‹ Les médications psychologiquesChapitre 116 sur 123 · Résultats de ces traitements · texte numérisé non relu

Résultats de ces traitements

Toutes ces discussions sont évidemment futiles et il n'y a qu'un seul problème qui ait de l'intérêt : c'est celui de l'efficacité pratique de ces traitements : a-t-on réellement obtenu des guérisons importantes par la suggestion hypnotique employée seule et d une façon précise. D'une manière générale la réponse est facile et doit certainement être affirmative. Sans doute il est facile de critiquer un grand nombre des observations de guérison qui ont été publiées. On peut reprocher aux plus anciennes des erreurs de diagnostic et un certain vague dans la description des symptômes : on peut reprocher aux plus récentes une conception vraiment peu précise de la suggestion avec laquelle on mêle toutes sortes de procédés thérapeutiques. Mais cela ne supprime pas la valeur de ces innombrables observations : quand même on prouverait que certaines affections nommées par leurs auteurs rhumatisme chronique ou maladie de la moelle sont en réalité des contractures hystériques il n'en resterait pas moins que des contractures hystériques fort graves ont été guéries par des procédés moraux dans lesquels la suggestion jouait un grand rôle. Pour vérifier une fois de plus cette puissance curative de la suggestion et pour essayer de me faire une opinion personnelle, j'ai entrepris de revoir et d'analyser à ce point de vue spécial les très nombreuses observations que j'ai recueillies depuis trente ans. Je ne veux maintenant examiner ces observations ni au point de vue psychologique, ni au point de vue clinique, je ne veux les considérer qu'au.seul point de vue du bénéfice thérapeutique. Il nous suffira maintenant de mettre à part celles dans lesquelles la suggestion hypnotique employée seule et avec précision a pu déterminer des résultats pratiquement intéressants.

Il s'agit de malades présentant des accidents variés de la série névropathique, chez lesquels on constatait une dépression de profondeur moyenne, du niveau de la paresse mentale. En outre, par une sorte de réaction de défense caractéristique d'un certain

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âoe et d'une certaine disposition mentale, le sujet présentait de la distraction, du rétrécissement du champ delà conscience. Les conditions essentielles de la suggestion étaient réunies et des tentatives de traitement par un appel à l'automatisme étaient praticables. Quelques expériences simples permettaient de constater cette disposition à la volonté et à la croyance impulsive : on affirmait au malade que son doigt restait raide quand on le touchait ou quand on lui passait un anneau aimanté, on lui expliquait que la main du docteur avait les mêmes propriétés que l'aimant et pouvait attirer le bras du malade quand elle était au-dessus de lui. On ne peut se représenter combien de fois et avec quelle facilité on réussit ces petites expériences de vérification quand on a bien fait auparavant le diagnostic psychologique. Il est curieux d'observer qu'il y a une catégorie de malades que l'on peut reconnaître d'avance chez lesquels ces expériences réussissent toujours et d'autres groupes de malades chez lesquels elles ne réussissent jamais. C'est là le fondement de la distinction psychologique des hystériques et des psychasténiques proprement dits.

Il est facile de développer cette disposition à la suggestion soit en laissant le sujet dans l'état où il se présente soit en modifiant cet état, si cela est avantageux, par un certain degré d'hypnotisme. C'est alors que l'on essaye de faire porter la suggestion sur l'acte qui est précisément troublé chez le malade. Souvent il suffit de suggérer immédiatement l'exécution de cet acte: le sujet, qui n'est plus capable de vouloir l'acte avec réflexion et conscience personnelle, peut encore facilement l'exécuter d'une manière impulsive. Dans d'autres cas il est utile de modifier d'abord par des croyances impulsives les obstacles qui s'opposent à l'exécution de l'action. Les convictions de douleur, de paralysie disparaissent « parce que un certain pétrissage a remis un tendon en place, parce que la main du médecin contient un fluide qui réveille la moelle épinière, parce que nous venons de modifier des phénomènes subconscients, etc. » La formule varie suivant l'âge et l'éducation du sujet, il suffit qu'elle ne choque pas trop ses connaissances acquises. Suivant les anciennes observations des magnétiseurs quelques symboles matériels peuvent aider à la conservation de la croyance impulsive, l'eau magnétisée sera remplacée parles pilules fulminantes, la potion de taraxacum ou le cachet de bleu de méthylène. Il est inutile d'insister sur ces procédés bien connus qui varient avec chaque pratique indi-

viduelle. Je rappelle seulement leur caractère général afin d'insister sur les résultats qu'ils ont permis d'obtenir.

Dans un premier groupe je placerai des observations curieuses par le succès remarquablement complet et rapide du traitement suggestif dans lesquelles la guérison se présente avec une allure analogue à celle des guérisons dites miraculeuses. Dans ces observations il s'agit d'affections sérieuses, bien constatées ayant eu une durée minima d'un mdis. Le traitement est pratiqué immédiatement dès la première visite sans analyse psychologique approfondie du sujet, simplement par la suggestion entendue dans le sens que j'ai défini, tantôt à l'état de veille tantôt après hvpnotisation rapide. La guérison est obtenue immédiatement en une ou en quelques séances, quatre au plus et la guérison est durable car je ne compte que les malades restés au moins un an sans rechute sérieuse, sans réapparition soit de l'affection guérie soit d'une affection voisine. Je ne trouve dans mes notes qu'un petit nombre d'observations qui puissent satisfaire complètement à ces conditions sévères, mais j'en trouve cependant quelques-unes qui me paraissent démonstratives.

J'ai déjà fait allusion dans cet ouvrage à l'une de mes anciennes observations', celle d'une femme de 3o ans, V., qui présentait depuis trois mois une paraplégie flasque avec anesthésie des membres inférieurs et qui a été guérie en une seule séance au moyen de la suggestion par distraction. Dès commandements faits à voix basse pendant qu'elle parlait avec une autre personne ont pu déterminer des mouvements subconscients des jambes, puis la marche complète. J'ai été moi-même surpris de constater que la guérison s'est maintenue complète après une seule séance et la malade, dont j'ai eu des nouvelles pendant plusieurs années, n'a pas eu de rechutes. On peut rapprocher de cette obsei'vation d'autres cas de paralysie fonctionnelle dans lesquels la suggestion a commencé par éveiller sous forme automatique la tendance qui ne pouvait pas fonctionner avec conscience. Dans deux observations, une jeune fille de i6 ans et une fillette de ii ans présentaient également depuis six semaines une paraplégie complète développée après des émotions et des attaques convulsives : ces accidents graves en apparence disparurent après deux séances.

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