I. Obse$$iorui et ptyehaaténie. \, |i. ô3o
16i LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
la manière de vivre et dans la profession. Aux six observations que j ai rapportées dans lescjuelles le déménagement a été le point de départ tle dépressions graves, je dois opposer six autres observations tout aussi démonstratives dans lesquelles le déménacrement a amené la guérison. « Il suffit, répètent plusieurs malades, que je change de milieu et d habitudes pour avoir moins d'obsessions et même moins de troubles intestinaux. » Cette dernière remarque me rappelle plusieurs observations où les entérites muco-membraneuses si fréquentes chez les déprimés cessent comme les migraines pendant les voyages et les changements de milieu.
L'excitation causée par les changements est très nette chez les douteurs qui retrouvent à ce moment le sentiment du réel : Quand Zb., f. 23. rentre dans sa famille après une absence elle reconnaît ses parents comme réels, ce qu elle ne faisait plus jamais pour personne. Son frère qui était très malade 1 impressionne : « Je lai trouvé plus vrai et je 1 ai encore reconnu mieux que les autres. » Anna. f. 2^, (jui a au suprême degré et constamment le sentiment de l'irréel est heureuse en arrivant dans une ville étrangère de trouver que les maisons et les arbres sont plus réels que chez elle et l'on peut utiliser cette élévation momentanée de la tension et s'en servir pour le traitement.
Les luttes, les (l(ini;er,s, les douleurs. — Les incidents de la vie qui réclament une lutte, un combat et qui exigent rell'ort violent de la colère ont été l'occasion de bien des guérisons. Xb.. h. 2("». n'a plus de tics et ne bégaye plus (|uand il est en colère, et Rk.., h. 4o, n'a plus de doutes sur les allumettes s'il a pu se mettre en colère; Lvdia. comme Dm.. |)rélendent (|u une scène de ménage leur fait plus de bien que la strvchnine. Je connais bien des malades dont les obsessions cessent pendant plusieurs jours parce qu'elles se sont disputées dans un tramway ou qu'elles ont eu une scène avec leur mari.
Les actions dilficiles (|ui nécessitent un elfort ont .également une bonne induence. Des malades renvoyées de l'hùpital et obligées subitement de chercher du travail pour vivre ont présenté à ce moment un rétablissenuMit inespéré. .\r., f. ôo. toujours hvpocon(liia(|ue et gémissante, est obligée de secourir un jeune soldat tombé devant sa porte ; elle le soigne avec dévouement pendant plusieurs seniaines et, au grand étonnementde sa famille.
LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION Ito
« elle a été superbe ». J'ai toujours gardé le souvenir d un incident bizarre qui m avait autrefois bien surpris : une femme de io ans, Bn., retombée pour la troisième fois dans une jurande dépression, était fort malade depuis plusieurs mois et semblait encore loin de la fin de la crise. Elle dînait seule avec sa nièce, jeune femme à la dernière période de la grossesse, quand celleci d'une manière inattendue fut prise des douleurs de 1 accouchement. Bn. fut obligée de la soigner et en attendant un secours qui arriva trop tard de faire tout laccouchement. Elle se sentit surexcitée et resta complètement rétablie sans trace de la dépression mélancolique qui semblait si grave. Chez beaucoup de psvchasténiques d'ailleurs, le dévouement est l'action particulièrement excitante : « Je n'ai jamais pu me résoudre, dit Plo., f. 3o, à rien faire pour moi-même, pour faire un effort qui me fasse du bien il faut que j aie l'illusion de faire plaisir à quelqu'un. »
On prévoit d après ces observations que les dangers plus ou moins graves auxquels les malades sont exposés n'auront pas toujours des effets fâcheux. Un écrivain pittoresque, Tr>ppfer. quand il décrivait ses voyages en Suisse, faisait cette réflexion : « C est bien dommage que le danger soit une chose au fond si dangereuse, sans quoi on s'v jetterait rien que pour éprouver cette joie puissante, ce reconnaissant élan du cœur qui accom- [)agne la délivrance'. » Marro dans son livre sur la puberté disait ;iussi : w Celui qui a surmonté un danger est seuiblable à celui qui a traversé une maladie infectieuse, il est vacciné. »
J ai déjà signalé autrefois l'étonnement que j'ai éprouvé en constatant de quelle façon une de mes malades avait supporté une catastrophe vraiment elViavante. Cette jeune femme, qui était bouleversée par les émotions les plus insignifiaiiles. (|ui tombait dans une grande crise « de vœux et de pactes » à l'occasion d'une petite surprise qième agréable, se trouvait dans un bateau f|ui échoua sur des rochers en pleine nuit. Elle resta calme '•t énergique, rendit aux femmes et aux enfants une foule de services et se trouvii après l'événement en très bonne santé morale pendant [)Iusieurs mois. J'ai observé depuis cette époque bien <los laits semblables : Zc f. .^o, déprimée méhinrolique avec d«'s idées <\r -suicide, «'st t«»mbée daii> un puits invulontaireuient C).
