plus il est indispensable qu'il \
1. Lewollys F. Harkor. On the psyehic treatmentof xome of the funetional ru'itrmt^s.
a. Morton Prince, Psychotherapetitics. a symposium, 1910. ■^ f • Op. cit.. p. 35.
l.Vt LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
ait des réserves d'énergie. Nous devons desserrer les freins pour savoir utiliser ces provisions de réserve... Le malade aura ainsi un sentiment de force, une lumière merveilleuse illuminera sa vie, un flot d'énergie amènera une transformation, une nouvelle vie '. »
N'oublions pas le grand rôle joué avec tant d'autorité par le prof. J.-J. Putnam (de Boston). On trouvera l'expression de ses idées dans ses conférences à l'institut Lowell, mars 1906, dans ses considérations sur la thérapeutique mentale -, dans ses articles de la psychotherapy de Parker, « la psychologie de la santé (1, m, p. 37), la philosophie de-la psychothérapie (111, m, p. i3)' l'épuisement nerveux (lll, 11, p. 5) ». Lui aussi demande des efforts et du travail, car « le meilleur préservatif des névroses est une éducation systématique qui apprenne à distinguer la vraie et la fausse fatigue, qui donne une juste estimation de nos forces ». Les sacrifices, les responsabilités, les efforts pour se discipliner, les efforts pour faire des progrès mentaux donnent une vue plus rompréhensive de la vie, conduisent à la santé physique et morale. 11 est surtout important de se sentir en relation avec d'autres esprits, de savoir que l'on travaille pour les autres, que l'on travaille aux œuvres sociales. M. Putnam décrit une tentative curieuse faite par le Massasuchet's gênerai hospital pour établir des relations sociales entre les malades névropathes, pour les encourager à se réunir, à faire des efforts en commun, à se communiquer de l'enthousiasme ; les succès de la « Christian science » dans cette voie nous montrent la valeur du procédé.
Enfin M. Putnam essaye de communiquer son propre enthousiasme pour les études philosophiques, il veut combattre les doctrines matérialistes et pessimistes, il veut montrer que les notions scientifiques et philosophiques sur l'évolution sont capables de nous donner de grands espoirs. Les troubles nerveux si fréquents aujourd'hui no continueront pas à se développer et le prochain siècle aura une vie mentale plus stable ([ue la nôtre. Comme le disait déji» F.-\V. Myers les troubles nerveux ne sont pas toujours l'indice d'une dégénérescence, ils révèlent (|uelquefois les efforts d'une adaptation nouvelle.
I. Boris Sidis, The psyclio therapcutic \aluc of Ihc hypnoïdal sfates. Symposiiim do Morlon Prince, |>p. 1:^9, i32.
a. J. .1. i'ulnam, C.oiisidéralions sur la tliérapeulique mentale. Etudes du déparlemcnl de neurologie de Ilarward médical school. I, 1906.
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II est intéressant pour montrer à quel point ces idées sont répandues de les retrouver exactement les mêmes dans le petit livre de M. Alfred T. Schofield '. Les éléments principaux de la guérison sont l'accroissement de l'espérance, la foi. la gaieté, l'activité, le travail mental ; les bons remèdes ont été dans tous les temps, la sympathie religieuse, raltruisme. la philanthropie, l'ambition. « Le meilleur médecin dfs maladies nerveuses, disait Coleridge, c'est celui qui sait le mieux inspirer l'espoir. »
M. R.-C. Cabot mérite d être considéré comme l'un des représentants principaux du « work cure ». Il a publié à ce sujet une série d'articles remarqiiables dans la « psvchothérapv » de Parker, « Usage et abus du repos (IL ii, p. o'i), traitement par le travail, work cure (IL ii, p. 2^). analyse et modification du milieu (III. m, p. 9) ». Nous avons déjà vu que cet auteur luttait contre le traitement par le repos excessif et qu'il le considérait comme un appauvrissement. Nous avons signalé, à propos des études sur l'isolement, ses remarques sur l'influence du milieu et sur les malajustements de la famille. « Le repos et la [)ai\, dit-il. viennent plus souvent par la réforme de la vie que par le sanatorium. »
Mais l'essentiel est sa conception de la paresse et du travail : les craintes maladives du névropathe, ses préjugés sur son estomac, son bavardage et ses troubles sexuels viennent de ce qu'il n'a pas assez à faire. II est un temps où les garçons ont besoin d'avoir quelque chose de dangereux 'a faire, leur vie éclate si nous voulons la mettre en bouteille. Nous vovons la décadence des hommes actifs fjuand ils prennent leur retraite et la rapide détérioration de la santé quand on abandonne le travail qui est un de nos supports naturels. l)r>s maladies nerveuses apparaissent chez la femme de \o ans parce que ses enfants sont grands, qu elle n a plus à s'occuper deux et qu'elle ne sait pas faire autre chose. Pour guérir les nerveux, il faut lesjeterdansle courant de la vie, dans le travail qui leur fera oublier leurs propres sensations. Le travail distrait du malheur même : une femme immédiatement après la mort de son mari lut obligée de prendre la direction d'alfaires importantes, non seulement elle put supporter ses malheurs, mais elle se sentitobligée de convenir que sa nouvelle vie était beauc(»up plus heureuse (|ue l'ancienne. Le travail lonrnil du succès et rexjn'rience du succès est l'une des plus heureuses
I. Alfrfd J". Schofield, Servousneu, a hrief and popular rtview of the moral Ireaimtnl of dUurdcred nerve», LuikIoii, lyio.
