Gilles de la Tourette, L'hypnotisme, 1887, p
Considérons d'abord de simples attaques convulsives, celles que j'ai décrites autrefois comme des attaques émotionnelles. Quand elles ne sont pas trop invétérées, quand les idées fixes qui leur donnent naissance ne jouent pas un trop grand rôle dans l'esprit on peut assez souvent même au milieu de l'attaque les transformer en somnambulisme provoqué dans lequel le sujet est en rapport avec l'bypnotiseur. En reproduisant cet hypnotisme on peut empêcher l'attaque de se produire. Dans beaucoup de mes observations, les attaques étaient récentes et ne duraient que depuis un mois ou deux. Cependant dans une dizaine de cas les attaques étaient assez graves et se répétaient depuis six mois ou un an ; elles ont cependant été interrompues en quelques séances et le plus souvent il n'a pas même été nécessaire de faire entrer les malades à l'hôpital.
Comme je l'ai montré souvent, les sommeils hvstériques diffèrent moins qu'on ne le croit de ces crises délirantes avec bavardage, le délire reste seulement plus caché sous forme de bavardage intérieur. Dans quatre cas de ma collection l'hypnotisme a pu arrêter en quelques semaines des crises de sommeil assez graves. Dans un cas, celui de Zk., jeune fille de 22 ans que l'on a trouvée un jour endormie dans un wagon à la gare d'Orléans et que l'on a transportée à l'hôpital sans pouvoir la réveiller, les crises de sommeil revenaient fréquemment depuis plus de deux ans et duraient de deux à dix jours. Un traitement de deux mois les a fait disparaître pour une période de six mois, puis il y a eu une rechute et un nouveau traitement de six semaines les a supprimés au moins pour deux ans, car je n'ai plus suivi la malade plus longtemps.
J insiste particulièrement sur les attaques à forme de somnambulismes que l'on [)eut en général transformer aisément en états hypnotiques et dans lesquels le traitement suggestif réussit fort bien. Ces accidents toujours si intéressants sont caractérisés en premier lieu par une dépression plus accentuée qui rend le sujet incapable d'adaptation à la réalité, de contrôle sur luimême et qui exagère la disposition à l'activité de jeu, la tendance à se mentir à soi-même, si caractéristique de la. paresse mentale. Le sujet vit une vie imaginaire remplie par des efforts pour s'adapter à une situation passée à laquelle il reste accroché parce qu'il n'a pas pu la liquider. C'est pourquoi ces somnambulismes sont remplis par des impulsions à répéter une même
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action comme on l'observe dans ces dipsoraanies de forme hystérique, si curieuses et si mal connues. Ou bien il s'agit de recommencer la vie auprès d'une personne aimée puisque l'on n'a pu idéaliser sa mort ou son abandon. Des préoccupations d'avenir et des inquiétudes remplissaient les somnambulismes de Nep., f. 28, qui à peu près toutes les après-midi entrait pour plusieurs heures dans un état second dont on ne pouvait la sortir. Des regrets à la suite de la perte d'un porte-monnaie et des craintes d'être accusée de vol amenaient depuis deux ans les fréquents somnambulismes de Ny., f. 18, comme des reproches à la pension et la privation de la ceinture violette amenaient ceux d'une fillette àe \lx ans que j'ai longuement décrite autrefois. Dans six cas des crises à forme de somnambulismes reproduisaient des scènes de viol et dans deux cas il s'agissait du père de la malade. 11 s'agit toujours de l'activation automatique d'une tendance née d'un effort pour recommencer une action mal terminée.
