I. W ill U alLor .\lkiii>oii, La force-pensée
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un petit compte rendu dans une revue et le lui avais pavé un prix excessif, bien entendu : ce bénéfice de son travail avait produit sur lui un eflel extraordinaire. 11 est important que le pharmacien qui se remet ii préparer des médicaments en touche le prix, qu'une domestique qui vient d'être renvoyée de sy place, qui est devenue honteuse d elle-même, incapable de tout et qui répète: « je suis un animal extraordinaiie, un tigre blanc, » retrouve une phice où elle gagne quelque argent et constate quelle peut fort bien réussir. Dans d'autres cas le- succès social sera caractérisé par l'attitude des témoins, par leurs félicitations, par les réponses (envoyées aux lettres, par toutes sortes de preuves tangibles.
Une didlculté se présente ici : le succès est très utile au malade, le moindre insuccès a sur lui un ellet désastreux. De la une tentation inévitable pour le médecin, celle de favoriser et d exagérer les succès et celle de dissimuler les insuccès. Cela est légitime dans une certaine mesure et ces personnes qui ont besoin d'éloge"s les acceptent avec satislaction même quand ils sentent une exagération dont ils ne veulent pas apprécier le degré. Mais dans d'autres cas il faut se méfier des susceptibilités du malade, surtout quand il s'agit de sciupulcux et de douleurs : ils sont capables de deviner qu'on les trompe au moins en partie, d exagérer la part de fausseté et de ne plus croire même a des succès réels. Il faut alors autant que possiljle éviter de les tromper et d'ailleurs la tromperie est le plus souvent inutile. I^e médecin doit prendre des précautions pour éviter au sujet des insuccès évidents : il faut (|u il se mélie de ces faibles qui « partent pour la gloire », qui entreprennent à tort et a travers une foule d'actions (ju'ils sont bieu incapables d'achever ou même de continuer quelque temps. Il faut choisir pour le malade un act«' au rapport avec ses forces et n'engager son honneur (jue dans des actions dont il est réellement capable, lùisuite il faut limiter l'éloge assez exactement: il v a toujours dans une action accomplie par un psychasténi(jue dans ces contlilions une pai tir intéressante, supérieure aux (•(•nduites précédentes du malade cl il sulllt do lui faire apprécier b- progrès réel.
11 est plus dilllcile de constater la perlection psvcholo^i(pae de l'acte lui-même et il faut malheureusement l'inféi-er tb-s sentiments fjue le sujet exprime à ce propos. C est poun|ui)i il hint d'abord obtenir (|nc 1 acte soit accompli avec <oiis(H'n«'e i-l (pu- Jamif. - Aci|ui>. [isycli lil 17
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le sujet se rende comple de ce qu'il fait. Cela exclut de ce genre de Irullcmcnt l'aciion aulovatique que l'on doit recherchée au contraire cpiand on se propose un aulre but, quand on veut se servir de la sugirestion. Il faut ici se méfier des actes à demiautomatiques que les sujets ne font que trop facilement, en particulier quand ils répètent indéfitiiment la même chose. Pour certaines personnes les exercices de couture, de broderie, de piano même sont à éviter au moins quand on recherche l'excitation par l'action. Au lieu do laisser le sujet se distraire de l'acte qu'on lui demande, comme on le fait quand on cherche à obtenir des sugfrestions, il faut conslamment le poussera donner à l'acte toute son attention et à décrire ce qu'il sent en l'exécutant.
