Op. cit., II, |>. .'!."i
redevient noir et je suis de nouveau morte au fond d'un tombeau oii rien n'est plus vivant. Est-ce assez bête cela ? »
Si on ne' considère les aventures amoureuses qu au seul point de vue de l'hygiène mentale, on ne peut pas toujours les blâmer. Fjj.. f. ^o, comme beaucoup d'autres, sait très bien qu'elle ne se rétablit que par de nouvelles aventures amoureuses : « C'est la seule chose qui m'ait toujours réussi. Par moments j'essaye bien la religion ou la bienfaisance, mais ce ne sont là que des pisaller, il me faut toujours^revenir au véritable traitement qui me convient. » Ec, f. ^x^, a traversé plusieurs grandes crises de dépression, pendant des mois elle est restée inerte et gémissante, se plaignant de troubles digestifs, d'insomnies, d'angoisses, etc. ; puis elle semble se rétablir rapidement et son mari est enchanté. A ce moment elle vient de commencer une liaison avec le mari d'une de ses amies: « Ces rendez-vous mystérieux m'occuj)ont. me distrayent, m'empêchent de penser à mon triste mariage avec un brave homme si peu romanescpie. .. Quand je l'avais vu dans la journée, je digérais très bien et je dormais toute la nuit. » La liaison se prolongea pendant trois ans et la malade ne présenta aucune rechute. Malheureusement l'amant mourut et très rapidement la crise de dépression recommença. Après plusieurs mois de souffrances, Ec. voulut essaver de la religion et s'adressa à un prêtre fju'elle prit I habitude d aller voir tous les jours. Une nouvelle intrigue, des rendez-vous mvstérioux recommencèrent et la crise de mélancolie fut com[)lètement terminée. Après un an de santé parfaite, la maladf est de nouveau malheureuse parce que le prêtre inquiet de la situation s'est décidé à rompre et à quitter le pays ; elle retombe gravement malade. Je sais bien que des psychiatres éfudits déclareront qu'il y a là une série de rechutes de la maladie maniaque-dépressiv(> et (|ue ce mot magique nous dispense de toutes réflexions indiscrètes. .le veux bien que ce mot explifjue tout, mais je ne puis m'empêcher de noter à titre df curiosité pour les psychiatres de I avenir la singulière coïncidence i\o ces guérisons avec le succès des avfulurcs amourruscs et dices rechutes avec leur terminaisoji.
Ilcloïs(^ f. \'j. fort obscrvatrici-, au niilini d'um' forte crisr di- dt'pressioii mélaii(-oli(|U(' avec insomiiD' coiiliiiufllc, troul)l<> dig«'stifs et circulatoires, etc.. m'é»-iit la letlrr suivanli- : " llnr dimanche j'ai été en voiture à une compagnie et j'ai dinc avec un excellent ami. Il m'a reconduite chez ni«)i «-n m'envehïppanl
170 LES ACQUISITIONS PSYCHuluu1i^)LES
dune respectueuse et touchante tendresse. Quand je me suis couchée pas une de mes artères ne battait fort ou trop vite, et je me suis endormie immédiatement d'un sommeil calme, réparateur, bienfaisant sans prendre aucune drogue. Quoique avant dîné d une manière fort indif^este. je me suis réveillée ce matin avec un sentiment complet de bien-être. Pourcjuoi ai-je été ainsi transformée ? Je l'ignore, mais cela est... » Il sacrit dune femme dont nous avons déjà décrit les besoins de tendresse et d'intimité. Elle aspire constamment à être aimée, à gagner l'affection et l'admiration, mais elle n'v réussit guère, ou du moins elle n'a |)as le sentiment de réussir -parce que sa dépression l'empêche d'avoir confiance et la force à interroger et à essayer sans cesse ses taquineries. Sous l'influence de l'excitation génitale elle devient plus capable d'intimité et de confiance, elle arrive à réaliser son rêve ou à le croire réalisé et tous les troubles disparaissent en même temps.
