I. Marro, La puberté, Iradiict., 1902, p. aSî
signalé autrefois plusieurs observations à ce sujet', en particulier la manie curieuse de boire du café au lait en mangeant des petits pains volés chez une femme déprimée et attristée par un régime sévère -. Mais j'ai eu l'occasion depuis cette époque de relever une observation de vol plus nette et plus démonstrative et cette observation a déjà donné lieu à une étude sur l'eflet excitant du voP.
Un détail important de 1 observation de M""* V. c'est que je connaissais cette malade depuis plusieurs années sans qu'il fût aucunement question chez elle de cette perversion. Cette femme, âgée de 5o ans, présentait de temps en temps à la suite d'émotions et de fatigue des crises de dépression à forme mélancolique avec insomnie, constipation, aboulie complète, inertie et idées obsédantes scrupuleuses : c'était un cas typique de mélancolie à répétition. J'avais déjà observé deux crises avant duré l'une six mois, l'autre huit mois.
Dix-huit mois après la fin de la dernière crise des symptômes exactement les mêmes recommençaient : même insomnie, mémo consti[)ation, mêmes scrupules, môme sentiment de voile dans les perceptions, etc.. Je m'attends à une dépression absolument identique aux précédentes dune durée probable de six mois. Quelques jours après, à ma grande surprise, la malade se déclare entièrement guérie, et cesse de venir. Sept mois après, son fils \ient tout éploré raconter (jue sa mère a été arrêtée en train de voler dans un grand magasin, qu'une enquête faite chez elle a permis de découvrir une quantité énorme dObjets dérobés dont elle ne s'était jamais servi et dont elle n avait même pas enlevé les étiquettes.
La pauvre femme raconte (|u au moment tle la grande dépression dont j'avais vu les débuts, une amie l'avait emmenée avec i\\f dans un magasin. RienNne l'intéressait et c'est au hasard [)our acheter quelque chose qu'elle prit sur un comptoir une pf'tite épingle que son amie la poussait ii choisir. FJIe voulait trouver un vendeur pour régler son achat, n en trMu\;i pas imuié- (liatemf-nt et, comme son amie ne s'apercevait pas qu elle n'avait rien réglé, elle se laissa entraîner [)lus loin eu tenant toujours son épingle à la main. Après quchpies [)as elle s'inquiéta, sr dit
I. \évroses et idées fixes, 1898, II, p. 197, ani. î. /61V/.. II. p. ig^.
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qu'on iillail la prendre pour une voleuse et elle fut très émue à cette pensée. Cette émotion vive lui causa le premier intérêt violent qu'elle eût éprouvé depuis longtemps, elle ne pensa plus à rien d'autre et passa devant les comptoirs en éprouvant un bouleversement délicieux. Elle se sentait en effet infiniment mieux et quand elle rentra chez elle, elle put travailler, s'occuper de son ménage, elle avait retrouvé le courage et la bonne humeur avec l'espoir de la guérison.
Cette excitation malheureusement ne dura pas plus d'un jour ou deux ; la dépression recommença très vite, exactement de la môme manière et M""* V... ne put s'empêcher de se souvenir de l'émotion éprouvée au magasin. Elle qui ne pouvait se décider à rien, elle put facilement sortir et retourner au même magasin « pour voir si elle éprouverait encore la même chose ». Malgré de grandes résistances morales elle céda à l'envie d'essayer un nouveau vol. Elle réussit parfaitement et se guérit encore pour quelques jours. Depuis ce momient il fallait recommencer sans cesse... « J'avais trop besoin de faire ces choses pour me soulager... »
En l'ésumé, disais-je pour conclure, deux crises de dépression mentale exactement calquées l'une sur l'autre se prolongeant six à huit mois. Une troisième crise commençant de la môme manière -est interrompue pendant une période de huit mois dans laquelle domine rim[)ulsion au vol et elle recommence dès que cette impulsion est arrêtée. On peut facilement vérifier sur ce cas les rapports étroits qui unissent l'impulsion à la dépression et on peut constater comment l'impulsion tire sa force du besoin d'excitation qui se développe au cours de la dépression à la suite des sentiments d'incomplétude '.
Instruit par cette observation, j'ai recherché les mômes caractères dans d'autres cas de kleptomanie et je les ai retrouvés dans sept observations. La plus typique est celle de Me, f. 25: celte femme a eu une première crise de dépression à l'âge de Kj ans. Après être restée inerte et gémissante six semaines, elle commença à boire et à se livrer à des individus malpropres : « J'ai fait la noce pour m'étourdir et cela ma très bien réussi. » Dans la deuxième crise survenue à 25 ans la malade semble avoir trouvé un autre remède, car elle ne recommence pas la même