Nous verrons dans les chapitres suivants plusieurs thérapeutiques qui peuvent être appliquées à des maladies de ce genre, mais ici, quand ce trouble prend la forme du somnambulisme hystérique, le traitement est particulièrement aisé. L'hypnotisme permet de prendre la direction de ces états dissociés et la suggestion par les impulsions qu'elle détermine arrête et supprime assez facilement les tendances dont l'activation remplissait le somnambulisme. Il suffit de quelques hypnotismes et de quelques suggestions pour supprimer mieux que par n'importe quel traitement les somnambulismes nocturnes de Nofs., f. 2.5, qui se relevait toutes les nuits, pour faire quelque action de la journée mal liquidée. Dans des cas plus graves, il a été facile de faire naître des tendances opposées qui luttaient contre les impulsions : »< Je voulais boire, disait Maria, et mon bras n'avait plus la force de porter le verre à ma bouche, il était comme mort et j'entendais une voix qui se moquait de moi et qui me défendait de boire. »
Dans les cas si fréquents où le somnambulisme n'est que l'expression d'un regret ou d'un amour, je me suis permis de changer par suggestion le visage du bien aimé si souvent évoqué, de le gratifier de cheveux couleur carotte, d'un nez ridicule ou de quelque lésion répugnante, et j'ai souvent été surpris en constatant combien chez ces esprits simples et crédules ces petites transformations avaient des effets puissants. Ap., femme de
26 ans, qui d'ailleurs a déjà eu des crises de somnambulisme à 18 ans est abandonnée par un amant. Elle a depuis huit mois presque tous les jours des attaques délirantes dans lesquelles elle voit ce personnage, lui parle et le caresse pendant plusieurs heures. Elle est tout étonnée des transformations que j'impose au personnage de ses rêves, elle s'en indigne un peu et veut continuer à l'aimer, mais elle n'y réussit guère et elle est complètement guérie en six semaines. Il en est de même dans une dizaine d'autres observations. Dans d'autres cas un peu différents, il s'agit d'un remords ou d'une terreur qui se transforment de même. Un cas est plus singulier : une jeune fille de 28 ans, Dz., a été épouvantée en découvrant subitement dans une armoire un squelette tout monté : elle commence des somnambulismes dans lesquels elle voit le squelette, s'en effraye, lui parle, croit se battre avec lui, etc.; il a suffi de trois séances pour la débarrasser de son squelette.
Il faudrait placer ici une étude spéciale des fugues hystériques et de leur traitement, car il s'agit là d'un syndrome dans lequel l'hypnotisme est formellement indiqué. Mais j'ai déjà consacré aux fugues hystériques des études si nombreuses que je n'ose les reprendre ici. Je rappelle simplement que, si le diagnostic de fugue hystérique a été exactement porté, l'hypnotisme d'ordinaire assez facile rend immédiatement de grands services. D'abord il nous permet de retrouver le souvenir de la fugue et des actes qui l'ont remplie, ce qui est souvent important même au point de vue médico-légal; ensuite il nous permet de découvrir quelle est l'idée fixe plus ou moins subconscienle, la tendance latente qui détermine le renouvellement indéfini de ces fugues; enfin il nous fournit un moyen vraiment efficace d'agir sur cette idée fixe.
Je ne parle ici que des cas simples où la suggestion est efficace et je réserve pour d'autres chapitres les traitements plus complexes qui peuvent être nécessaires. Il suffit d'ajouter un seul exemple nouveau à toutes les observations de fugues hystériques que j'ai déjà rapportées parce que ce cas est d'une simplicité démonstrative. Une jeune fille de 20 ans, Ao., arrive de la campagne pour être domestique à Paris : elle disparait de la maison où elle est placée et deux jours après on la retrouve dans un poste de police. Elle a été ramassée par des agents pendant qu'elle errait sur les berges de la Seine et sans rien pouvoir
expliquer elle s'est endormie en arrivant au poste. A son réveil, on veut lui faire avouer qu'elle avait l'intention de se jeter à l'eau, mais elle proteste avec indignation en soutenant qu'elle n'a pas quitté la maison, qu'elle n'a jamais été sur les berges de la Seine, qu'elle ne comprend pas pourquoi elle se réveille au poste de police. Cet incident se reproduit trois fois exactement dans les mêmes conditions à quelques jours d'intervalle et les patrons conduisent à l'hôpital cette domestique encombrante* Le retour complet des souvenirs dans un état hypnotique facile à déterminer ne confirme pas la supposition faite par le commissaire de police et ne montre aucune idée de suicide ; il nous met simplement en présence d'une sorte de mal du pays, d'un désir aussi obsédant qu'enfantin de promenade à la campagne, dans les arbres, au bord de l'eau. Il suffît de quelques suggestions et de quelque réglementation de la vie pour amener une guérison rapide qui ne s'est pas démentie. Il me paraît difTicile de méconnaître l'importance des pratiques hypnotiques dans l'étude et le traitement de tous les cas de somnambulisme de ce genre.