On doit alors encourager le malade à agir avec éneigîe jusqu'à ce que l'on voie disparaître les sentiments d'incomplétude qui d'ordinaire accompagnent ses actions et que l'on voie apparaître à leur place les scniiments opposés. Ces malades sont perpétuelleme t dans le vague cl ils ont l'habitude d'agir f^ans se rendre compte avec précision de ce qu'ils l'ont: Agathe, f. 3o, est en train d'écrire une lettre à sa mère: « je sais bien que j'écris me dit-elle, mais c'est tellement vague, je ne sais pas à qui j'écris, ni à quel propos, je ne sais pas si j'éciis à un fournisseur ou si je suis crili(|ue dans un journal. » 11 faut obtenir qu'elle prenne l'altitude d'une jeune iille qui écrit à sa mère, ce qui n'est pas la môme atliluile que celle d'un journaliste qui écrit un article et qu elle s'en rende compte . Lydia sait bien quelle voit tout dans le vao-ue « môme en appuyant pour voii' », qu'elle comprend à moitié ce qu'on lui dit et encore moins ce qu'elle lit. Il faut qu'elle cesse de lire ou qu'elle arrive au moins pour une brève lecture au sentiment de comprendre et de croire ce qu'elle lit, ce qui d'ailleurs, quand elle y réussit, lui cause un grand plaisir. Il faut de même que le sentiment de rêve ei de comédie cède la place au sentiment de réalité, ce qui n'est pas toujours aussi dilficile qu'on le croit. Les malades savent très bien apprécier la dilférence entre l'apparence d'une décision et une décis'on véritable et reconnaissent ([lie c'est souvent par paresse qu'ils s'arrêtent au seiitinient de comédie.
L'un des sentiments les plus intéiessanls qui apparaissent au cours de l'action est le sentiment d'unité que les malades abandonnés il eux-mêmes é[)r()uvent rarement car ils se sentent toujours divisés même en agissant : « c'est comme s'il y avait en eux
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deux personnes qui font des actions différentes ->. Cette division de leur esprit se marque souvent dans leur attitude qui est double : ils rient et ils pleurent, ils ont un sourire sur une partie de la figure et une expression de méconlentement sur une autre. Cette division de l'esprit se manifeste aussi par des pensées singulières qu'ils expriment au moment de l'action et que nous avons déjà notés plusieurs fois sous le nom de désirs refoulés, de désirs monstrueux, de désirs sacrilèges : il s'ao-it là d'un arrêt à un stade particulier de la délibération, au stade de l'opposilion et du refoulement. L'apparilion de ces troubles à propos d'un acte que l'on demande au sujet montre que l'acte n'est pas parvenu à un degré de tension suffisant et qu'il faut pousser le sujet à aller audelà.
Un autre caractère très important de l'acte complet qu'il faut chercher à obtenir, quoique ce soit souvent fort diiTicile, c'est le plaisir. Il y a des actes où le plaisir est ti'ès caractéristique : I acte génital, par exemple, sans plaisir est visiblement insullisant et on voit le plaisir réapparaître quand la tension psvchologique du malade remonte. Lévolution de la maladie de Pva. est vraiment bien instructive à cet égard. Cet homme de 4o ans atteint d'impuissance fonctionnelle dans les conditions que j'ai indiquées précédemment avait renoncé à toute tentative de coït pendant six mois. Quand il recommença des essais, il arriva d'abord à des éjacu'atioiis, puis a des érections sans aucun sentiment, puis à des satsfactions qu'il appelait « uniquement phvsiqies. sans s'intéresser à la conquête de la femme comme auparavunt u. Puis le désir réapparut, puis la cuiiosité spéciale et l'intérêt aux conduites galantes qui avaient aiitrelois rempli sa vie : cette évolution ascendante de l'acte sexuel se lit chez ce malade en trois mois.
Il est plus intéressant de constater cette satisfaction de l'acte lans d'autres actions où par suite de 1 indiU'éi'cncc née de l'habitude nous ne la constatons pas d'ordinaire. Ub., h. 44. au cours de son éducation urinaire apprend, comme nous l'avons vu, à écarter les mictions, à les faiie plus nettement et plus correctement et il arrive d abord à ne plus soiillVii- à ce propos. Il nous étonne beaucoup (|uand il vient nous dire qu'il a éprouvé subitement un grand changement, que de temps en te.nps il arrive à iriner avec un grand plaisir et qu'il se rend compte iniiinlenanl |ue dans ses précédentes mictions qui paraissaient correcte» il
lui manquait encore quelque chose de très important, ce plaisir qui vient de réapparaître. Cette évolution est très caractéristique et je l'ai constatée dans la plupart des actes. Quand un acte se restaure et qu'il monte, on voit toujours réapparaître à un certain moment sous une forme ou sous une autre une satisfaction, une joie, qui donne de l'intérêt à l'acte et qui remplace les sentiments d'inutilité, de ridicule, de blague qui existaient précédemment. Beaucoup de déprimés qui sentent la disparition de cet intérêt de l'acte essayent de l'expliquer par une interprétation fausse. Une femme de 07 ans qui vient de perdre ses deux filles s occupe encore en apparence correctement de sa maison, mais sans aucun intérêt : « c'est bien naturel, dit-elle, puisque c'est une maison nouvelle que mes filles n'ont pas connue ». Une jeune fille qui était très musicienne joue encore du piano mais sans aucun plaisir : « je prends des précautions, dit-elle, pour ne pas m'emballer, pour ne pas m'intéresser à ce que je joue, parce que ce serait offenser Dieu que de prendre un plaisir profane. » Nous savons maintenant ce que cela veut dire et comment ces personnes renversent les termes. Elles ne seront guéries et débarrassées de leurs obsessions que lorsqu'elles auront retrouvé le plaisir de l'action.