La pauvre Pépita, f. ^7, présente des impulsions que l'on peut appeler une véritable érotomanie et que nous aurons à étudier prochainement. Ces impulsions I ont précipitée dans de véritables catastrophes : elle s est compromise avec des individus louches et dangereux, elle a perdu ses bijoux et de grosses sommes d'argent et elle a failli faire sombrer la situation et l'honneur de sa famille. Mais nous n'avons à nous placer qu'à un point de vue strictement médical et thérapeutique : le fait certain c'est que cette aventure effroyable l'a guérie pendant deux ans d un état de dépression hypocondriaque extrêmement grave avec troubles circulatoires des plus étranges qui' durait depuis des années. » Je voyais le danger, me dit-elle, mais j'aime tant le danger et les émotions. Avec lui il v avait tous les jours du nouveau. cha((ue jour il fallait se dépêtrer de quelque chose et inventer de nouvelles combinaisons... J étais attirée vers lui par tout : il était étrange et malade, j'étais sa maîtresse et sa mère, j étais responsable de lui..., il me comprenait, il était d une douceur de colombe, il me mettait les bouchées dans la bouche... ou il me battait. C étaient des scènes épouvantables, des violences horribles, je risquais tous les jours d'être tuée s il se figurait que j'avais regardé quelqu'un: c'est là vivre ! Les choses ont mal tourné sans doute mais j ai passé avec lui des heures inoubliables. J ai toute ma vie aimé les aventures, le tnvstère, I inconnu, j eii ai besoin, j ai besoin de mensonges, besoin île vivre au milieu
LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION 17i
d'un faisceau d'intrigues... Je ne peux pas vivre dans cette vie monotone calfeutrée à la maison, j en perds la tête. » Elle semble malheureusement avoir raison puisquello est retombée malade depuis que 1 on a liquidé son aventure et qu elle se portait admirablement bien pendant cette période de danger. Il v a là des faits très importants que le psychiatre ne doit pas ignorer.
Les enfants. — Il est inutile d'accumuler de nouveaux exemples pour prouver que les devoirs de la maternité si dangereux pour certaines femmes sont une sauvegarde pour bien d'autres. Dans une dizaine d'observations de jeunes femmes sont guéries par les soins qu'elles sont obligées de donner à de petits enfants ; Qi. reconnaît quelle a été sauvée par son fils. Aj. qui devient très malade à 3" ans se rend compte que ses enfants sont devenus trop grands : « Quand ils étaient petits, ils m'imposaient des devoirs matériels qui me soutenaient. » Si des femmes retombent par la première communion de leurs enfants, d autres remontent à ce moment et comprennent mieux la religion. Si beaucoup de femmes sont déprimées par le mariage de leur fille, nous voyons Iléloïse transportée d'aise quand elle reçoit la visite d'un jeune homme amoureux de sa fille.
En un mot, tous les actes peuvent devenir le point de départ d'une excitation favorable. Une observation banale peut résurrier les remarques précédentes : on sait que la plupart de ces mahides ont une mauvaise période dans la matinée quand ils sortent du sommeil ot qu'ils sont ordinairement améliorés au cours de la journée et dans la soirée. 1! est jjrohable cpie des influences complexes déterminent cette modification, la nourriture, la lumièridoivent jouer un rôle ; mais il faut aussi tenir compte de l'accuniiilafion des actions môme petites (jue le malade est obligé de f;iire et (pji amènent peu :» peu ur»e excitation ii la lin di' la journée. Tiindis que nous avions vu précédemment <pie les actes et surtout (|ue les actes didiciles épuisent et dépriment nous voyons (|ue dans d'autres observations les mêmes actes peuvent avoir une influence tout ii fait inverse : il v a là une contradiction fjui soulèye un important problèiiie de psych<»logie.
3. — Les impulsions a i,a iie< iikiw.uf, i>f, i,'e\citatio>. .\près avoir étudi»'- les guerisons qui se produisent iicciili-nlel-
lenient au cours des états de dépression, il me semble bon dlnsister sur certaines conduites que les malades semblent considérer comme des traitements salutaires et auxquelles ils attribuent une importance énorme au point de les rechercher sans cesse et à tout prix. Les impulsions que présentent certains malades semblent être en rapport avec la recherche des actions excitantes capables de relever la tension psYcholoprique. J'ai déjà insisté sur cette conception des impulsions, d'abord à un point (le vue général dans mon étude sur « la pathogénie des impulsions ' », ensuite d'une manière plus particulière dans mon étude sur « l'impulsion au vol dans des grands magasins" ». Il faut reprendre cette étude pour chercher si ces impulsions né nous fournissent pas quelques indications thérapeutiques.
Les malades qui présentent de la dépression de la tension psychologique ont, comme on le sait, des obsessions qui expriment et symbolisent leurs sentiments d'incomplétude et leurs troubles de la volonté accrochée pour ainsi dire à une didiculté particulière. Mais un grand nombre présentent en outre des obsessions el des impulsions d'un autre genre : ils expriment constamment la pensée et le désir de certaines actions, de certaines situations et ils répètent que l'exécution de ces actes leur ferait le plus grand bien et leur rendrait l'intégrité de leur force morale. « Je suis inachevée, il me faut quelf|ue chose qui me donne le coup de pouce, le feu sacré. » Plus ils souffrent de leur état de dépression, plus ils se sentent poussés à accomplir cet acte libérateur. Tandis que les impulsions en rapport avec les obsessions ordinaires, par exemple les prétendues impulsions au crime chez les obsédés scrupuleux, ne sont presque jamais suivies d'exécution réelle ou n'arrivent (|u'à des débuts d'actes insignifiants, ces impulsions à des actioais excitantes et considérées comme salutaires sont bien plus souvent réalisées et donnent souvent lieu à des actes dangereux".