Il y a cependant des cas où ce genre de traitement me semble encore plus particulièrement indiqué : ce sont les cas où les troubles somnambuliques ont été déterminés par des hypnotisations précédentes mal dirigées ou brusquement interrompues. J'ai eu l'occasion d'observer à ce propos un cas fort singulier. Une femme de 44 ans, Zvd., est venue me consulter pour des troubles étranges durant déjà depuis six mois : elle avait des évanouissements, des sommeils subits au milieu du jour, des actes, qui semblaient subconscients, des hallucinations de l'odorat et de la vue et des sentiments d'automatisme. J'ai essayé d'hypnotiser cette personne et j'ai été très surpris de constater qu'une femme de cet âge entrait immédiatement dans un état second avec parole facile et amnésie consécutive. J'ai appris alors une chose que cette personne avait d'abord voulu tenir secrète, c'est que depuis une dixaine d'années elle avait joué le rôle d'une somnambule professionnelle. Hypnoti^sée sérieusement par un personnage qui se tenait dans la coulisse, elle donnait des consultations et révélait l'avenir à des naïfs. Après avoir gagné de la sorte une petite fortune qui lui semblait suffisante, elle avait voulu se retirer des affaires et prendre sa retraite. La pauvre femme ne profita guère de son repos, car après quelque temps d'interruption des séan-
ces elle eut quotidiennement tous les troubles pour lesquels elle était venue me consulter. Quelques séances d'hypnotisme qu'elle rendit intéressantes en me racontant des incidents de sa carrière, ne tardèrent pas à tout remettre en ordre. Je dois ajouter que cette brave femme constatant le besoin qu'elle avait de ces séances ne me permit pas de l'en débarrasser peu à peu, comme je le lui proposais: mais qu'elle préféra reprendre au moins en partie son ancien métier qui la guérissait et qui l'enrichissait.
Dans d'autres cas il n'en fut pas de même et j'ai pu en diminuant la longueur des séances, en les écartant graduellement délivrer complètement le sujet de cette habitude du somnambulisme provoqué et surtout des idées fixes qu'il s'était mises dans l'esprit à ce propos. C'est ce que j'ai nettement observé dans cinq traitements, et surtout dans celui de Von., f. 22. Cette dernière jeune fille était devenue très malade à la suite de tentatives d'hypnotisme pratiquées imprudemment sur elle par un cousin. Elle ne pouvait plus voir ce personnage, ou entendre prononcer son nom, ou y penser, ou même regarder les yeux de quelqu'un sans perdre conscience et sans tomber dans un sommeil profond dont rien ne pouvait la tirer. Dans ce cas comme dans les précédents l'hypnotisme a réparé rapidement le mal qu'il avait fait.
Bien entendu il faudrait ajouter à ce groupe de faits les accidents déterminés par des pratiques spirites qui sont absolument du même genre. Je renvoie à ce propos aux observations que j'ai déjà publiées en particulier à celles de My., f. ^o et de Meb., f. 3o, l'hypnotisme a joué un grand rôle dans le rétablissement de ces deux malades'. Toutes ces observations qu'il serait facile de multiplier montrent bien comment dans un nombre vraiment considérable de cas la suggestion et l'hypnotisme, prolongés il est vrai pendant quelques mois, ont suffi pour amener une guérison complète et durable d'une foule d'accidents névropathiques qui n'étaient pas sans gravité.
Enfin dans un troisième groupe je placerai des observations dans lesquelles la suggestion hvpnotique n'a eu qu'une action momentanée et n'est jamais parvenue à obtenir une guérison au
I. Névroses et idées fixes, i8(j8, II, p. 338; État mental des hystériques, 2'' cdil., 1911, p. 5o5.
moins d'une année : des accidents nerveux semblables au premier ou analogues réapparaissaient toujours après un intervalle plus ou moins long. Ces observations sont très nombreuses au nombre de plusieurs centaines, il est inutile de les compter, puisqu'elles offrent ici beaucoup moins d'intérêt que les précédentes.
Il ne faudrait pas cependant admettre trop vite que dans toutes les observations de ce groupe, les traitements par la suggestion hvpnotique ont été sans intérêt pour le malade. Il y a des observations où sans donner une guérison très prolongée ces traitements ont cependant rendu des services considérables. Voici à ce propos une observation remarquable à plus d'un titre. Il s'agit d'une de mes anciennes malades, No., que j ai traitée pour la première fois en 189/i, quand elle avait 26 ans et dont j'ai publié l'observation en 1898 dans mon livre sur les « Névroses et les idées fixes » , à propos des contractures hystériques des muscles du tronc, p. 297. A la suite d'une opération chirurgicale sur un ovaire, cette femme déjà fortement névropathe auparavant avait eu des spasmes, puis des contractures des muscles de la paroi abdominale et elle gardait constamment sans pouvoir la modifier une attitude fortement penchée en avant. A cette époque la malade fut hypnotisée, suggestionnée de différentes manières et sa contracture abdominale disparut complètement : elle quitta l'hôpital en apparence complètement guérie et cessa rapidement de venir me voir. Elle revint sept mois plus tard, parce que à la suite d'une querelle avec son jnari la contracture abdominale s'était reproduite et que la malade se tenait de nouveau fortement penchée en avant sans pouvoir se relever. Il fut facile de l'hypnotiser de nouveau et de la redresser séance tenante, et elle partit de nouveau en apparence guérie. A partir de ce moment, 1894, jusqu'à aujourd'hui 1915, c'est-à-dire depuis 21 ans les choses ont continué à se passer constamment de la même manière.