et des plus capables de guérir le névropathe. Il faut s'efforcer de trouver pour le malade un travail qui lui rapporte des bénéfices, car un travail rémunéré est celui qui a les meilleurs efîets. Enfin le travail a des effets sociaux, il permet de connaître ceux ({ui travaillent avec vous, il rapporte de la camaraderie et souvent de la gaieté. Il procure le sentiment de liberté et de responsabilité, il transforme même les aliénés, comme on l'a observé dans la colonie de GheeP. Il faut chercher dans la vie antérieure du malade des éléments de direction et de réorganisation ; l'œuvre médicale serait incomplète si le médecin ne s'occupait que de l'accident présent et ne cherchait pas à préparer l'avenir de ceux qu'il dirige.
Malgré l'intérêt des études précédentes dont plusieurs sont remarquables, la lecture de ces programmes de traitement laisse une impression assez trouble et l'on ne peut s'empêcher de demander s'il ne s'agit pas de compositions philosophiques ou morales plutôt que de recherches médicales. Sommes-nous bien loin de la moralisation de M. Dubois (de Berne) dont beaucoup de ces auteurs se réclament justement ? Certains progrès me semblent cependant manifestes ; ces auteurs me paraissent bien comprendre une notion que nous avons peut-être contribué à établir, c'est que les troubles névropathiquts et même la plupart des troubles mentaux dépendent d'une altération fondamentale de l'activité. Il ne s'agit pas proprement d'un trouble de la sensibilité, de la mémoire ou du raisonnement, mais de troubles des fonctions de synthèse, de l'appréhension du réel, de la tension psychologique. On essaye d'y remédier non par des raisonnements, ni même par la moralisation proprement dite, mais par l'exercice des fonctions les plus élevées, par des émotions sthéniques, par des excitations en un mol. Ce que l'.iîsthésiogénie prétondait faire d'une manière plus précise peut-être, mais boaiicoiip plus limitée, ces auteurs essayent de le faire d'une manière plus générale et plus pratique. Ils essayent de pénétrer dans le champ de l'excitation que r.Tsthésiogénie nous a ouvert. Il n'en est pas moins vrai que ces études, à leur début, sont insuffisantes. Au point de vue psychologique elles ne fournissent guère d'indications précises sur ce phénomène de l'excitation
I. Cf. Vr. Meon, Compte rendu du Congres d' Amsterdam, 1907, p. 795.
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qu'elles prétendent utiliser, elles parlent de forces en réserve sans indiquer leur nature, leur importance, la manière de les mobiliser, elles parlent d'émotions sthéniques sans expliquer ce qui les distingue des émotions dépressives bien plus banales. Il est très difficile de tirer de ces études une descri[)tion psvchoh)gique de l'excitation. Au point de vue clinique, le médecin n est pas satisfait : « les véritables malades, dit-il, nos déprimés périodiques, nos psychasténiques en crise de doute sont parfaitement incapables de cet effort, de cet espoir, de cette foi qui soulève les montagnes ; c'est précisément cette incapacité qui constitue leur maladie. Vous leur répétez qu'ils seront sauvés s'ils croient et s'ils espèrent, c'est une vérité de La Palice. Vous prétendez leur donner ces belles vertus- par l'exercice, mais ils sont incapables d'être entraînés. Les sujets auxquels vous vous adressez sont des oisifs qui s'ennuient et non de véritables malades. Si quelquesuns ont été des malades, vous avez assisté à leur guérison parce qu'ils étaient déjà à la fin de leur crise. » Ces réflexions sont malheureusement assez justes et il me semble ditlicile de dissiper cette mauvaise impression.
C est pourquoi je ne puis tirer de cette historique une interprétation du traitement par l'excitation comme je l'ai fait pour les traitements précédents. Il me semble nécessaire de revenir auparavant sur certaines études cliniques qui pourront peut-être sur certains points conipléter les précédentes.
2. — Les E.XCITATIONS ACCIDE.NTELLES AL COLRS DES DÉPRESSIOS.
Le problème que soulèvent toutes ces tentatives thérapeutiques, c'est le problème de l'excitation et même de l'excitation artificielle déterminée par le médecin. Avant de l'aborder il serait bon d'avoir quehjues éclaircissements sur l'excitation naturelle qui se présente au cours de l'évolution tles maladies nerveuses. Nous sommes oblicjt's de revenir sur cette étude des oscillations du niveau mental dont j'avais déjà signalé rim])ortan(c. il v ;i une dizain*' d'années'.
L'évolution uaturelh' des maladies tnentales nous présente un fait fort remarr|ii;tble sur leijuel on ne saurait trop rélléchif. c'est