Les impulsions de ce genre sont très variées et il est impossible de les énumérer toutes ; mais on peut à titre d'exemple en grouper quelques-unes autour de trois titres selon (|u'il s'agit
I. On thc patliogencsis of sonie impulsions, Tlic journal of abnormal psychology, iiNpil 1906, p. i.
a. La klcptom.inic et la dépression mciitalo. Journal de psychologie normale ri palholo(ji(]ue. 191 1, p. 97.
3. Les obsessions ri la psychaslénir . 1'' édition. 1908, I^ p. 56, âg.
d'impulsions à des actes élémentaires en rapport avec des tendances inférieures, d'impulsions à des actes sociaux déjà plus élevés .ou dimpulsions à des actes moraux dépendant de tendances d ordre rationnel.
ha recherche de l'excitation élémentaire . — Le tvpe des impulsions du premier genre se trouve dans la dipsomanie, cette impulsion à absorber des boissons alcooliques ou dans la morphinomanie, la toxicomanie, c'est-à-dire dans l'impulsion à rechercher la morphine ou d'autres toxiques. Mais je n'insisterai pas ici sur ces impulsions car l'absorption de certains poisons complique l'effet psychologique de l'action, nous retrouverons ces phénomènes plus tard à propos des traitements médicamenteux. Il suffit de rappeler que dans ces impulsions ce que le malade recherche avant tout c'est bien le relèvement de sa tension psvchologique. Dr., f. 33, nous explique ainsi ses crises de dipsomanie : « Je me sens faible, triste, je perds tout espoir, je pense à me tuer et si je bois c'est pour me restaurer, ce sont de terribles angoisses qui me poussent à boire... Je bois pour éviter l'ombre qui tombe sur moi et ce sentiment d'ombre est si terrible qu'il efface toute autre considération. Quand je bois cela donne de la valeur aux choses et à la vie et il est impossible de vivre sans cela '. »
Nous pouvons signaler de préférence quoique des difficultés du même genre se présentent encore à ce propos, les impulsions a manger avec excès. Beaucoup de sujets dès le début de la dépression se sentent un appétit exagéré : Ed., f. 60, reconnaît à ce signe qu'elle va de nouveau retomber dans ses tristesses. Il suffit souvent d'une dépression légère causée par la fatigue ou par l'émotion pour amener cette exagération de l'appétit et je l'ai notée par exenijile chez des enfants névropathes au moment de la j)remière communion. Dans certains cas cet appétit se transforme on boulimie, c'cst-ii-dirc en impulsion ;i manger constamment dune manière invraisembhiMc. I"c., f. -jX), ne circule (ju'<Mi portant un gros sac garni de victuailles pour parer aux besoins pressants : 0 Je suis obligée de manger coiitituirllerncnt du pain, du jambon, du chocolat et du sucre, de voiei- on
I. Cf. L'alcoolisme ri la dt-prcsiioii mentale, Séances et trauaii r ■'■■ '' \--'<ilfmif des srienres moralet, septembre-octobre lyi.').
passant des oignons et des feuilles de salade..., il n'v a que cela qui me sauve, sans ces précautions je tomberais par terre tous les dix pas. » Il est intéressant de remarquer que cette impulsion a remplacé celle de boire du vin et de 1 alcool, qui existait chez cette malade à i8 ans. lors dune première crise.
Ces ini[)ulsions à l'activation dune tendance élémentaire se présentent sans (ju'il y ait absorption d'aucune substance excitante par elle-même. Dans ma première étude publiée en 1906 dans le Journal of abnormal psychology j'ai signalé un singulier cas à.' impulsion à la ?-echerche et à la proK'ocatlon de la douleur. J'ai décrit le sentiment bizarre de bonheur, analogue à une extase religieuse, que se procurait une jeune fille de vingt ans Nea... en se versant de l'eau bouillante sur les mains et sur les pieds'. Elle savait parfaitement combien une telle conduite était absurde et dans une lettre fort curieuse elle s'en excusait, mais elle ajoutait : « Que voulez-vous, je sais que cela va me faire revivre, que cela va me rendre moi de nouveau et je ne {)eux pas résister. » Cette impulsion est rare sous cette forme complète mais elle existe sous une forme atténuée chez bien des psychasténiques qui « ont besoin de se pincer, de se mordre les poings jusqu'au sang pour se faire sentir (juelcjue chose ».