prétend fljr, et n'en fut retil'ee qii';! demi-asphvxif'e . Elle etl I luppfrr. \'oya(je» tn ;ig-:ag. 188.'), p. ji,'»
sortit transformée : « le voile était disparu, j'y voyais enfin plus clair, je crovais commencer une autre vie ». La dépression, il est vrai, recommença, mais seulement deux mois plus tard. Wkx. fut rétabli pendant huit jours par un duel. Gx.. f. 28. qui avait constamment des crises d'hystérie, fut guérie de ces crises après avoir vu tomber un épileptique, c'est lii I inverse de ce que l'on observe communcniont. Justine fut transformée parce qu'elle crut son mari en dangerquand il arrêta nu cheval emballé, etc. On peut ranger parmi les dangers la situation où se trouve un individu qui essaye d'accomplir un vol. A ce propos lobservation de M"" V.. f. 5o, que j'ai déjà publiée', me. semble bien typique. Nous aurons à 1 étudier h propos des impulsions, notons simplement maintenant que le fait de sortir d'un grand magasin en tenant à la main un objet quelle n'avait pas payé lui causa une émotion si intense et si délicieuse qu'elle sortit tout à fait bien portante, tandis qu'elle était plongée depuis un mois dans une dépression mélancolique profonde dont rien ne pouvait la guérir.
La guerre a permis de répéter bien des fois la même remarque : dans une douzaine d'observations, des malades, dont je connaissais depuis longtemps la faiblesse, la p^isillanimité. les crises de dépression, ont montré des qualités de vaillance que personne n'aurait pu soupçonner. Ba., Francis, Wkx. sont devenus des soldats ou des olTiciers admirables et sont restés stupéfaits, eux-mêmes de la disparition de leurs phobies et de leurs obsessions. Ca., h. /|0, si déprimé et si triste dans la vie civile, retrouve tout son sang-froid dans les plus grands dangers de la guerre : « Les plus terribles marmitages m'apportaient seulement le besoin de composer et d'écrire et j'ai écrit à ces. momentslà les meilleures pages de mon livre. »
Enfin, chose étrange, les douleurs phvsiques et morales ont sur ces malades le même elVet excitant. M. Cieorges Dumas a très bien montré ce phénomène quand il a décrit les transformations que la douleur morale détermine ch(>z les mélancoliques: « (^est la douleur morale et non la simple tristesse qui évoque les idées délirantes; elle est tonique, excitante, évocatrice... Le mélancolique qui passe de la tristesse il la douleur se réveille et s'excite. . . ■ » 11 suffit d'ajouter quelques exemples parmi nos observations :
I. La kleptomanie et la dépression mentale, Journal de psychologie normale et pathologique, 1911. p. 97.
a. Georges DunLis, F. a tristesse et la joie, içjod, p. ()4-
LES rnAlTEMENTS PAR L EXCITATION 167
« Cette brûlure accidentelle ma fait tant de bien, disait une malade déprimée au niveau du doute et de la dépersonnalisation, que vraiment j'ai eu pendant plusieurs jours l'envie de me brûler moi-même pour sentir encore une fois une véritable sensation, une sensation bien à moi. » Claire répétait autrefois : « J'ai faim d'émotions, même de soulTrances, qu une émotion douloureuse arrive à me secouer ot cela me fait remonter mieux que tous les raisonnements'. » Agathe est beaucoup mieux, ne sent plus ses maux de tête, et ne voit plus « la pluie qui tombe devant ses yeux », c'est-à-dire ses mouches volantes, parce qu'elle a été chez le dentiste qui lui a fait grand mal. Anna» dont nous avons vu les doutes, s'est coupé la main en pelant un fruit : « J'ai été si étonnée de sentir que cela me faisait mal, que j'ai reconnu que j'étais une personne normarie et que j'ai retrouvé ma personnalité pendant deux jours. » Francis est moralement rétabli parce qu'il s est foulé le pied : « Une vraie douleur me fait tant de bien, la joie me touche moins que la douleur. »
La maladie et la mort des proches. — Nous pouvons rapprocher des hiits précédents la douleur morale causée par une maladie grave des personnes aimées. Il faudrait résumer ici i«i observations qui nous montrent des malades eu état de dépression grave capables de se relever subitement (juaiul elles sont obligées de velllei' nuit et jour auprès du lit d'une personne aimée'. 11 faut môme signaler des relèvements remarquables à la suite de la mort des parents, qui, comme on l'a vu, a causé tant de maladies graves. « Après la mort de mon père, nous disait Claire, j'avais des chagrins réels, mais les chagrins réels sont beauc<jup moins pénibles que les reprochas imaginaires de ma conscience ; j'étai> plus énergique, j avais plus df volonté; ce qui ma étonnée,. c'est que jamais je n'ai si bien d()rmi, calme, sans rêves, sans cauchemards^. » Il en a été de même pour Justine, pour Sb., pour Noénii qui est débarrassée de ses angoisses et de ses obsessions sur la mort précisément après la mort de sa mère : « C était une sorte de congé, une détente délicieuse, un oasis dans \\\\ désert aride. I/obsession étai^ partie «-t j'ai pu repreydre (|ucl(|uc goût pour les balivernes de lexislence. »
I. Obsfs.iioM et psyehaslénie. I. p. r).3M. a. 0[J. cil.. 1, p. 537.