De temps en temps, une fois par an ou bien trois ou quatre fois par an, en moyenne deux fois par année, No., à la suite de fatigues ou d'émotions, presque toujours à la suite de querelles avec son mari ou avec sa famille, se sent troublée, engourdie et incapable de travailler, elle se couche et dort d'un sommeil agité. Pendant ce sommeil son corps se raidit et se courbe et au réveil elle ne peut plus parvenir à se redresser. La contracture est toujours la même qu'au début et porte toujours sur les muscles
abdominaux et sur les fléchisseurs des cuisses. Mais il y a cependant une évolution étrange dans la maladie : peu à peu la contracture a semblé grandir et a déterminé des attitudes de plus en plus exagérées et ridicules. Au début comme on peut le voir par les photographies publiées dans mon premier travail, la malade se tenait debout, simplement penchée en avant. Peu à peu elle s'est penchée de plus en plus fortement en avant et pour conserver son équilibre a été forcée de fléchir les genoux. Les genoux se sont de plus en plus rapprochés de la poitrine et ont fini par la toucher: la malade est complètement pliée en deux. Cependant comme les pieds et les jambes sont relativement libres, elle continue à pouvoir marcher ou du moins à pouvoir se traîner complètement accroupie par terre : les photographies que j'ai prises à plusieurs reprises montrent bien ce progrès graduel de la flexion du corps qui a mis une douzaine d'années à s'effectuer. Dans cet état elle se fait porter à la Salpêtrière et se traîne jusqu'à mon laboratoire. Là, malgré le progrès apparent de la maladie, l'opération est toujours la même. Je n'ai pas besoin de lui demander des explications que je connais d'avance : il me sufRt sans même lui parler de lui mettre la main sur le front pour qu'elle ferme les yeux et reste immobile comme endormie. Je lui dis alors d'un ton sévère qu'elle se tient devant moi d'une manière ridicule et qu'elle doit se redresser immédiatement, en même temps je frappe quelques petits coups sur le ventre en simulant un rapide massage. Immédiatement No. gémit, tremble, pleure et se secoue convulsivement comme si elle souffrait fortement. En même temps elle relève la tête, puis le tronc, étend les jambes et se redresse en tremblant et en vacillant un peu. A ce moment je lui souffle sur le visage : elle se secoue, ouvre les yeux et sans dire un mot sort de mon cabinet en trébuchant, mais très droite. Elle va s asseoir sur une chaise et reste quelques minutes à trembler et à gémir ; presque toujours elle a à ce moment de grands rires convulsifs. Tout cela ne dure guère, elle se relève et retourne à pied chez elle en marchant très droit, au grand étonnement de ceux qui l'ont vue entrer toute recroquevillée. Toute l'opération, si je suis pressé et ne désire pas causer avec elle, peut être terminée en un quart d'heure. Quoique la malade se sente encore fatiguée un jour ou deux, elle est pour le moment complètement guérie et ne revient pas les jours suivants. Il ne sera plus question de rien pendant plusieurs
mois jusqu'à ce que, à la suite d'une nouvelle querelle de ménage, tout recommence.
Il s'agit là d'une maladie hystérique bien curieuse qui pendant vingt ans n'a jamais changé et qui a toujours reproduit la même contracture abdominale du début: c'est un exemple intéressant de l'automatisme psychologique. Mais le traitement mérite également d'attirer l'attention : il s'agit d un traitement purement inoral, je n'emploie que quelques mots et quelques signes et le massage est purement apparent. Ce traitement me semble bien être uniquement suggestif: il s'agit bien d'une sérié de mouvements et d'actions qui s'exécutent facilement et automatiquement à l'occasion de mes paroles et de mes gestes sans que la malade comprenne comment la guérison s'exécute et sans qu'elle puisse la reproduire volontairement. Quand l'accident arrive pendant les vacances et que No. sait que je suis absent, elle essaye de toutes les manières de se redresser elle-même sans y parvenir. Elle est une fois restée six semaines dans cet état et j'ai pu immédiatement « la défaire » tout aussi facilement q^u'à l'ordinaire, l'habitude automatique existe aussi bien dans le traitement que dans la maladie. Ce traitement n'a pas eu d'effet curatif: jamais il n"a eu une guérison complète pendant un an. On ne peut dire cependant que ce traitement ait été inutile à la malade, ni qu'il ajt été diflTicilement praticable. Pendant vingt ans il a permis à No. de vivre chez elle et de travailler très fortement sans conserver jamais son infirmité plus longtemps que quelques jours. Quand on songe aux infirmités permanentes pendant des années et quelquefois pendant toute la vie que peuvent déterminer des contractures hystériques on ne peut nier qu'un traitement semblable ait rendu de réels services.