Dans cette même étude je signalais l'observation de Ms., f. 35, qui après avoir présenté des crises de boulimie avait brusquement cessé de réclamer de la nourriture et avait passé à une autre impulsion, celle de la dvomomanic. Elle marchait indéfiniment : « Je sais très bien qu'il me faut faire au moins ^6 kilomètres sur la grande route pour me sentir transformée, je suis alors plus à mon aise et je commence à être une personne vivante'. » Cette impulsion'à la marche donne souvent naissance à des fugues d un genre particulier, lie, h. 01, a fait à plusieurs reprises de grandes fugues: dans l'une deces fugues il a niaiciio à pied de Paris à Lille. « Ces fugues, dit-il, se développent tonjours de la même manière ; je me sens (Mivahi par un chagrin, un ennui mortel..., tout me pèse, tout me tracasse, tout est mort, le monde ne vaut rien et moi je vaux moins que rien... (sentiments d'incomplétude de la dépression). Je sens alors le besoin de me remuer, de m'agiter et j'ai une envie
I. Cf. Obsessions et psychasténie , a* édition, 1908, 1, p. 58. a. Cf. Op. cit.. 1, p. 56.
LES THAITIZMENTS PAR LEXCITATION 175
Folle irrésistible de faire une chose qui me guérira vile, j'ensuis sûr, de cette torpeur intolérable... Je prends des précautions contre moi-même pour m'empêcher de partir, je m'enferme à clef dans ma chambre et je jette la clef par la fenêtre. Mais rien n'y fait..., je dois démonter la serrure, je ne sais comment, car je ne me rappelle jamais les premiers jours de ma crise... (Le début de la fugue prend chez cet homme la forme hystériqiie et ne laisse de souvenirs que dans l'état hypnotique). Mais je sais bien que je me réveille quelques jours après sur la grande route. Je nage dans l'enthousiasme, la nuit est jolie, le paysage splendide, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et je ne demande qu'à faire un travail qui serait, j'en suis sûr, excellent. Je n'ai pas le courage d'arrêter tout de suite une marche si agréable et je continue à marcher encore quelque jours, mais cette fois en jouissant de la guérison qui se complète peu à peu. » A cette impulsion à la marche au mouvement des membres se rattachent les manies des s[)orts que décrivait M. Tissié (de Bordeaux) et dont j'ai montré de nombreux exemples.
L'une des plus importantes parmi ces imp.ulsions à la recherche de l'excitation élémentaire esi la recherche de T excitation sexuelle qui donne naissance à toutes les formes de l'érotomanie. Il faut prendre quelques précautions dans cette étude afin, de ne pas confondre avec les impulsions génitales proprement dites, toutes les impulsions à la recherche de l'amour, à la recherche de l'aventure ou au dévouement dans lesquelles la part des fonctions génitales est souvent bien petite. Dans les vraies érotomaiiies, le malade cherche l'excitation principalement dans la pratique du coït lui-même, indépendamment de toutes les actions sociales (jui le préparent. Ces impulsions se présentent sous la forme de masturbations solitaires, de coïts avec des individus du même sexe ou de sexe différent sans grande préoccupation de l;i personne et des circonstances.
Je ne reviens pas sur la description tle ces impulsions (jue j'ai laite ailleurs. J'insiste seulement sur deux caractères. F,n jtremier lieu ces impulsions n'existent (|ue pendant les périodes de dépression après qu'un certain nombre de symptc^mes de la dépression ont déjà fait leur a|>parition. Fn second lieu il est évident que les malades cherchent dans ces actions un soulagement et croient y trouver la guérison et qu'en fait les pratiques génitales Ir^ur apportent souvent une excitation ipii hiit disparai tri> au moins
inomentanémciit une partie de leurs troubles. Des femmes se tiennent très convenablement pendant les périodes où elles ont quelque intérêt à la vie et à leur ménage : « c'est parce que depuis quelque temps elles ne peuvent plus prendre intérêt à rien qu'elles se mettent à faire la noce avec des individus malpropres. » Ib., f. 23, après une série de fatigues et d'émotions est devenue lente et inerte, elle se sent « comme abandonnée sans direction et ne sait plus comment vivre... Je ne peux plus vivre comme cela sans m'intéresser à quelqu un ou à quelque chose. » Elle s'abandonne à des amours compliqués et elle a cinq amants à la fois : « Cela a suffi pendant longtemps à me rendre heureuse et travailleuse. » — « Les médecins m'ennuient avec leurs remèdes et leurs régimes, dit Jca., f. 25. Quand je suis bien amoureuse, je n'ai plus d entérite, les médecins ne savent pas cela, ils ne connaissent rien à la vie réelle. » Pépita à 5o ans se guérit encore de la même manière de ses crises de congestion viscérale et d'entérite : « Elle n'est vraiment' bien, dit-elle d elle-même, que lorsqu'elle est en chasse. »
