‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 54 sur 118 · I. ObsetsioM fl p$yrhaitènie. I. p. ~iH · texte numérisé non relu

I. ObsetsioM fl p$yrhaitènie. I. p. ~iH

aei LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUE?

toujours s'en mêler... C'est quand je veux faire l'efTorl que vous me demandez que je suis tentée de faire le mal avec une petite bonne qui me dégoûte ou avec un grand chien... » Toutes ces agitations sont évidemment très fâcheuses : elles interrompent l'aclion commencée et obligent h des recommencements perpétuels. Elles dépensent les lorc es du malade sans aucune utilité et le fatiguent ; elles lui fournissent des prétextes pour refuser de continuer les efforts et pour remettre indéfiniment l'acte a plus tard.

Il est évident qu'il faut dans la mesure du possible lutter contre ces dérivations épuisantes en môme temps que l'on pousse à l'exécution de l'acte : une excitution et une éducation du pouvoir d'inhibition jouent un riVe dans tout traitement de ce genre. Il faut arrêter les tics, les mouvements inutiles, empêcher le malade de se lever sans cesse, suspendre de temps en temps les bavar dages, les récriminations, les déclamations, les colères, rassurer le maLide angoissé, diminuer ses peurs par tous les moyens, arrêter les obsessions par quelques mots rapides qui résument et rappellent des discussions aiitéiienr es.

Il me semble cependant qu'il ne fiut pas attacher à cette lutte contre l'agitation une trop grande importance. Le malade déprimé dont l'acte est imparfait s'agite dès qu'il essaye d'agir avec une tension plus giande. l^a conservation complète du calme prouverait l'absence complète d'efforts et l'inertie, elle aurait plutôt une mauvaise signification. Emile, ce jeune homme dont j'ai décrit les grandes phobies socia'es, essaye sous ma direction d'entrer dans un magasin et d'acheter un petit objet : il a une démarche raide, il serre les poings et contracte sa figure, il est couvert de sueur et a une voix rauque très étrange. On dirait qu'il a besoin de se mettre au comble de la fureur pour arriver au niveau de cet acte. Mais toutes ces agitations sont le signe de son effort qui nous parait disproportionné avec l'acte parce que nous ne nous rendons pas compte de la difficulté de l'acte pour le malade. 11 est impossible de les supprimer tout de suite sans renoncer totalement à l'acte lui-même, du moins a l'acte conscient dont nous avons besoiti. H faut bien savoir que le véritable remède à ces dérivations sera le succès de l'action elle-même. On voit la fureur d'Emile diminuer dans les expériences successives à mesure qu'il réussit mieux h accomplir complètement l'acte. Il en est de inênK^ des angoisses et des

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ruminations qni diminuent quand l'acte est plus complet. Aussi tout en arrêtant dans la mesure du possible les agitations pour que l'efloit du sujet ne se dispei se pas entièrement d'une manière inutile, il faut les tolérer en partie.

Un signe intéressant nous montre combien ce travail ainsi fait est dilHcile, c'est la fatigue qu'il détermine : « C'est singulier, dit Lydia, moi qui peux sans m'en apercevoir parler indéfiniment à tort et à travers sur mon idée fixe de beauté, je ne peux pas v faire attention avec vous sans me sentir vite épuisée: je suis aussi fatiguée que si j'avais longtemps causé en anglais avec des étrangers. » Cette fatigue apparaît vite dans toutes les expériences de ce genre, quel que soit l'acte que l'on cherche a faire faire d'une manière plus complète. Sans doute il y a chez certains malades une obsession et une phobie de la fatigue qui peut réapparaître à ce moment et qui constitue une sorte de dérivation analogue aux précédentes, dont il ne faut pas tenir grand com|)te ; mais je suis convaincu qu'il y a chez la plupart de ceux qui se transforment réellement un épuisement véritable.

Pour arrêter tout le travail avant que l'épuisement ne devienne dangereux, il est très important d'en noter les signes avantcoureurs. On peut quelquefois se guider d'après des modifications objectives, d'après ces petits signes de la fatigue dont parlait si bien Gallon. Des malades se couvrent de sueurs ; chez d'autres la circulation se modifie, le cœur bat plus rapidement, ou se ralentit, ou même devient intermittent, la figure, le front, les oreilles rorigissent ou pâlissent. Lydia se plaint de chocs dans la tête dont elle est étourdie, At. sent ses pincements dans les tempes dont il a si grand peur, plusieurs comme Irène ont de véritables syncopes.

Il faut surtout bien connaître les modifications psychologiques qui indiquent la délente par épuisement et qui sont propres au sujet que l'on a sous les yeux. Chez les uns on noie une dilficullé plus grande de l'attention : « mes pensées deviennent plus couites, je ne peux plus réunir des idées qui se suivent, tout devient de nouveau emmêlé..., j'iii do nouveau une vrille dans la tête. » Le svniptôme du " pa[)illottement des idées » dont j'ai déjii souvent pailé est un bon sigre de celle futigue réelle. Chez d'autres il faut remarquer l'augmenlatinn de tous les automatismes, l'apparition plus frér|uente des tics, dos manies mentales p;irli('ii!iirrs :iii sii|(t. Clic/ bciuicoiin le seiitiiiirnl de vide dans

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la tète, une tristesse t«)ute particulière, tous les sentiments variés de l'incomplétude et de l'irréel sont les signes les plus caractéristiques. C'est h ce moment qu'il faut arrêter la séance, même si les résultats ont été incomplets et qu il faut bien s'assurer que le sujet ne continue pas indéfiniment ses efforts dans une sorte d'accrochage.

Ces troubles de la fatigue ne disparaissent pas tout de suite : chez plusieurs ils persistent plusieurs jours après la séance. Lise remarque toujours qu il lui faut faire une grande dépense de forces pour faire quelques progrès et que cela la rend malade pendant plusieurs jours. Je remarquais autrefois à propos du traitement de Lise que cette vie plus active qui supprimait les obsessions était cependant pénible pour la malade à cause de la fatigue qu'elle déterminait : « Cette guérison est horriblement fatigante, rien n'est si pénible que de se maintenir ainsi perpétuellement tendue', » elle est. disions-nous, dans la situation où nous sommes quand nous préparons un examen dillicilc et il est pénible de se maintenir aussi longtemps au-dessus de sa tension habituelle. Dans ces périodes elle digère moins bien et elle maigrit, elle a besoin de retomber obsédée pour se reposer. Il en est de même de Le., h. ^i, timide et agoraphobe qui fait rapidement de remarquables progrès mais dont je suis obligé d'arrêter les efforts de temps en temps parce qu'il est pris d'entérite et maigrit beaucoup. Il en est de même pour Emile dont on doit également arrêter les efforts pendant quelque temps.

Cette fatigue en effet, quand elle devient grave, limite l'usage de celte médication par l'excitation. Quand elle survient trop rapidement et se prolonge trop longtemps, elle peut le rendre même impossible et nous forcer à revenir au moins pendant quelque temps au traitement par le repos et l'économie des forces : le plus souvent elle réclame seulement quelques précautions. On diminue la fatigue quand on peut réduire les agitations inutiles ; on la diminue également quand on peut varier les exercices et éviter un elVort trop régulier. Il faut se défier des emballements de certains sujets qui dans l'espoir de guérir plus vite s'épuisent dans des ell'orls trop prolongés et qui retombent ensuite plus bas. Il ne laut leur permettre que des travaux d'assez courte durée et quand on dirige soi-même les séances éviter de les laisser durer trop longtemps.

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