Autour de cette observation intéressante je puis placer un certain nombre de cas où la suggestion hypnotique a rendu des services analogues. Kz. que j'ai connue en iSgS, quand elle avait 17 ans, a commencé des crises de sommeil à la suite d une peur. Ces crises qui débutent par un évanouissement assez brusque durent tantôt une demi-heure, tantôt plusieurs heures ; elles surviennent à peu près tous les huit jours et deviennent fréquentes à l'époque des règles où elles peuvent se reproduire quatre et cinq fois par jour. Quoique Kz. soit hypnotisable et que la suggestion ait sur elle une grande influence, je ne suis jamais parvenu il la débarrasser complètement de ces crises qui existent
encore aujourd'hui après quinze ans. Mais une séance de suggestion les arrête toujours pour plusieurs semaines et quelquefois pour plusieurs mois.
Dans les autres observations le bénéfice du traitement par la suggestion hypnotique est loin d'être aussi net. J'ai observé une centaine de malades qui auraient eu besoin d'être hypnotisés ou suggestionnés tous les jours pendant des heures pour arrêter des crises, des contractures ou des délires sans cesse renaissants : l'arrêt du symptôme obtenu par suggestion ne durait que quelques heures puis il se reproduisait à peu près identique et tout était à recommencer. Dans d'autres cas plus nombreux encore un accident semble terminé, mais très vite au bout de quelques jours, il est remplacé par quelque autre phénomène de la névrose qui se montre encore plus tenace et qui après disparition cède la place à un troisième accident et ainsi à peu près indéfiniment. Charcot se plaisait k raconter à ce propos une anecdote qui a été souvent reproduite. Un jeune médecin avait été appelé près d une femme présentant un mutisme hystérique ; il put l'hypnotiser et après quelques suggestions il parvint à la iaire parler : le succès fut merveilleux, on cria au miracle. Huit jours après on rappela le thaumaturge, car la malade avait perdu de nouveau la parole, nouvelle guérison qui excita moins d'enthousiasme. Deux jours après il fallut recommencer, puis ce fut nécessaire tous les jours, puis toutes les deux heures : le jeune médecin finit par supplier Charcot de le délivrer de son hystérique.
' J'ai eu moi-même bien souvent la même mésaventure. Les délires de Pkp., f. 19, ne s'arrêtent guère que pendant le moment où je suis avec elle, ils reprennent deux heures après. Tous les troubles de Dye. peuvent être effacés par une longue séance, deux heures après tout est à recommencer. J'ai eu entre les mains une hystérique admirablement dressée par ses premiers éducateurs, Mrb., f. 2G : il suffisait d'un signal auquel elle était habituée pour arrêter momentanément la plupart de ses accidents nerveux. Elle portait même sur elle un petit papier où étaient indiqués les traitements à lui faire en cas d'accident: « Si vous trouvez cette jeune demoiselle endormie sur un banc, il faut lui tirer l'oreille gauche pour la réveiller... la pression sur le sein droit lui rend la parole et les passes descendantes lui enlèvent les contractures... » Cela ne l'empêchait pas d'être cons-
tamment malade. Ce sont là des cas où la suggestion hypnotique n'a que des résultats bien médiocres et je crois qu'ils sont malheureusement très fréquents.
Nous touchons là aux limites de la thérapeutique suggestive qu'il faut savoir reconnaître après avoir constaté sa grande valeur dans un certain nombre d autres cas. Sans doute il faut savoir constater que même dans des cas de ce genre le traitement suggestif n'est pas tout à fait inutile : il supprime momentanément des accidents graves, il les empêche de s'installer à demeure, de devenir chroniques et difficilement modifiables. La suggestion fournit ainsi une aide appréciable à d'autres traitements qui deviennent indispensables, mais il est évident qu'elle ne suffit pas et que le traitement suggestif deviendrait vite impraticable si on ava'it la prétention de le continuer indéfiniment.
Ces remarques montrent combien il serait absurde de s'entêter dans des traitements inutiles et de vouloir absolument donner à la suggestion hypnotique un pouvoir thérapeutique universel qu'elle ne possède certainement pas. 11 suffit de noter qu'elles ne suppriment pas les observations précédentes où dans certains cas ces traitements ont rendu de grands services.