La recherche de l'excitation génitale, comme l'ijupulsion à boire, peut se combiner avec le besoin de la marche et de 1 agitation physique dont nous avons parlé et donner naissance à des fugues particulières. Yd., h. 32, est émotlonné par des reproches qu'on lui a fait à son bureau ; chez lui la période latente de l'émotion, la période d'incubation dure 2\ ou /i8 heures. A la fin de cette période il ne peut plus tenir on place, il éprouve le besoin de sortir, de ros[)irer, il ne peut plus travailler, il étoulTe s'il reste au bureau ou chez lui. Bientôt le voici dans les rues de Paris, errant pendant le jour et la nuit aux portes des ateliers et des casernes « à la recherche de l'ami idéal », entrant clans tous les bouges, s'exposant aux plus grands dangers et s'abimant dans toutes les débauches. Après deux ou trois jours de cette vie il rentre éreinté, mais rasséréné, « bien guéri de toutes les idées noires et capables de se remettre admirablement au travail, car toute gêne |)hysique ou morale a disparu. »
La recherche de L'excitalion sociale. — Des tendances plus élevées, des tendances sociales deviennent également chez les déprimés le point de départ d impulsii)ns variées. .le ne reviens pas sur la description de ces impulsions à la domination, à la recherche de l'amour, à la (a(fuinerie, au dénigrement, etc., des
LES TRAITEMENTS P.\ï{ L EX.CITATION 177
cription que j ai résumée dans un chapitre précédent à propos de l'isolement. Dans ce chapitre, après avoir décrit quelquesunes de ces impulsions, j'ai étudié l'action qu'elles produisaient sur l'entourage du malade et montré leur action déprimante sur les personnes de la famille. Maintenant il nous faut considérer ces mêmes impulsions et quelques autres qui s'y rattachent à un autre point de vue et rechercher comment elles sont considérées par le malade comme avantageuses pour lui-même, comment il y trouve ou croit y trouver une source d excitation.
Cette satisfaction est évidente chez les autoritaires : ils sont rayonnants de joie quand ils obtiennent une obéissance docile et une humiliation. « Je sais bien comme vous me le dites que cela ennuie ma fille et que je la fais pleurer," mais cela lui coûte si peu et cela me fait tant de bien. »
Il est inutile de revenir sur les manies si fréquentes de dénigrement, de méchanceté, de cruauté, nous avons déjà remarqué que sous ce besoin de rabaisser et de faire soulïrir les autre se dissimule avant tout le besoin de se relever soi-même. Si Lox., f. '40, reproche sans cesse à toutes les femmes dont elle parle de mal tenir leur ménage et de ne pas soigner leurs enfants, c'est qu'elle demande un retour sur elle-même, sur son administration impeccable du ménage et sur son dévouement excessif à ses çnfants. Si ces personnes déprécient certaines qualités des autres en les déclarant sans importance, c'est qu'elles ont peur de ne pas posséder elles-mêmes ces qualités. Quand Gh,, h. 3c, déclame sur le caractère intéressé des commerçants, sur leur petitesse dans la poursuite du gain c'est qu'il est lui-même incapable de gagner un sou et qu'il prend des précautions contre les critiques possibles. Le dénigrement des autres est toujours une forme de la vantardise.
La manie de la Idijuinerie, la manie des scènes sont des sources de jouissances et d'excitation pour les malades: « Les scènes, ditUd., h. 25, mais cela me dégage la tête et me fait un bien énorme; ces ruisseaux de larmes que je verse ou (jue je fais ver- ■-iT a ma famille, c est la seule chose (|ii(' je regretterai dans la vie. Sans elles je ne pourrais pas travailler, je ne pourrais pas vivre, cla me soulève en me |)érjétrant juscju'à la point»' des pieds... »
L'amour, c(»mm<î nous Taxons vu, consiste le plus st)uv<'ul p<»ur ces personnes dans un ensemble de prévenances, d'ellorls pour Jamkt. — .\c4ui8. ps)ch. III — \i