Entin il est un sentiment qui disparait très facilement dans les dépressions de l'activité, c'est le sentiment de liberté. De nombreux malades viennent nous dire que depuis quelque temps ils agissent correctement en apparence, mais avec le sentiment d'être des machines, sans spontanéité et sans liberté. Il ne faut pas toujours accuser ces malades de délire et en faire des paranoiaques disposés à la persécution ; les délires viendront peut-être plus tard, mais ils n'existent pas encore et nous sommes seulement en prés«nco d un certain abaissement de l'action contre lequel il faut lutter dès le début. Ces quelques exemples suffisent pour montrer qu'il y a une perfection psychologique de l'acte à côté de sa perfection extérieure et quand on essave de restaurer la tension psychologique d'un malade par son action, c'est avant tout cette perfection des sentiments intérieurs qu il faut chercher h obtenir.
Pendant tout ce travail il faut perpétuellement surveiller la dépense des forces et la réduire autant que possible. Une des grandes dilficultés (]uo I on rencontre (juantl on essave de prcno-
quer artificiellement un degré d'activation plus grand des tendances est constituée par les phénomènes que j'ai décrits sous le nom de phénomènes de dérivation. Dès que ces malades essayent d'agir avec une tension plus grande, ils présentent à côté et à la place de l'acte qu'on leur demande une foule d'agitations motrices, émotionnelles, intellectuelles. Quand les troubles sont simples, ils se secouent, se remuent sur leur chaise, se lèvent, vont et viennent dans la pièce, ils ont des tics variés ou des besoins de bâiller, d'uriner, etc. '. Dans les formes plus graves, ils crient, frappent les meubles, essavcnt de- battre les assistants : Ae., quand il fait effort pour s'approcher de sa femme, la pince et la bat. Jf. , f. 3o, quand elle essaye d'agir avec attention, se met à déchirer tous les papiers et toutes les étoffes à sa portée ; détail singulier, elle attribue ensuite ces violences qu'elle regrette à de fâcheuses influences qui se sont exercées sur elle et ces dérivations deviennent le point de départ d'un délire de persécution. Les dérivations émotionnelles se présentent sous la forme de rires, de pleurs, de colères, de peurs, d'angoisses variées, qui peuvent prendre la forme de phobies plus ou moins systématisées. Les dérivations intellectuelles donnent naissance à des bavardages interminables, à une foule de pensées plus ou moins compliquées sur le caractère à la fois inutile et extraordinaire de ce qu'on leur demande, sur les préférences qu'ils auraient pour tout autre travail, car ils préfèrent toujours ce qu'ils n'ont pas à faire, sur leurs facultés et leurs défaillances, sur les efforts merveilleux qu'ils ont faits autrefois et qu'ils feront dans l'avenir, mais surtout sur les dillicultés insurmontables de l'action présente. « On ne peut pas se mettre au travail sans résoudre certaines questions préalables : Faut-il se mettre au travail brus(jiiemerit ou progressivement'.'' .\près délibération ou en obéissant passivement à la première impulsion ? Avec précaution ou sans regarder autour de soi t Ne faut-il pas résoudre tous ces problèmes avant de commencer une lecture de quelques lignes ? » Dans les formes atjcieinies et déjj^, systématisées de la maladie c'est à ce moment ({n'interviennent toutes les manies mentales de la recherche et de la perfection, toutes les obsessions de scrupule, de crime, de sacrilè^fc : « (^est quand j'essaye de faire ce que vous me dites (jue le diable vient