intéresser, de compliments, de flatteries qui ne sont au fond que des excitations et c'est pour cela que les déprimés veulent sans cesse être aimés. « Ils sont là continuellement à vous secouer, à vous embrasser, à vous tourmenter de toutes les manières pour avoir des caresses... Elle fait tout à la martyre et lève des yeux suppliants en demandant: tu maimes, n'est-ce pas? » Gh.,h. 3o, pass* toutes ses journées à suivre dans la rue de jeunes ouvrières dans l'espoir de faire une conquête : il veut « qu'une femme l'aime, le cajole, le console, il n'a pas d'amis, et il a besoin de quebjn'un qui le comprenne, il lui suffirait d'un regard affectueux qui promette l'amour ])Our qu'il soit remonté et qu'il reprenne courage... Je reste des heures dans une sorte de stupeur vague, dans l'attente de cette douce sensation de chaleur, prélude de la pensée. Si je parcours ainsi Paris dans tous les sens, c'est pour puiser dans le regard de certaines personnes un peu de cette chaleur: alors je me sens bien, plus de timidité, plus de bégaiement, partout où je me présente je suis bien reçu ». — « Pourquoi mon mari ne me regarde-t-il pas quand je suis en face de lui à table dans un dîner? Pourquoi ne prend-il pas un air inquiet (juand je parle à un autre homme? Pourquoi ne me fait-il pas de compliments sur ma nouvelle toilette? S'il ne sait pas le faire, il faut absolument que je cherche quelqu'un d autre qui le fasse et qui le fasse bien, car il n'y a que cela qui me donnera le calme. » — « Je suis gaie, rieuse, avec des rires de bébé, dit Iléloïse femme de ^5 ans, je suis encore souple comme une fillette et je joue avec tout comme un jeune chat, pourquoi ne le remarque-t-on pas ? Pourquoi ne m'en fait-on pas de compliments?... J'ai besoin d'adoration :i un degré dont je pense mourir. J'ai besoin de compliments, cela m'est indispensable pour vivre. Si je les ai, je deviens naturelle, aimable, raisonnable, comme tout le monde. Avec mon mari et mes filles (jui me rabaissent, je me perds, je m'alfolle. » — « J'ai besoin (ju'on ait besoin de moi... Je veux être le bon Dieu de (|uel(ju'un... Qu'on vienne me chercher sans que ce soit toujours moi (jui me dérange... Je veux voir que je produis de l'ellet sur (juel([u'un, (jue mon arrivée produit un effet vivifiant, apporte la joie et la douceur: voilà le rêve de mou existence depuis ma petite enfance. »
Il faut encore ajouter une autre considération: réussir à inspirer l'amour, c'est fair(> une conquête, c'est triompher de ((uel- (ju'un: « L'auiour, lit Mmma, c'est la seule chose (|ui soulève
la vie de la femme Car c'est la seule chose où elle puisse réellement réussir par elle-même. J'ai besoin de flatter quelqu'un, de le cajoler, pour faire sa conquête : c'est là une opération importante quand il s'agit de M. X. un homme supérieur et sauvage, froid et correct qui a la réputation d'être misogyne. Arriver à lui dire: vous êtes mon Christ d'ivoire, sans qu'il se révolte, c'est un succès délicat. Cela me guérit d'y travailler, cela me sort du doute mieux que tous les remèdes. »
C'est pour augmenter leur sentiment de sécurité et leur sentiment de triomphe que ces malades souhaitent constamment chez leurs amants des qualités supérieures, car il est à la fois plus avantageux et plus flatteur d'être aimé par une personne très supérieure. « Ce n'est pas tout de flirter, dit Emma, mais il faut que ce soit avec des personnes supérieures : c'est là ce qui relève, on ne peut pas vivre sans cela. » — « Plus l'objet est élevé, dit Iléloïse, plus l'orgueil aspire à sa conquête... Voyezvous, j aurais été folle de joie dans mon humilité, d'être la chose, la toute petite chose d'un homme de valeur, de le sentir briller, de lui épargner tous les soucis, de le gâtera genoux, de supporter même qu'il me trompe, pourvu qu'il soit heureux... Il faut qu'un être ait besoin de moi et cependant qu'il me soit supérieuj*. Ce n'est [)as contradictoire : Dieu est supérieur et indépendant et cependant il a besoin de lamour de ses créatures. Si un être n'était rien par lui-même il ne serait pour moi qu'une sangsue et je ne pourrais pas l'aimer: je le sentirais inférieur et intéressé, faible comme moi. Mon idéal est celui-ci, un être fort, fort par lui-même et ayant besoin de donner de lui-même, de se pencher, de laisser couler des tendresses qui n'excluent pas la force. Cet être a besoin de partager, il a besoin que j'aie besoin de lui, il a besoin de la joie qu'il me donne et il ne réclame pas autre chose.» (Quelle façon entortillée et singulière de se tromper soimême' sur ce que l'on désire rt de définir ce que l'on entend par: être aimée pour soi-même. Cette pauvre femme très intelligente, mais très déprimée n'ose pas dire simplemt'nl qu'elle désire rencontrer un être très riche, possédant tout et eap;il»le sans aucune laison de lui donner tout s:insiieii dern;ifi(lei en retour.
Ce besoin d'approbation et de succès sttciaux qui est ;iu loud de la plupart des inipulsi<uis amoureuses peut d'ailleurs se manifester isolément de bien d autres tuanières. Ces malades sans se
préoccuper de l'amour proprement dit, réclament de la société où ils se trouvent des félicitations et des éloges perpétuels. Pour les obtenir, ils sont obligés de se montrer, d'attirer l'attention, même par des excentricités, de se vanter eux-mêmes à chaque instant. Zoé., f. 26, quand elle est déprimée après la mort de sa mère, cherche à se faire remarquer, cequelle ne faisait pas auparavant. Elle gémit que son deuil l'empêche de se montrer à son avantage, elle réclame constamment des compliments, même sur la forme de ses mollets. Bfa., h. •2'], i-econnait que « son caractère a changé complètement, qu'il devient ridicule auprès de ses camarades avec son besoin fou de se vanter et de réclamer perpétuellement des compliments. Iléloïse dans sa grande période de dépression présente une apparence singulière: elle a une vanité puérile tout à fait en contradiction avec l'intelligence véritable qu'elle montre d'autre part. Elle' passe son temps à vous expliquer longuement quelle a une grande situation, beaucoup de fortune, toutes sortes de connaissances, de mérites, de perfections, de dévouements: « Moralement j ai une jolie nature, d'une loyauté parfaite, ce qui est rare chez les femmes, et capable de tout ce qui est bon et fin quand je sais (jue cela sera apprécié. » Elle énumère tous les grands personnages qui l'ont comblée de lettres et de prévenances, toutes les déclarations d amour qu'elle a reçues ou cru recevoir, tous les plus petits compliments qu'on lui a faits ; elle éprouve le besoin de venir me raconter que sa masseuse lui a fait des compliments sur ses épaules. « Si j'ai tant besoin de compliments, dit-elle pour s'excuser, c'est que les compliments seuls réussissent à me rendre comme tout le monde, tandis que tout ce qui m'aplatit est mauvais et me fait retomber dans mon humilité maladive... »
Tout cet étalage de vanité extraordinaireinent naïve est maladif, il faut bien le savoir, et disparait complètement à la lin de la dépression. On voit avec étonnement ces femmes présenter alors un tout autre caractère et devenir au contraire très discrètes au point (ju'on ne les reconnaît plus. On attribuait autrefois cette disposition à attirer l'attention sur soi. à s'exhiber avec vanité à la maladie hvslériqde : c'étaient là « les malades il rubans rouges » dont |)ailail (Ihnrcot. 11 y a un inalentiMulu, c est là un trait caractéristique des abaissements du niveau mental cpiand ils se présentent à un certain degré, dans certaines conditions d intégrité intellectuelle. Si rhystéri(|ue le présente souvent, c'est parce
quelle est une déprimée et non piirce qu elle est une hystérique. Ces mêmes personnes essayent par tous les procédés de se procurer des succès mondains et je signalerai à ce propos une forme de maladie mentale peu connue, l'impulsion qui pousse certains malades à s épuiser de fatigue pour réussir dans les conversations, les visites, les réceptions mondaines. Quelquefois cette impulsion se présente dans n'importe quel milieu, vis-à-vis d'individus quelconques. Pépita veut plaire à tout le monde, dans la rue, « même à une vieille bonne femme qu'elle rencontre » et elle travaille à faire la conquête des individus les plus interlopes. Cette même impulsion devient plus bizarre chez Kb., h. 2g : il a toujours eu « l'horreur d'avoir des ennemis et le besoin d'acquérir la sympathie à tout prix », depuis quelque temps il est tourmenté par une impulsion singulière qui le pousse « à produire un bon eflet par sa conversation sur tous les gens qu'il rencontre ». Comme sa profession l'oblige à voyager souvent en chemin de fer, il se jure à lui-même avant de partir qu'il gardera le silence pendant le voyage. Mais dès qu'il a mis le pied dans le wagon, il peid l'équilibre, il se sent poussé à commencer la conversation, à étonner ses voisins, « à conquérir le compartiment ». 11 oublie qu'il n'est qu'un petit commerçant, il joue le rôle d'un grand homme politique qu'il admire, il en prend le ton et les phrases, il s'expose à mille mésaventures désagréables et il rentre désespéré de s'être de nouveau rendu ridicule. Le même fait se présente plus fréquemment dans les réunions mondaines: bien des femmes savent (|u elles ont besoin de repos, mais ne peuvent y parvenir, car elles préparent leurs réceptions comme des batailles et chaque visite les épuise pour plusieurs jours. « Qu'importe il faut tout faire pour être parfaite au salon ' et pour ressembler à M""" Récamier ou à Ninon de Lfnclos. » \/.\ même impulsion se retrouve dans la recherche perpétuelle et puérile de la réputation et de la gloire. Les uns comme Gp., h. 3o, triste, mécontent, honteux de son corps, se lancent dans des s[)orts dangereux sans aucun plaisir, sans même ressentir l'fxcitation du mouvement phvsique, simplement « pour se faire remar(|uer [)ar leur audace et |)our accpiérir une gloire immense » ; U'S autres ont lObscssioii de la foituiif et rim|)ulsion à gagner (le l'argent « pour meufr une vir large qui étonne le monde ». D'autres enfin entreprennent tout à la fois et présentent un niélango ciiriiMix d'ambitions grandioses ri [lUfriles : Ye. , h. a.S-
intelligent et brillant jusqu'à Tâge de 21 ans, épuisé par des excès sexuels et une longue blennorrhagie a présenté dabord des crises courtes de psycholepsie de 21 à 26 ans, puis il est tombé dans un état de dépression qui semble dissimulé par l'agitation et les impulsions ambitieuses. Ce jeune homme autrefois raisonnable se lance dans une foule d'entreprises financières où il compromet sa fortune. Il essaye de se justifier en exposant ses projets dans d'interminables discours. Il veut « tout entreprendre à la fois et réussir partout étonnamment. Je veux refaire mes études et écrire des livres importants sur l'histoire, la littérature, la philosophie, l'économie poli-tique;... je veux entreprendre un voyage autour du monde, car j'ai des démarches à faire pour trouver des capitalistes, pour susciter des initiatives et mener à bien de grandes entreprises de mines et de dessèchement de marécages... Je plaiderai brillamment et je parlerai hia chambre,... je ferai des œuvres patriotiques dans lesquelles il faut une certaine situation de fortune, des relations et le plus possible de qualités morales et intellectuelles... J'aurai un fils qui réussira encore mieux que moi... » Devant un tel verbiage il ne faut pas se tromper et diagnostiquer uniquement de l'agitation et du délire : Ye. a pleine conscience de ses exagérations ]et de ses absurdités, il sait qu'il est malade et qu'il « a surtout besoin de quelqu'un qui l'écoute indéfiniment... Quand je dis que je veux devenir un homme d'alfaires, un homme du monde surprenant, c'est qu'au fond je voudrais simplement redevenir un homme ». Il s'agit surtout d'un état de dépressioji et d'une impulsion ii se remonter par la vantardise.
La recherche des aventures, des dangers. — Les névropathes sont d'ordinaire très peureux, aussi est-on étonné de voir chez quelques-uns un goût singulier pour le danger. Aj., comme Irène, recherche les |cohues, les attroupements, prend plaisir à traverser les rues encombrées de voitures : « il me faut des accidents de chiens écrasés, cela me remonte en me faisant un peu mal à la tète ». Dans les impulsions amoureuses (jui sont si complexes nous pouvons discerner un élément psychologique, capable lui aussi de prendre isolément un grand développement c'est l'impulsion à la recherche des aventures et des dangers. Emma note bien ce détail dans l'excitation que lui donnent les rendez-vous galants : « Oui, la chair est faible, nniis
ce n'est pas là l'essentiel. L'émoi et la honte que me donnent la moindre peccadille sont si délicieux que je ne puis me blaser sur cette tentation du péché. C'est agréable parce que l'on sent que ce n'est pas bien, cela vous donne une crainte, un remords avec gros battement de cœur qui vous laisse la- paix du cœur et la confiance dans la vie pour longtemps ». Voilà une phrase que le moraliste ne comprendra guère, mais le psychologue sait bien que la dépression douloureuse avec ses doutes, ses inquiétudes et ses angoisses n'est pas on raison directe du remords et qu'elle existe avant le [)éché. Le péché lui-même et les remords peuvent au contraire exciter l'esprit, faire disparaître la dépression et ramener la paix du cœur.
Ce charme de l'aventure et du danger détermine très souvent la conduite des individus déprimés ; j'ai déjà décrit ces malades qui se lancent à corps perdu dans les expéditions les plus contraires à la pudeur commune, à qui « il faut l'inédit, le sortant de l'ordinaire pour respirer un peu ' ». Mais depuis cette époque j ai eu l'occasion d'observer des cas beaucoup plus graves du même phénomène. Ces impulsions à la recherche de l'aventure sont de l'ordre des impulsions à la recherche de l'excitation et par consécjuent elles sont plus facilement réalisées que les prétendues impulsions criminelles des scrupuleux, c'est là ce qui les rend plus dangereuses. Une femme de 3i ai»s, Cdo., présentant dej)uis longtemps des troubles névropathiques, mais d'une conduite parfaitement correcte dans un milieu des plus convenables s'est enfuie de chez elle et après cinq jours elle a été retrouvée par la j)olice dans des bouges où elle se livrait ;i la plus basse prostitution. Elle n a aucune amnésie, elle raconte ses mésaventures et ses misères pendant ces cinq jours, elle se rend compte do la folio do son action, elle la déplore et supplie do la mettre sui- le compte de la lolic;. Mais elle se sent obligée d avouer au médecin (|u'olle a cherché le bonheur et quelle l'a trouvé : « Au moins j'ai été vivante peiulant (juelques heures, j'ai retrouvé ma personne^ je ne l'ai pas payé trop cher... »
li'observation de Pépita et à laquelle j'ai déjii fait allusion i>l [)lus surprenante encore. Cette femme do /Jo ans, dont le mari occiipo tino haute situation, (jui a doux onlaiils tios bien élevés, (|ui appartiout :i un milieu sooial richo et correct a réussi à